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Profession : stockeur de carbone

Le modèle d’élevage breton produit des gaz à effet de serre (GES), mais stocke aussi beaucoup de carbone. L’élevage est une force.

Le projet Carbon Dairy vise à sensibiliser les producteurs de lait à la réduction des gaz à effet de serre : l’activité d’élevage émet des gaz favorisant le phénomène, mais les cultures végétales et le pâturage ont un rôle de stockage de carbone très important, utile à la planète. C’est dans ce cadre que Bretagne Conseil Élevage Ouest a choisi de développer ce thème lors de son assemblée générale qui s’est tenue la semaine dernière à Carhaix (29).

Pas de GES, pas de vie

Catherine Brocas est chargée de l’évaluation des systèmes laitiers au sein de l’Institut de l’Élevage (Idele). « Le programme Carbon Dairy, démarré en 2013, prendra fin en 2018. Au total, 4 000 éleveurs y auront participé, dont 2 000 adhérents au BCEL. L’objectif du programme est de passer de 1,3 kg de carbone produit par kg de lait à 0,8 kg. Cet objectif est déjà atteint par 10 % des élevages, la moyenne étant à 0,94 », chiffre la spécialiste. Pour arriver à ces résultats, l’idée d’avoir le moins d’animaux improductif fait partie des pistes, en diminuant l’âge de vêlage des primipares par exemple.

Indirectement, les champs ont aussi un rôle à jouer. « Ces 20 dernières années ont été les 20 années les plus chaudes, la faute aux gaz à effet de serre. Or ces gaz sont aussi nécessaires pour le développement de la vie sur terre. C’est la teneur trop élevée qui est inquiétante. L’élevage apporte ses solutions, en stockant du carbone dans les prairies, et les ruminants valorisent la cellulose, entretiennent le paysage et par les bâtiments d’élevage permettent de disposer de surface pour la production d’énergie, comme le solaire », explique Anne Prigent, de chez BCEL Ouest. Elle ajoute « qu’une rotation de 6 années avec 4 années d’herbe stocke du carbone, alors qu’une rotation de la même durée avec 3 années d’herbe et 3 années de culture ont tendance à déstocker du carbone ».

Il nourrit 4 000 personnes

Nicolas Gouérec est producteur de lait à Plounévez-Lochrist (29), associé dans le Gaec de Kervagen. À l’énoncé des chiffres du bilan de son exploitation, il est agréablement surpris. « J’ai ainsi pu apprendre que je nourris 4 000 personnes. C’est étonnant, quand on sait que la commune ne compte que 2 000 habitants… ». D’autres indices sont aussi impressionnants sur l’empreinte carbone de l’élevage, comme les 41 880 kg de carbone stocké chaque année, soit l’équivalent de l’émission d’une voiture parcourant une distance de 1 300 000 km.

Pourtant, la part de maïs dans la SAU est de 45 %. « Avoir un système herbagé aura forcément une empreinte carbone plus favorable. Mais un système à base de maïs nourrit plus de monde, et stocke tout de même du carbone. Les 2 systèmes ont leur place », confie Catherine Brocas. Pour atteindre ces bons résultats environnementaux, Nicolas Gouérec utilise seulement 133 g de concentré par litre de lait produit, « grâce à de la luzerne cultivée sur l’exploitation ». Un rendement en herbe de 9,8 t MS /ha et un vêlage des génisses à 27 mois expliquent ces résultats. Au final, les émissions de l’exploitation se montent à 0,82 kg de CO2 /litre de lait, le stockage de carbone représente 0,13 kg de CO2 / litre.

Plus blanc que blanc ?

La France tire son épingle du jeu face à ses voisins européens en termes d’efforts menés par les exploitants. « Notre pays montre de très bons résultats d’émission de CO2 par kg de lait produit, mais il faut garder une longueur d’avance », estime Catherine Bertrand, du Cniel. Pour Jean Hervé Caugant, producteur de lait biologique à Dinéault (29), « ce sont des arguments nécessaires pour les agriculteurs. La Bretagne émet une bonne partie de ses GES par son élevage. Les citoyens et politiques peuvent alors penser qu’il n’y a qu’à diminuer les effectifs de nos élevages. Or, si la production ne se fait pas ici, elle se fera ailleurs. À nous de montrer ce que nous savons faire, aussi bien dans la gestion de la rotation que dans celle des effluents d’élevage ».

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