Productions Agricoles

Des créations d’emplois non reconnues

Frédéric Jan, dirigeant d’une entreprise de travaux agricoles et ruraux dans le Morbihan et président du syndicat régional, souligne la dynamique d’emploi de sa branche tout en s’interrogeant sur la posture de l’Administration.

« Les entreprises de travaux agricoles n’attendent rien du Pacte d’avenir », lâche Frédéric Jan, président du syndicat Entrepreneurs des territoires (EDT) de Bretagne. Les ETAR ont pourtant apporté une contribution écrite au projet, « mais la rédaction des 90 pages n’apporte aucune avancée à la profession qui demandait simplement 2 mesures d’urgence. »
Cependant, en cette fin d’année, le secteur des prestations de services est porteur d’une bonne nouvelle qui détonne dans le paysage économique actuel : les ETAR continuent d’embaucher. En 2 ans, on compte 600 contrats de travail supplémentaires, 330 salariés (soit 121 équivalent temps plein) de plus dans la branche professionnelle. « Un cas unique dans le marasme actuel », souligne Frédéric Jan. Avant de préciser : « Et sans aucune aide publique de l’État ou de l’Europe. Seuls le Conseil régional et les départements nous ont aidés ! Mais pour combien de temps encore ? »

Pour la période 2014-2020, les représentants de la profession ont demandé que les ETAR bénéficient d’un fonds de modernisation des entreprises (activation de l’article 20 du Plan de développement rural : aide à la création et à l’investissement en matériels) afin de pérenniser ces emplois. « Son inscription au Pacte d’avenir aurait été un signal positif… Raté ! », rebondit, un peu amer, le morbihannais. Mais l’éligibilité de la filière aux fonds européens qui reste en suspens n’est pas la seule ombre au tableau. Le président Jan reste malgré tout inquiet pour l’avenir car le développement des CDI s’est stoppé net au profit des CDD. « Les emplois se précarisent. » Agr’Equip à La Bouëxière (35), l’ISSAT Redon (56), les CFA de Pommerit-Jaudy (22) et St-Aubin-du-Cormier (35) et les MFR de Montauban-de-Bretagne (35), d’Elliant (29) et de Loudéac (22)… « Nos entreprises recrutaient en CDI une partie des 220 jeunes sortant chaque année de formation agro-équipement auprès des 7 centres de formations bretons ».

Évolution des équivalents temps pleins dans les ETAR
Évolution des équivalents temps pleins dans les ETAR

Le niveau de compétence des jeunes se dégrade

Des jeunes majoritairement issus de la formation en alternance ou en apprentissage. « Mais depuis 3 ans, ce recrutement de permanents se ralentit car le niveau de compétences des jeunes se dégrade. » En Effet, le référentiel de formation stipule des compétences d’utilisation d’engins que les étudiants ne peuvent obtenir puisqu’ils ne sont pas autorisés à utiliser ces machines, les Direccte ne délivrant plus de dérogations pour conduire des herses rotatives  ou des épandeurs à fumier pour les jeunes de moins de 18 ans. Pire, d’un département à l’autre, les règles de refus ou d’acception des dérogations sont tellement obscures que les entreprises n’y comprennent plus rien. « Nous avons fait le test sur un même département, entre deux inspecteurs, certaines utilisations de matériels sont acceptées par l’un et refusées par un autre. »

« La Direccte Bretagne détruit les emplois que nous créons ! »

Les problèmes se posent également dans les écoles, faute de pouvoir « apprendre sur les machines », les jeunes se démotivent. Un souci qui n’existe pourtant pas dans les régions proches de la Bretagne, notamment en Pays de la Loire et Poitou-Charentes, qui ont depuis longtemps définies des règles claires… Frédéric Jan, lui, regrette le mutisme de l’administration régionale :  « Depuis plus de deux ans, nous avons demandé à de multiples reprises aux Direccte d’organiser une réunion pour trouver des solutions… Sans aucun résultat. » Et d’interroger en conclusion : « Alors comment continuer à créer de l’emploi quand l’administration elle-même vous met des bâtons dans les roues ? »
Toma Dagorn

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