Élevage

Avoir l’œil sur le “Bilan santé mamelle”

Parce que les mammites touchent plus de 4 vaches sur 10, Bretagne Conseil Elevage Ouest et Eilyps proposent un nouvel outil commun : le bilan « O’dit Santé ».

Nul n’est prophète dans son pays. Y compris quand on est éleveur laitier et qu’on connaît bien son élevage. Trop bien parfois. Au point, qu’à être trop prêt des problèmes, on s’en éloigne. Entre autres quand il s’agit de mettre le doigt sur les causes d’un problème récurrent de leucocytes et de mammites.

Yannick Saillard, Vétérinaire à Bretagne Conseil Elevage Ouest
Yannick Saillard, Vétérinaire à Bretagne Conseil Elevage Ouest

Combien d’éleveurs, en effet, ne voient plus par quel bout régler l’association leucocytes/mammites. Sans parler de la prise de tête que constitue ce duo infernal quand il s’installe dans l’élevage ; pour quelques semaines, pour quelques mois… ou, pire, pour toujours. Or, tient à rassurer Yannick Saillard, vétérinaire à Bretagne Conseil Elevage Ouest (BCEL Ouest) : « Il y a toujours des solutions pour s’en sortir. La base, c’est de bien repérer les facteurs de risque pour les éliminer. Par étapes, s’il le faut ».

Enregistrer, analyser, agir

Le bilan santé mamelle (connu aussi sous la dénomination de « bilan mammites ») constitue une mine d’informations pour s’attaquer au problème. Du moins si les informations sont enregistrées (71 % le font à BCEL Ouest). Et si l’on prend le temps de les décortiquer et les interpréter pour faire ressortir les changements de conduite ou améliorations matérielles qui permettront de renouer avec une bonne situation.

Aujourd’hui, en aval de ce bilan mammites de routine, Bretagne Conseil Elevage Ouest et Eilyps proposent une approche prévention santé plus poussée. Cette offre de services O’dit Santé qui se décline en six domaines d’intervention (1) concerne notamment les mammites et les leucocytes. « Concrètement, il s’agit d’une intervention d’une demi-journée en élevage. Tous les facteurs susceptibles d’avoir une incidence sur les problèmes de santé mammaire sont analysés : bâtiment, traite, conduite du troupeau, etc. », cite Yannick Saillard. Et de noter que le compte-rendu prévoit des mesures concrètes à mettre en œuvre. Bref, un vrai plan de maîtrise.

Le fait de disposer des résultats sur plusieurs années, permet par exemple, de mettre en évidence des problèmes qui se reproduisent à certaines périodes données, en lien avec les périodes de vêlage, l’alimentation, le logement, etc. « Le cas fréquent reste une augmentation des mammites lors de la période de stabulation hivernale en aire paillée. Ambiance, humidité, nettoyage, etc., sont autant de paramètres qui peuvent être clairement identifiés et corrigés au cours d’un audit santé mammites/leucocytes ».

Le lien entre tarissement et début de lactation

C’est aussi au cours d’un O’dit santé que, par exemple, on mettra en évidence un nombre trop important de mammites en début de lactation associé à un taux de guérison insuffisant. Les causes seront entre autres recherchées sur la période de tarissement. Avec ces questionnements qui doivent porter sur les conditions d’hygiène au tarissement, la conduite des vaches durant la période sèche… : « Par exemple, des taries stationnées sur une parcelle parking qui se couchent près de l’auge et du râtelier sont plus exposées ». Une évidence ? Et pourtant…

La fin de tarissement et le début de lactation étant les périodes à risque les plus fortes, la pratique du tarissement mérite souvent d’être revue (lire par ailleurs). « Il s’agit souvent d’un levier efficace. Avec l’augmentation de la production par vache, il n’est pas rare que des laitières soient taries brutalement à 25 kg de lait. Pas étonnant que dans ces conditions, et d’autant plus si la ration est trop riche, que des pertes de lait soient observées. Or, il s’agit là d’un facteur favorisant évident ».

Classement des vaches du troupeau

Ces exemples montrent que « la réponse n’est pas forcément le médicament », poursuit le vétérinaire. Pas plus que la réforme. « Choisir de régler le problème en éliminant les vaches les plus atteintes (même si c’est souvent nécessaire), sans changer les pratiques, revient souvent à pédaler dans le vide. Autrement dit, le problème de fond n’étant pas résolu, d’autres vaches à problème remplacent rapidement celles qui ont été réformées. Or, compte tenu du coût du renouvellement, cela a un impact direct sur la rentabilité de l’élevage ».

150 € le coût direct et induit d’une mammite

La rentabilité est d’ailleurs au cœur de l’Odit Santé qui propose une approche économique de la santé en élevage. « Nous évaluons à 150 € le coût direct et induit d’une mammite », indique Yannick Saillard. Et d’expliquer que BCEL Ouest propose désormais un classement des vaches du troupeau par fréquence d’impacts santé (toutes pathologies et traitements additionnés). Exemple à l’appui, il cite deux vaches d’un même troupeau breton dont la première affiche 685 € de dépense santé pour une boiterie et 3 mammites sur une même lactation, alors qu’une seconde n’a engendré que 306 € de dépense sur sa carrière (une fièvre de lait et une mammite) soit en moyenne 61 €/lactation.

« Ce classement, basé sur des estimations qui englobent coûts directs et induits (perte de lait) constitue aussi une aide à la décision que nous proposons aux éleveurs ». Sachant que ces vaches à fort impact économique sur le poste santé du troupeau ne représentent souvent qu’un faible nombre d’animaux (moins de 10 %) qui cumulent les problèmes (une boiterie suivie d’une mammite, etc.). « Au travers de l’exploitation des données chiffrées sur plusieurs lactations, les éleveurs disposent d’éléments objectifs pour choisir ou non de réformer. Voire d’éliminer des familles moins résistantes aux maladies ». En attendant que les index santé apportent un levier supplémentaire de décision et d’action en amont.

Collecter pour interpréter
Réaliser un bilan santé précis et étayé ne peut pas se faire sur des « je crois que j’ai traité deux mammites ce mois-ci ». D’où la montée en puissance de la saisie des données et événements santé par les agents de pesée. « Ce mode de collecte élargi aux autres événements santé que les mammites (boiteries, fièvre de lait, métrites, diarrhées des veaux,…) est une première en France », note Yannick Saillard qui enregistre de bons retours d’informations depuis la mise en place du système de collecte généralisée en mai dernier. Et d’inciter les éleveurs à participer : « Collecter le maximum d’infos permet d’avoir des interprétations plus précises et donc d’agir avec plus d’efficacité». Ces données collectées pourront servir également à élaborer plus précisément des index santé qui permettent d’évaluer la résistance des animaux à ces pathologies, comme pour « mammites cliniques » (MACL).

(1) mammites/leucocytes ; veaux/génisses ; santé vétérinaire ; bâtiment ; boiteries ; reproduction.

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