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La chauve-souris souvent mal-aimée car méconnue

La maison de la chauve-souris à Kernascléden (56) est un lieu unique en France qui permet de tout savoir sur les chauves-souris. On en ressort transformé et on ne voit plus ce mammifère nocturne de la même façon après.

On rentre dans la maison de la chauve-souris à Kernascléden (56) avec beaucoup d’a priori, d’inquiétudes sur cet animal que l’on croit connaître, mais dont on ignore tout. On en ressort fasciné par ce mammifère, admiratif et avec une grande envie de protéger les 21 espèces de chauves-souris qui vivent encore en Bretagne. « C’est la méconnaissance des chauves-souris qui a conduit l’homme à les négliger trop longtemps. Leur présence dans nos maisons est si discrète que nous les observons rarement », témoigne Arno Le Mouël, directeur de la maison de la chauve-souris et chiroptérologue, nom scientifique donné à ceux qui étudient celles qui volent avec les mains.

La colonie du clocher filmée par caméra infra-rouge

« Leur mode de vie ne facilite pas les rencontres et entretient des peurs ancestrales », analyse Arno Le Mouël. Pourtant, le rôle de ce prédateur est essentiel dans la chaîne alimentaire. L’intérêt récent porté à ces mammifères ailés a permis de cerner leurs exigences écologiques et de mettre en œuvre des mesures de conservation des espèces et de leurs habitats. C’est pour ces raisons entre autres qu’est née la maison de la chauve-souris il y a une dizaine d’années.

« C’est le seul écomusée en France dédié aux demoiselles de la nuit. Il se trouve sur Kernascléden car les combles de l’église de cette commune de 440 âmes accueillent la plus grande nurserie de Grands Rhinolophes de Bretagne. Cette colonie est filmée par une caméra infra-rouge pour que les visiteurs puissent les observer sans les déranger. La maison de la chauve-souris est un centre de découverte unique avec sa muséographie, les nuits de la chauve-souris, les visites guidées… qui permettent d’apprendre, de comprendre, de s’amuser et de se passionner pour ce mammifère de nuit. »

On y découvre sur  300 m2 une scénographie moderne et insolite pour toute la famille. Le visiteur s’immerge dans l’ambiance sonore d’une colonie de chauves-souris, teste les oreilles géantes pour imaginer ce qu’elles entendent, observe les maquettes et les films des territoires de chasse. Le final, au grenier est surprenant avec la mise en situation dans la peau d’un chiroptérologue grâce au jeu de recherches avec lampes frontales.

Un processus de fécondation unique

Les changements climatiques influent sur la reproduction des chauves-souris. Celle-ci est unique en son genre : elles pratiquent ce qu’on appelle l’ovulation différée. Après l’accouplement automnal, le sperme est stocké dans les voies génitales de la femelle jusqu’au printemps. C’est seulement à la fin d’un long sommeil hivernal, dès avril, qu’elle déclenche le processus de fécondation de l’ovule. La durée de la gestation varie et le développement de l’embryon peut être retardé pour des raisons de mauvaises conditions climatiques. Contrairement aux autres mammifères, la plupart des chauves-souris n’ont qu’un seul petit par an. Les femelles sont matures à partir de 2 ans mais ne se reproduisent pas forcément chaque année. Cette faible natalité augmente la fragilité de leurs populations.

Une colonie consomme 1 tonne d’insectes l’été

La chauve-souris est le seul mammifère volant au monde. D’ailleurs, c’est aussi l’oiseau de nuit qui vole le plus vite avec des vitesses pouvant approcher les 80 km/h. Sauf accident, une chauve-souris peut vivre en moyenne une ou plusieurs dizaines d’années. La plus vieille capturée dans la nature était âgée de 41 ans. Les voltigeuses de la nuit se nourrissent essentiellement d’insectes, un Grand Rhinolophe de 30 g peut consommer environ 10 g de proies. Une colonie de 400 Grands Rhinolophes mange environ 27 000 insectes par nuit soit environ 5,5 kg. Sur la saison estivale, cela représente environ 1 tonne d’insectes consommée.

« Après avoir animé nos nuits d’été, les chiroptères disparaissent, comme les insectes volants, avec l’approche de l’hiver. Les cavités souterraines, les recoins frais et humides, se peuplent alors d’étranges cocons géants. Les reines de la nuit sont là, suspendues, repliées dans leurs ailes, isolées ou en gros essaim. Froides, immobiles, elles respirent à peine, économisant leurs réserves en attendant les beaux jours. » Elles ressortent au printemps  et reconstituent alors leurs réserves autour des gîtes transitoires avant de rejoindre leur site de reproduction. À partir d’août, les femelles et leurs jeunes, ainsi que quelques mâles se dispersent. « À l’automne, mâles et femelles se regroupent sur des sites d’accouplement bien identifiés. Les premiers frimas marquent la fin de leur courte saison d’activité et le retour sur les gîtes d’hibernation. »

Les nuits de la chauve-souris

Tous les mardis et vendredis de juillet et août, la maison de la chauve-souris propose un rendez-vous convivial et original. Vous allez vivre la sortie de gîte de plusieurs centaines de Grands Rhinolophes, observer des jeunes restés au gîte grâce à une caméra infra-rouge et découvrir le mode de vie de la colonie. Un peu plus loin, vous observerez les Murins de Daubenton surfer au-dessus de l’eau et écouter leur univers ultrasonore avec les détecteurs d’ultrasons.

La maison de la chauve-souris
1 place de l’église – 56540 Kernascleden
Tél. 02 97 28 26 31
www.maisondelachauvesouris.com

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