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Dans le Coglais, le projet de méthanisation mûrit

Le projet de méthanisation initié dans le Coglais rassemble une quinzaine d’agriculteurs, trois industriels, Coglais communauté, et est soutenu par le Conseil général. Objectif numéro un : conforter l’élevage et les emplois locaux.

Inscrit dans la volonté locale de transition énergétique, le projet de méthanisation initié sur le territoire du Coglais avance à petits pas, avec la création en vue d’une SEM (Société d’économie mixte) d’un capital de 40 à 50 000 €. « L’apport de ce capital doit se partager entre la quinzaine d’agriculteurs intéressés par le projet, Coglais communauté et des industriels locaux. La réponse des différentes parties va être donnée dans le mois prochain. C’est le premier vrai engagement », note Jean-Yves Pautonnier, président de l’AOFO qui représente les agriculteurs.

De gauche à droite : Dominique Rocaboy (Geotexia Méné), Virginie Ferragu (Ets Michel), Lionel Mazier (agriculteur de l’AOFO) et Emmanuel Cochon (éleveur à Saint-Germain-en-Cogles qui a réalisé un diagnostic développement durable sur son exploitation)
De gauche à droite : Dominique Rocaboy (Geotexia Méné), Virginie Ferragu (Ets Michel), Lionel Mazier (agriculteur de l’AOFO) et Emmanuel Cochon (éleveur à Saint-Germain-en-Cogles qui a réalisé un diagnostic développement durable sur son exploitation).

« La mise en place de cette société va nous permettre de confier l’étude du projet à Solagro. Le premier jet de scénarios devrait être livré courant novembre », a souligné l’éleveur lors d’une soirée de présentation du projet, le 3 septembre à Saint-Étienne-en-Coglès, dans le cadre du comice agricole du Coglais. Plusieurs sites pourraient être mis en place, éventuellement en association avec le canton d’Antrain.

Fauchage et exportation

Une démonstration de fauchage des accotements et exportation de l’herbe (avec un automoteur VSV de chez Noremat) a été organisée avant la Conférence sur la méthanisation. Testée par Coglais communauté, « cette technique permet de réduire les travaux de curage, de débouchage des buses et d’arasement. L’outil est par ailleurs polyvalent donc moins coûteux pour les collectivités ou les ETA qui l’utilisent. Il permet le salage, le nettoyage… », a détaillé Jean-François Kermarrec, conseiller commercial Noremat. Et l’herbe collectée peut être méthanisée ou compostée.

Valoriser les sous-produits

Comment ce projet est-il né sur le territoire ? Les acteurs sont partis du constat qu’un certain nombre de sous-produits pouvaient être valorisés et coûtaient même parfois à être éliminés : matières organiques d’origine agricole et agroalimentaire, tontes des pelouses, déchets verts des collectivités, boues des stations d’épuration. « Alors pourquoi ne pas s’unir pour valoriser ces produits ? »

La méthanisation peut avant tout permettre de conforter l’agriculture et les emplois locaux. « Nous sommes sur un territoire avec des périmètres de protection des ressources en eau. Par ailleurs, la fin des quotas peut représenter une opportunité pour les éleveurs laitiers. Mais c’est d’abord le maintien de l’élevage qui est en jeu », évoque Louis Dubreil, conseiller général de Saint-Brice-en-Coglès. « Entre 2005 et 2014, le potentiel de production s’est dégradé de 25 à 30 %, principalement en hors-sol et vaches allaitantes. À cette vitesse que restera-t-il dans 10 ans ? », souligne Jean-Yves Pautonnier.

L’automoteur VSV (Véhicule service viabilité)
L’automoteur VSV (Véhicule service viabilité) de chez Noremat était en démonstration.

Trois industriels locaux sont intéressés : Abera (abattoir de porcs), Armor Protéines (ingrédients laitiers) et les Éts Michel (fabricant d’aliments du bétail). « Ce projet nous motive dans le but de maintenir l’activité d’élevage locale, c’est-à-dire nos clients. Nous pourrions aussi utiliser l’énergie pour produire de la vapeur nécessaire à nos fabrications (280 000 t par an) », souligne Virginie Ferragu, des Éts Michel.

La transition énergétique en marche

Les habitants du Coglais se sont engagés il y a 10 ans dans les énergies renouvelables, avec les premières chaudières à bois plaquettes. « Une trentaine sont en service aujourd’hui chez des particuliers, consommant environ 250 t de bois. Les chaudières collectives de la piscine et de l’hôpital absorbent 800 t à elles deux », chiffre Jean-Yves Pautonnier. La mise en place d’un programme de maintien de la ressource en bois énergie et bois d’œuvre a généré la replantation de près de 250 km de haies sur une dizaine d’années. Le photovoltaïque aussi est bien implanté sur le territoire, l’éolien aura plus de difficultés du fait de la densité des habitations.

Une solution pour les exploitations familiales

Lors du débat, un éleveur s’est montré inquiet quant au projet. « C’est un véritable outil d’intensification, avec la possibilité d’exporter des unités d’azote. Certains agriculteurs ne pouvant ou ne souhaitant pas s’investir pourraient rester à la traîne… » Pour Lionel Mazier, agriculteur acteur dans la démarche, « cette méthanisation collective peut au contraire permettre aux petites exploitation de trouver des solutions pour leurs matières organiques. Sans cela, seuls les plus gros élevages investiront et beaucoup de gens resteront de côté… »

Mutualisation des plans d’épandage

L’AOFO (Association pour l’optimisation de la fertilisation organique) a été créée en 2005, à l’initiative de 15 agriculteurs du Coglais recherchant des surfaces d’épandage. Un inventaire a permis de mettre en relation les exploitants en excédent avec ceux manquant d’azote. Le projet de méthanisation s’inscrit dans la continuité car l’effluent sortant de ce process est davantage assimilable par les plantes, il est donc plus simple de convaincre des prêteurs. Dans le cas d’une séparation de phase, la partie solide pourrait être exportée. Par ailleurs, la vente d’énergie peut constituer un complément de revenu pour les agriculteurs.

Venu témoigner lors de la soirée, Dominique

Rocaboy, agriculteur membre de Geotexia, explique que c’est justement pour conforter des exploitations familiales qu’a été créée l’unité de méthanisation dans le Méné. Chacun des 35 producteurs de porcs a mis 15 000 euros. « C’est beaucoup moins que s’il avait fallu engager un traitement individuel. » Parmi les conseils livrés par le producteur : l’importance d’une mobilisation collective. « Il faut impliquer tous les acteurs du territoire, les associations, les particuliers également. Les fondations du projet doivent être solides ! » Agnès Cussonneau

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