Effet domino redouté sur l’agroalimentaire breton

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Le coup de sang de Poutine met en exergue l’extrême fragilité du commerce mondialisé. L’agriculture bretonne est concernée au premier chef par la décision du Kremlin.

Pour ceux qui doutaient encore, l’embargo décidé par Moscou rappelle que la Russie est un gros client de l’agroalimentaire européen. Avec l’Ukraine – avant la crise – et le Brésil, l’Allemagne et les Pays-Bas figuraient en 2013 parmi les principaux fournisseurs de ce pays qui importe 35 % de sa consommation alimentaire. « La Russie absorbe 10 % des exportations agricoles et agroalimentaires de l’UE », calibre Eurostat. Quant à la France, elle se place au 4e rang européen des fournisseurs de la Russie.

La concurrence s’annonce rude

Au-delà de la perte nette provoquée par la fermeture des frontières russes, c’est tout l’échiquier commercial agroalimentaire qui se trouve déstabilisé par la décision du Kremlin. Les opérateurs économiques vont s’empresser de chercher d’autres marchés et amplifier la concurrence sur des places déjà très convoitées. Le risque à moyen terme, pour les Européens, est aussi de se voir confisquer des parts de marché au profit de l’Asie ou de l’Amérique latine, qu’il sera ensuite très difficile de reconquérir.

Prévu pour un an

L’embargo est prévu pour durer un an, a expliqué le Premier ministre russe qui envisage de le lever si « nos partenaires font preuve d’une approche constructive ». En clair : si les Occidentaux reviennent sur leurs sanctions, la Russie reviendra sur les siennes. La plupart des produits alimentaires en provenance en provenance des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie, du Canada et de la Norvège sont concernés : bœuf, porc, volaille, poisson, fromage, lait, légumes, fruits.
Le pouvoir russe considère que cette décision est une occasion unique d’ouvrir et de développer la production et l’industrie agroalimentaire du pays en substitution des importations. Reste qu’aucun pays, aussi dynamique soit-il, n’est en capacité de  produire en quelques mois plus du tiers de sa consommation.

Dans ce contexte de profonde déstabilisation des marchés, le Canada se montre plus confiant que la moyenne. Le consortium Canada Porc International explique ainsi que l’industrie canadienne du porc est « mieux organisée et préparée que jamais » pour faire face une telle crise dans l’un des principaux marchés d’exportation. « En Russie, nous en sommes au troisième embargo d’importation de viande de porc en quelques années, pour différents motifs. Et cette fois-ci, avec une meilleure conjoncture dans le marché mondial du porc et la grande réputation du porc canadien, les exportateurs devraient trouver d’autres débouchés sans trop de difficultés, en Asie notamment », analyse M. Boissonneault, le directeur général.

Sans compter que le pays profite d’une baisse du dollar canadien qui a favorisé les ventes à l’exportation ces derniers temps. Une rente dont ne bénéficie pas l’espace économique européen comme l’a encore répété, fin juillet, le Premier ministre, Manuel Valls : « L’euro est aujourd’hui trop cher, trop fort », ce qui a notamment pour effet de défavoriser les exportations de la zone euro.

Nouveau coup dur pour le porc

Pour la production porcine européenne, privée de son premier débouché pour raisons sanitaires depuis février dernier, la sanction russe est un nouveau coup dur porté à la filière qui espérait une issue à la fin de l’été.
« L’Europe exporte 750 000 tonnes de viande de porc chaque année vers la Russie et la France 10 % de ce tonnage, soit 75 000 tonnes. Cela représente un chiffre d’affaires pour l’Europe de l’ordre de 1,5 milliard d’euros et de 150 millions pour la France », chiffre Guillaume Roué, président d’Inaporc. Et de relever que « les répercussions économiques sont beaucoup plus importantes que cela puisque nous estimons aujourd’hui que l’impact constaté depuis le mois de février est de l’ordre de 500 millions  d’euros, rien que pour la France du fait de la dégradation du marché à l’intérieur même de l’Europe. »

Dimitri, dissymétrie

La Russie dépend à moitié de l’Union européenne pour ses importations alimentaires, alors que l’Europe dépend à 10 % seulement de la Russie pour ses exportations alimentaires. Il y a là une flagrante dissymétrie accentuée par Dimitri Medvedev. La Russie devrait donc être la plus affectée par sa décision et connaître une flambée des prix qui risque d’exposer le pouvoir central à la colère de ses citoyens.

La Commission européenne envisage une action en contentieux devant l’Organe de règlement des différents de l’OMC. Mais que vaut une menace de droit commercial face à un chantage politico-économique ? En attendant, les chambres froides des abattoirs déjà bien remplies continuent de stocker de la viande qu’il va bien falloir dégager dans quelques mois. L’inévitable opération de déstockage qui s’annonce risque fort de déséquilibrer l’ensemble des marchés intérieur et export.
Autant de menaces supplémentaires pour la filière porcine bretonne qui risque plonger encore un peu plus dans le rouge.

Toutes les productions exposées

Lait

Un tiers du fromage et plus d’un quart du beurre européen exporté est écoulé en Russie. Pas étonnant que dans ces conditions, le secteur laitier redoute que l’embargo sur les produits agroalimentaires décrété par la Russie n’entraîne les prix à la baisse sur le marché européen.
Le Danemark et les Pays-Bas sont les plus exposés. En 2013, la France a vendu pour 119 millions d’euros de produits laitiers à la Russie, soit 4 % des importations du pays dans ce secteur.

Viande bovine

Le Brésil reste de loin le premier exportateur vers la Russie. La France exporte peu vers ce pays, et les animaux vifs ne sont pas concernés par la mesure. Mais près de 50 000 tonnes  équivalent-carcasse de viande bovine ont été exportées l’an passé par les autres pays de l’Union européenne, soit 20 % du total des exportations communautaires. « La fermeture des frontières menace de déséquilibrer le marché intérieur », alerte Guy Hermouet, vice-président de la Fédération nationale bovine chargé de l’exportation. Sachant toutefois que les exportations sont en recul de près de moitié depuis 2011, chiffre l’Institut de l’élevage.

Fruits et légumes

Fruits et légumes manquent aux tables russes et constituent les principales importations alimentaires d’Europe avec les vins et spiritueux (1,5 milliard euros). Les pommes, les tomates et les pêches en particulier sont achetées chez les Européens qui traversent justement une grave crise cette saison. D’où un double effet probable, résume Xavier Beulin : « La Russie se ferme aux importations, mais les produits qui n’iront plus à l’exportation vont se rabattre sur les pays européens et créer une situation de crise », craint-il.

À noter encore que la Russie travaille avec des codes douaniers spécifiques. Exemple : La Pologne concernée par l’embargo russe  peut toujours exporter des tomates vers la Russie.


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