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Une production porcine en recul à partir de cet été

Le cycle du porc devrait s’inverser durant l’été et la production porcine européenne commencer à reculer sur le deuxième semestre 2016, annonce l’Ifip-Institut du porc.

Le cycle du porc n’est pas mort. Dans ce marché porcin ultra-libéral, où le seul outil de régulation en Europe est l’aide au stockage privé – l’équivalent, si la filière était une rivière, d’y poser un barrage afin d’en retenir le débit durant quelques semaines –, les crises de surproduction et de sous-production se succèdent inexorablement, prévisibles des mois à l’avance, à moins que des éléments imprévus, comme l’embargo russe – le plus souvent des crises sanitaires – en accélèrent ou ralentissent soudainement leur venue et en font varier l’ampleur. « On devrait commencer l’inversion de cycle à la moitié de l’année », prévoit l’économiste de l’Ifip, Estelle Antoine. Les prévisionnistes de cet institut estiment que la production européenne (UE 28) devrait commencer à reculer à partir de l’été – toutefois elle restera stable à +0,1 % sur l’ensemble de l’année.

Un marché européen encore atone

Mais le chemin vers de meilleurs prix est encore long. L’Ifip-Institut du porc parie que le prix du porc français baissera à nouveau en 2016, de 3,5 % par rapport à 2015. À moins d’un événement majeur et inattendu, aucune éclaircie sur les marchés n’est à prévoir avant 2017. « Des collègues danois et allemands sont un peu plus optimistes, ils parient sur une baisse de production plus forte que nous, en fin d’année », explique Estelle Antoine. « L’aliment ne baissant pas aussi vite que prévu, peut-être y aura-t-il plus d’arrêts que prévu, surtout aux Pays-Bas et en Allemagne.

De plus, certaines banques pourraient décider de stopper leurs financements, comme au Danemark par exemple ». En tous les cas, 2016 devrait être, dans son ensemble, une nouvelle année de surproduction. Pour l’illustrer : sur une année normale, l’industrie espagnole, qui anticipe les afflux de touristes estivaux, accélère ses achats de porc dès le printemps, et fait remonter, la première, les cours européens. Cette année, les frigos sont pleins dans la péninsule ibérique et les prix restent désespérément bas. Ajoutons à cela que deux tiers des volumes stockés en janvier dans le cadre de l’aide européenne au stockage privé doivent sortir des frigos en avril.

Les petits bassins, grands perdants

« Les grands perdants sont les petits pays en Union européenne dont la production ne va pas tenir le coup face aux grands bassins producteurs, observe Estelle Antoine, notamment si un nouveau recours à l’aide au stockage privé a lieu, cette année ».
Jusqu’ici la production française aura finalement bien résisté compte tenu de l’ampleur de la crise : +1 % en tonnes et stable en têtes sur 2015 ; -1,5 % en têtes pour 2016 et -0,5 % en tonnes, en se basant sur une nouvelle hausse du poids des carcasses et grâce à leurs efforts. Jean-Pierre Fleury note qu’en Bretagne la prolificité des truies a progressé d’un demi-porcelet sur le mois de janvier (soit une hausse potentielle de 2 %).

Depuis 2012, un cycle du porc à consonance espagnole

Si, comme les cyclones, chaque cycle du porc portait un prénom, celui que nous traversons aurait une consonance espagnole. Comme l’explique l’économiste néerlandais Robert Hoste, le cycle du porc n’est pas un équilibre entre prix et production, mais entre production et profits – des données hélas moins faciles à collecter que les prix. Et au jeu du plus grand profit, les Espagnols ont excellé sur la période 2012-2014, réalisant des marges bien plus confortables que leurs voisins, ce qui leur a permis de construire plus vite, et en grand nombre, de nouveaux bâtiments, à partir de 2014.

À eux seuls, les Espagnols ont ajouté 5 millions de porcs en deux ans (contre +2 millions en Pologne, +1,7 million aux Pays-Bas) à la production européenne annuelle (255,5 millions en 2015) – soit l’équivalent de la production d’un Bigard ou d’un Cooperl. Et « ils ne devraient stopper leur croissance qu’en fin d’année », prévoit Estelle Antoine.

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