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Un autre regard sur l’Orient

Les agriculteurs du pays de Brest ont choisi de donner la parole à deux experts sur la Chine, pays qui inquiète et fascine à la fois.

La Chine compte aujourd’hui 1,4 milliard d’habitants, ce chiffre se portera à « 1,5 milliard en 2030, à une date où l’Inde deviendra le pays le plus peuplé sur terre », introduit Jean-Marc Chaumet, agroéconomiste pour l’Institut de l’élevage, lors de l’assemblée générale du Comité de développement des agriculteurs du pays de Brest. Une population nombreuse, qu’il faudra nourrir, mais « vieillissante. La pyramide des âges n’a déjà plus cette forme triangulaire, seulement 22 % des Chinois ont moins de 20 ans. La Chine sera vieille avant d’être riche », pense l’intervenant, qui ajoute « qu’une population âgée mange différemment ». Faut-il alors s’attendre à un marché colossal qui s’ouvre, ou au contraire craindre pour nos modèles de productions ?

Le porc est considéré pour de nombreux chinois comme un animal « intelligent, à qui on associe prospérité. On lui célèbre des festivals chaque année dans le pays. En 1986, 86 % de la viande consommée en Chine était du porc. Elle est en 2015 de 57 %, aux dépens d’autres viandes comme la volaille ».

Le cochon agit sur l’inflation

Les modes et traditions de consommation sont très variés suivant les provinces, qui consomment davantage de céréales type « maïs, millet ou blé dans le Nord, plutôt du riz dans le Sud. Ce dernier reste le centre de l’alimentation, et textuellement la viande et les légumes servent « à le faire descendre ». Dans les années 60, la consommation de viande s’établissait à 4 % dans l’alimentation. Elle est de nos jours à 23 % ».

Il existe clairement une corrélation entre l’inflation est le prix de viande de porc. « Si le prix du porc est bas, l’inflation aussi. Le gouvernement regarde comme le lait sur le feu ces cours, quitte à stocker de la marchandise pour maintenir des prix bas. L’objectif pour la Chine est d’être autosuffisant en viande de cochon, mais elle est confrontée à des problèmes de ressource en eau, en terre, et doit aussi faire face à quelque 7 millions d’ha qui ne sont plus cultivés, faute de main-d’œuvre, le Gouvernement mettant en place des mesures incitatives pour déplacer les populations de milieux ruraux à la ville ». En 2030, 70 % des Chinois seront installés en milieu urbain.

40 jours en bateau, 18 en train

Face à cet appétit gargantuesque, la région Bretagne a un coup à jouer. « De 2013 à 2016, les plus fortes variations à l’export pour la région Bretagne viennent de la Russie, avec une baisse des volumes importés de 80 % suite à l’embargo. Sur cette même période, la Chine a, quant à elle, importé 69 % de plus de produits en provenance de notre région. Nos exportations sont passées de 2 % en 2010 à 26 % », chiffre Gwenola Floch-Penn, chargée de mission Économie à la Chambre d’agriculture régionale.

Pour le transport de marchandises, les voies maritimes sont privilégiées. « Les délais de transport par bateau atteignent 40 jours, pour un départ du Havre ou de Rotterdam. Les lignes de trains se développent, abaissant ce délai à 18 jours », pense la conseillère. Ce à quoi Jean-Marc Chaumet ajoute que « si le train est plus rapide, il reste plus cher. Il a toutefois l’avantage d’aller jusqu’au centre de la Chine, contrairement aux bateaux, et peut directement approvisionner les grandes métropoles ». Une piste surveillée par les producteurs de légumes, dont les marchandises fragiles souffrent quand les délais de livraison sont trop longs.

Plus de 2 000 ans d’histoire
« Une vie intellectuelle très importante s’est établie en Chine vers -400 ans. 2 000 ans plus tard et à la suite de la prise de pouvoir par Mao Zedong, la Chine va s’ouvrir pour une croissance franche dès 1978. Depuis toujours, les dynasties ont été très sensibles au manque de nourriture dans la population. Le Gouvernement actuel surveille toujours ce marché alimentaire ».
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