Productions Agricoles

Détecter la cétose subclinique à la ferme

En début de lactation, la cétose subclinique, insidieuse, limite les performances des vaches. Des mesures de glycémie et de corps cétoniques sur les fraîches vêlées sont simples et efficaces pour la révéler et recaler sa conduite alimentaire précocement.

« Le rumen apparaît creux du côté gauche de cette vache, cela est caractéristique de la cétose », remarquait Dr Philippe Arzul de la société Vitalac en se promenant au milieu du troupeau du Gaec du Vieux manoir à Pommerit-le-Vicomte (22) à la fin du mois de mai.

Un appareil pour diabétique repère la subcétose

Après quelques prélèvements par prise de sang dans la queue sur un échantillon d’animaux fraîchement vêlés (5 à 30 jours après mise bas), les plasmas sont passés au révélateur du test Kétone. « C’est tout simplement un appareil utilisé par les diabétiques mesurant taux de glucose et corps cétoniques dans le sang. » Sur l’écran, les résultats sont lus directement. Les mesures du BHBA, un corps cétonique représentatif, de 7 animaux sur 8 se situaient entre 1,1 et 1,4 mmol / L (objectif : moins de 1,1) et certaines glycémies étaient inférieures à 40 mg de glucose / dl. « Dès qu’un quart des vaches contrôlées présentent de mauvais résultats, il y a un problème énergétique dans la ration. Ici, 80 % des animaux souffrent de subcétose, traduisait le vétérinaire à la vue des notes obtenues.

La bandelette-test reliée à l’appareil est plongée dans l’échantillon sanguin
La bandelette-test reliée à l’appareil est plongée dans l’échantillon sanguin. Sur l’écran, les mesures de glycémie et de corps cétoniques s’affichent. Le contrôle d’un lot de vaches fraîches vêlées permet de savoir s’il y a un désordre alimentaire.

Il y a visiblement un souci de ration : transition alimentaire difficile à l’ouverture du nouveau silo d’ensilage de maïs, tri à l’auge et stress des animaux… » Si le nutritionniste avait malgré tout jugé le cheptel en bon état, « propre et avec un bon poil », l’aspect des bouses allait également dans le sens d’un désordre métabolique : « des bouses hétérogènes, parfois molles, avec des grains non digérés. » Philippe Arzul avait également noté un point faible du côté de l’ensilage d’herbe. Le fourrage, ramassé à l’autochargeuse, n’apportait pas toutes les garanties : « Au silo, les brins sont trop longs. Difficiles à tasser correctement sur le dessus du tas, il en résulte un front d’attaque qui chauffe vite », avec à la clé perte de qualité et d’appétence. « Et même après passage par la mélangeuse, la présence de brins supérieurs à 4 cm dans la ration distribuée favorise le tri des vaches. » À l’avenir, pour éviter des fibres d’ensilage d’herbe trop longues, le vétérinaire conseille « d’améliorer le hachage à la récolte » pour obtenir des brins plus courts.

Gaec du Vieux manoir, Pommerit-le-Vicomte (22)

  • 5 associés, 1 salarié
  • 170 vaches
  • 1 650 000 L de lait à produire

Des brins d’herbe de 3 cm pour limiter le tri

Mais en attendant la prochaine campagne, quelques corrections s’imposaient. D’abord, modifier l’ordre de chargement des ingrédients de la ration dans la mélangeuse : « Désormais, il faut commencer par l’ensilage d’herbe et laisser tourner tant que la fibre n’est pas réduite à une longueur de 3 cm. » Autre urgence, stabiliser le front d’attaque en arrosant le dessus du tas avec Fongiprotect, un produit acide (5 de pH) à raison de 2 L (dilués avec 5 volumes d’eau) pour 10 m2 de surface d’ensilage. Et rajouter dans la ration 100 g de bicarbonate de soude par vache pour tamponner pendant cette période d’ajustement.

« Un indicateur précoce de désordre nutritionnel »

Quinze jours plus tard, début juin, Philippe Arzul est de retour au Gaec pour contrôler si ces corrections ont porté leurs fruits. Pour ce faire, il prélève le sang de 7 vaches avant d’y doser les corps cétoniques : toutes les mesures se situent cette fois-ci dans une fourchette comprise entre 0,6 et 0,9 mmol / L. Et le conseiller de noter que « les résultats sont à nouveau dans la norme. Cela montre notamment l’efficacité de ce test Kétone comme indicateur précoce de désordre nutritionnel. » Sébastien Turban, l’un des éleveurs, acquiesce : « C’est vrai, il y a 15 jours, quand les prises de sang du vétérinaire ont montré que le troupeau glissait en subcétose, rien ne nous disait clairement que ça allait mal. Heureusement, nous avons vite réagi. » Résultats : dans le lot de vaches traites au robot, la production est remontée de 35,6 à 37,8 kg depuis les corrections.

« La moitié des vaches bretonnes en subcétose »

« La cétose clinique est bien perceptible, marquée par une chute en lait, une perte d’appétit sur l’aliment et un flanc creux. Par contre, dans le cas de la forme subclinique ou subcétose, l’éleveur ne remarque rien alors que l’animal maigrit à petit feu. Et au final, dans le tank, il manque 3 à 5 L de lait par vache », explique Philippe Arzul. « En Bretagne, près de la moitié des vaches laitières souffriraient de cétose subclinique. Quelles peuvent en être les causes ? Un tarissement long, une vache grasse au vêlage, toutes difficultés à la mise bas qui jouent sur l’appétit (type mammite, non délivrance, métrite, boiterie…) Je conseille donc d’éviter les vaches grasses au moment du tarissement et d’opter pour une période sèche d’environ 50 jours en maintenant une bonne persistance alimentaire, c’est-à-dire une ration la plus stable possible par rapport à celle en lactation. »

Les éleveurs sont d’ailleurs

désormais équipés d’un testeur. « Dès qu’au robot, je remarque qu’un animal chute en lait, je fais une prise de sang pour vérifier s’il y a un problème de métabolisme énergétique », explique l’agriculteur. Pour le vétérinaire, ce type de réflexe « fait partie de l’autocontrôle de l’éleveur dans un élevage de plus de 100 vaches. » Toma Dagorn

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