Economie, marchés et gestion

Douche froide en tourteaux de soja

Les agriculteurs américains ont eu raison de garder leurs graines de soja au chaud. Les pluies qui s’acharnent sur le Midwest compromettent les espoirs d’une belle récolte aux États-Unis.

Au Nord et au Sud du continent américain, les stocks restent confortables et ils prennent de la valeur. C’est une bonne nouvelle pour les producteurs dont les coûts ont fortement augmenté. Ça l’est moins pour les consommateurs de tourteaux, dont la demande devrait croître dans les prochains mois. En effet, l’offre mondiale en colza et en tournesol recule. Le soja va donc accroître son rôle de leader sur la prochaine campagne.

Le pari tourne au vinaigre

Depuis un an, les investisseurs jouaient le soja à la baisse, vendant des contrats qu’ils ne possédaient pas sur le marché à terme de Chicago (Cbot), en espérant les racheter moins cher. Plus que de parier sur un bilan très lourd sur le papier, ils misaient surtout sur un dollar cher, qui mécaniquement devait appuyer sur les cotations de l’oléagineux. Mais ce pari est en train de tourner au vinaigre. D’une part, le dollar ne monte pas comme prévu. De plus, aux USA, le mois de juin a battu des records de précipitations dans le Midwest. Dans certains états (Illinois, Iowa, Missouri et Kansas), les surfaces dédiées au soja ne seront pas toutes plantées. Les managed funds*, inquiets, ont procédé à des rachats en urgence, soit l’équivalent de 16 Mt en un mois… Cela représente « virtuellement » 15 % de la production étasunienne. Le prix de la graine sur la première échéance du Cbot a gagné 15 %  dans le même laps de temps, et la cotation a touché les 10,6 $/boisseau (350 €/t). Ce niveau de prise n’a pas été observé depuis décembre 2014.

Les utilisateurs pris à contrepied

Cette évolution a pris à contrepied les utilisateurs de tourteaux de soja, qui attendent depuis des mois une détente des prix qui commençait juste à se concrétiser. Rappelons que les stocks mondiaux de graines n’ont jamais été aussi élevés, mais qu’une grande partie de ses réserves sert de contrepoids à l’inflation qui ronge notamment l’Argentine et le Brésil, deux grands pays producteurs. Les agriculteurs vendent donc au compte-gouttes, en fonction de leurs besoins de trésorerie (le financement des semis ou de la récolte, par exemple).

L’Argentine, clé du marché

Les Argentins exportent entre 42 et 45 % des tourteaux de soja sur le marché mondial. Comprendre les clés de leur mise en marché est donc essentiel pour espérer anticiper, un tant soit peu, l’évolution des prix.  La parité monétaire (peso/US $), la logistique et la demande en biodiesel sont trois facteurs importants pour expliquer leurs disponibilités en tourteau. Le marasme économique entraîne des mouvements sociaux, des coupures de gaz et d’électricité et un manque de fluidité dans les ventes de graines qui limitent l’activité de la trituration. Cette dernière est en partie portée par la demande en biodiesel, dont les exportations (en grande partie vers l’Afrique) se sont écroulées avec la baisse du prix du pétrole. L’ouverture récente du marché américain au biocarburant argentin, la baisse des taxes à l’exportation et la hausse du taux d’incorporation obligatoire dans le pays, devraient permettre de relancer cette activité dans les prochains mois. Quant au changement de présidence attendu pour la fin de l’année, il devrait améliorer la visibilité économique, monétaire et commerciale du pays.

Sur le marché français, les cotations du tourteau de soja à Montoir, sur la première échéance, ont touché brièvement les 350 €/t en mai (-17 % par rapport à la même période 2014), pour repartir à la hausse et tutoyer les 390 €/t fin juin. Cette progression de 11 % en un mois a été alimentée par l’explosion du marché américain, mais légèrement compensée par une bonne présence des Brésiliens, nos principaux fournisseurs. Là-bas, les ventes de la graine et de son coproduit ont doublé depuis le début de leur campagne commerciale (mars).

Stocks de colza épuisés

En Argentine, la progression a été moins significative sur le tourteau (+ 63 %), mais au final, les deux exportateurs sud-américains ont mis 4,4 Mt de plus sur le marché entre mars et mai 2015. C’est beaucoup et peu à la fois. C’est encourageant, car cela représente une progression mensuelle de 1,5 Mt alors qu’en 2014, le négoce mondial de tourteau de soja a avoisiné les 5 Mt/mois. Mais cela reste insuffisant, car la demande est en forte croissance, face à des disponibilités en colza et en tournesol qui se sont épuisées et des perspectives peu encourageantes sur ces deux produits pour la prochaine campagne. Le soja va donc devoir concentrer un peu plus les efforts sur lui, pour approvisionner en protéines les éleveurs. Patricia Le Cadre, Céréopa, www.vigie-mp.com

Des stocks confortables

Il est encore difficile de savoir si le changement de ton sur le marché du soja sera durable ou pas. S’il est certain que le marché a sur-réagi, il reste néanmoins réel qu’aux USA, les bilans 2014/15 et 2015/16 s’allègent à la fois grâce à la bonne demande actuelle, mais aussi à cause des intempéries qui minimisent les semis et les rendements 2015. L’USDA** devrait revoir ses chiffres à la baisse dans son prochain rapport.
Pour autant, les reports de stocks devraient rester confortables si la météo ne se détériore pas plus, cet été.  En Amérique du Sud, la progression de la récolte de 18 Mt n’a pas entraîné de forte pression sur le marché. Mais ce surplus de production, auquel s’ajoutent des stocks argentins « stratosphériques », se retrouvera en compétition avec la prochaine production US en septembre.

*spéculateurs de court terme
** Ministère de l’agriculture des USA

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