La patate, et patati et patata

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Michel Devaux, artiste peintre, a trouvé l’inspiration et le succès grâce à la pomme de terre, qui anime ses tableaux. Il expose cet été en Bretagne.

C’est le légume le plus consommé en Europe. Cuit à l’eau, à la vapeur, à l’étouffée, au four, à la braise, en friture, pelé ou en robe des champs, coupé en quartiers ou en rondelles, en frite ou en chips, creusé et farci … Si on a l’habitude de parler de ce fruit de la terre en terme culinaire, sa présence sur les murs de « l’allée aux boules », salle adjacente à la mairie et au musée Yan’Dargent à Saint-Servais (29), est en revanche très originale. En effet, l’exposition annuelle de ce musée est consacrée à la pomme de terre devenue œuvre d’art et source d’inspiration. Avec des germes qui se transforment en bras et en jambes, le tubercule de Parmentier prend vie et devient porteur de messages. C’est une idée qui a germé dans la tête de Michel Devaux, artiste peintre parisien, et qu’il décline depuis 2008 sur ses toiles.

De la loi des grands nombres à l’anonymat

Fortement marqué par sa carrière professionnelle dans la publicité, Michel Devaux a suivi la mouvance de ce milieu en pensant l’être humain en terme collectif, sous forme de client-type où jamais la cible ne devient une personne. « J’ai voulu, à travers ma passion de la peinture, témoigner de ce qu’a été ma vie », rapporte l’artiste. « Dans notre société moderne, avec le culte de la beauté, de la couleur, de l’imaginaire, des objets curieux et des formes cocasses, on peut être mis à nu sans pour autant être un individu ». Un concept qui l’a marqué et qu’il a tenté de retranscrire dans sa peinture. Et après plusieurs essais de styles, c’est la pomme de terre qui révèlera ce peintre autodidacte et lui amènera le succès.

À un retour de vacances, il retrouve, dans sa cuisine, un filet de pommes de terre qui ont germé. Un flash révélateur. Ses pinceaux immortalisent la scène de manière surréaliste. Au bout de ces germes, des mains  prennent forme. Ce sera le premier tableau titré « Au secours », à l’origine d’une longue série. Petit à petit, le style s’affine et des jambes apparaissent, permettant de simuler des silhouettes humaines, mais toujours asexuées.

Métaphore de l’individu

La première exposition accueille favorablement cette nouvelle inspiration. « La pomme de terre est familière, on ne la craint pas », selon lui. Et de poursuivre : « Au-delà des lieux, des visages, de la couleur de peau, du milieu social… les pommes de terres que je dessine expriment une vérité sur l’homme qui nous concerne tous. Les sentiments sont les mêmes par exemple à Brest, à Rennes ou en Chine. Et chacun, là ou ailleurs, peut se reconnaître dans mes métaphores. » Les tableaux évoquent des scènes de la vie intime et collective où les pommes de terre sont une métaphore de l’individu. Par ce choix, l’artiste met en évidence les notions de « solitude » et de « multitude » qui lui sont chers, et qui sont les compagnes de la vie moderne et urbaine.

Expositions

  • Du 5 juillet au 21 septembre, musée Yan’ Dargent à Saint-Servais (29). Ouvert tous les jours de 14 h à 18 h. 3 €. (gratuit pour les moins de 12 ans)
  • Du 5 au 25 septembre, médiathèque Louis Guilloux à Plœuc/Lié (22).
  • Entrée gratuite. Selon les horaires d’ouverture de la bibliothèque. www.micheldevauxparis.com

L’humour frise la philosophie

L’humour n’est jamais loin, mais le propos est vif. De nombreuses toiles sont des autoportraits. « Autoportrait en majesté » est une dérision du célèbre tableau de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud. « De cette mise en scène, j’en rigole toujours… », avoue-t-il. Depuis quelques années, cette peinture orne les murs d’un musée de Taïwan. Elle lui a ouvert les portes de la célébrité en Asie. Mais l’anonymat mis en scène permet aussi au visiteur de voir son propre reflet dans une situation déjà vécue. Si le premier degré de lecture de l’image donne une vision ironique, le second niveau permet une réflexion sur les relations humaines en général. À chacun de choisir ce qui lui convient le mieux. Ce thème de travail est l’aboutissement d’une réflexion profonde et morale, proposée par Michel Devaux, sur le monde de l’apparence et de la communication qui nous entoure. « Je peins tout le temps, et j’ai toujours des tableaux en gestation », révèle l’artiste. En ce moment, c’est autour du tableau réaliste de l’Angélus de Millet, qu’il réfléchit. La vie quotidienne des campagnes du 19e siècle, sera donc revue en 2014, pour en proposer une version moderne. Et qui sait si notre paysage breton n’inspirera pas ce peintre d’origine costarmoricaine, au détour de Saint-Servais (29) ou de Plœuc-sur-Lié (22), où une seconde exposition sera organisée simultanément en septembre, dans ce pays réputé pour sa culture de pommes de terre. Carole David


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