Côtes d'ArmorPolitique et Syndicalisme

« Le marché intérieur doit suffire à nous rémunérer »

Pour Hervé Moël, de la section laitière de la FDSEA, même si le « marché des produits industriels est dégradé, le marché intérieur doit permettre de compenser et soutenir la trésorerie des producteurs. »

Vous parlez de producteurs de lait « en danger immédiat du fait de la chute des cours français et mondiaux ». Comment la situation s’est-elle retournée aussi vite ?

Hervé Moël : Comme la plupart des producteurs de lait en Europe, les exploitations françaises connaissent des difficultés de trésorerie extrêmement fortes : il nous a manqué 30 € / 1 000 L par mois sur l’ensemble du 1er trimestre 2015.

Plusieurs facteurs ont contribué à faire chuter si rapidement les cours mondiaux du lait et particulièrement ceux de l’Europe qui étaient pourtant orientés à la hausse en 2014 : principalement l’embargo russe sur l’agroalimentaire, mais également la « spéculation » qui permet aux acheteurs de faire la pluie et le beau temps sur les produits alimentaires.

Doit-on y voir un lien avec la fin du contingentement en Europe ?

Certes, la production laitière mondiale a augmenté de 2,5 % (+ 20 millions de tonnes) en 2014 sous l’effet de bons prix payés aux producteurs. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui : l’offre actuelle ne fait que satisfaire les besoins en consommation, les stocks de produits laitiers étant quasiment inexistants. Non, la fin des quotas laiteries en avril n’a pas fait exploser la production de lait. Le principal problème est ailleurs : les éleveurs français sont en danger surtout sous l’effet ciseaux entre la baisse des cours et le maintien, à un niveau élevé, des charges de production.

Que fait le syndicalisme ?

La FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) a invité récemment la grande distribution, puis les industriels laitiers français, à renégocier le prix d’achat du lait aux producteurs. C’est très simple, les éleveurs attendent un retour d’ascenseur en 2015 de la part des entreprises laitières.

Même si les produits industriels sont à des niveaux très négatifs, la valorisation intérieure des Produits de grande consommation (PGC) France doit permettre aux  entreprises de soutenir efficacement les producteurs pour passer le cap… Faute notamment de leur en avoir donné les moyens en 2014.

Qu’entendez-vous par « les transformateurs laitiers doivent actionner la clause de survie des producteurs » ?

Dans un contexte de forte volatilité, des rendez-vous entre les entreprises et les producteurs de lait doivent exister. La loi Hamon prévoit ainsi un dispositif de renégociation de clauses contractuelles (entreprises privées). De même, la loi d’Avenir offre la possibilité de revoir la copie (entreprises coopératives).

Mais la FNPL fait le constat qu’aucune clause de renégociation de prix du lait n’a été validée : les industriels ont fait des propositions en utilisant des indicateurs qui n’aboutissaient jamais à une renégociation quel que soit le contexte…

Aujourd’hui, la FNPL dénonce cette posture irresponsable des transformateurs et leur demande d’actionner au plus vite cette clause pour la survie des producteurs de lait. Afin d’accélérer cette révision nécessaire du prix du lait, nous demandons l’officialisation immédiate par les services de l’État (FranceAgrimer) d’un indicateur de marge pertinent et son activation dans les clauses de renégociation telle que prévue par la loi. La loi Hamon et la loi d’Avenir doivent s’appliquer d’urgence !

Propos recueillis par Toma Dagorn

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