C’est la demande qui fait le prix

Que ce soit en blé, maïs ou soja, la demande est la clé des marchés et particulièrement lors de la saison 2026/2027.

iStock-1473037848.jpg - Illustration C’est la demande qui fait le prix
Le marché mondial du blé n’existe pas. Si le maïs est interchangeable, la céréale à paille ne l’est pas car il existe plusieurs types de qualités spécifiques. Il faut donc parler du marché mondial des blés, explique Patricia Le Cadre, du Céréopa. | © Getty Images

Les effets d’annonce concernant la baisse de la récolte de blé aux USA sont des non-évènements. Et il est important de s’extraire de ce bruit médiatique. Parce que le recul prévu là-bas correspond exactement à la hausse de production chez les grands importateurs[1] et cela ne date pas du dernier rapport de l’USDA[2]. Dont acte ! La dissymétrie de l’information prise en compte par les fonds spéculatifs[3] qui se positionnent sur le marché à terme de Chicago (CBOT) doit nous interroger et surtout nous faire relativiser. Car lorsqu’un contrat arrive à échéance sur ces marchés financiers, la réalité revient vite au galop.

Le suivi de la demande, plus complexe que celui de l’offre

On peut donc conseiller de ne pas paniquer lors de grandes envolées des cotations sur le marché américain. Oui, c’est plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous. Cependant, nous avons des informations (plus ou moins fiables) à notre disposition et peu d’excuses de ne pas les triturer un peu.

Plus de fiabilité dans le prochain rapport USDA

Premier exemple : la volatilité sur le CBOT devrait s’accentuer à l’approche du rapport de l’USDA du 30 juin. Celui-ci devrait nous donner une meilleure appréciation des surfaces de soja et de maïs semées outre-Atlantique que le précédent. Il y a trois mois, la participation à l’enquête avait été très faible. De plus, la fiabilité de l’agence gouvernementale, très impactée par des baisses de budget, avait été particulièrement mise en doute. Dans la panique de la fermeture du détroit d’Ormuz et de la hausse du prix des engrais, de nombreuses supputations ont été faites sur un report potentiel d’hectares de soja vers le maïs. Or le choix des mises en culture est multi-factoriel et ne saurait se résumer à ce facteur de production (même s’il n’est pas à minimiser). Mais rappelons qu’une grande partie des agriculteurs de l’hémisphère nord s’étaient déjà couverts et, selon les cultures, avaient déjà appliqué leurs fertilisants. De plus, le ratio de prix entre maïs et soja au printemps (servant de référence pour l’assurance récolte) n’était pas de nature à entraîner de grands bouleversements. Pour autant, les marchés vont surfer sur cette information pour créer une volatilité nécessaire à leurs jeux financiers. Il faudra alors se demander si 7 Mt de moins de maïs (en cas de perte de 2 millions d’acres) changeront la donne au niveau mondial. En fait, les USA croulent sous les stocks, en hausse de 15 Mt en fin de campagne… Et ce n’est pas la production qui importe, mais l’offre, qui prend aussi les stocks en compte ! Tant qu’aucun désastre n’est annoncé aux États-Unis ou au Brésil en termes de météo, il faut garder la tête froide. Et surtout, il ne faut pas oublier que ce qui fait un prix reste la confrontation de l’offre et de la demande. Ne pas mettre à jour les informations sur la consommation peut déboucher sur de mauvais choix. Pour l’instant, le ratio stocks/consommation mondial de maïs hors Chine reste correct. Mais nous pourrions avoir quelques surprises si l’Empire du Milieu revient plus que prévu aux achats dans les prochains mois.

Le marché mondial des blés

Deuxième exemple : les inquiétudes sur le marché du blé meunier pour la première partie de campagne 26/27 sont surfaites. En espérant qu’Israël ne compromettra pas les espoirs de paix en Iran, et en misant sur le fait que Trump a vraiment besoin de solder le conflit au plus vite (les midterms sont dans le viseur), nous pouvons nous appuyer sur les fondamentaux du marché. La production mondiale recule pour l’instant de 24 Mt, les stocks progressent de 20 Mt et la demande à l’importation des grands acheteurs baisse de 10 Mt. Voilà le tableau complet. Les choses se gâtent sur le début de l’année 2027, puisque El Niño devrait nous priver de 3 Mt d’exportation de blé australien. Cela peut sembler anecdotique face aux 212 Mt d’objectifs des flux mondiaux 2026/2027. Cependant, l’impact pourrait être plus haussier qu’on ne l’imagine. En effet, le marché mondial du blé n’existe pas. Si le maïs est interchangeable, la céréale à paille ne l’est pas car il existe plusieurs types de qualités spécifiques. Il faut donc parler du marché mondial des blés. Or l’Australie approvisionne le marché asiatique, avec une qualité permettant d’élaborer les fameuses nouilles qui sont aussi diverses que les pays qui les consomment, mais qui dépendent toutes d’un blé premium. Et peu d’autres blés peuvent rivaliser. Le blé US coté à Minneapolis est une alternative. Les autres peuvent venir à la rescousse en mélange mais jusqu’à un certain point. La consommation des blés n’est pas attendue en forte progression cette saison au niveau mondial (récession, meilleures récoltes 2026 et élaboration de stockage en 2025/2026 face aux prix bas chez les gros acheteurs, etc.). Mais par capillarité, il est possible que la demande non assouvie en blé australien dans quelques mois puisse se répercuter sur le blé de Minneapolis (HSW) puis sur celui de Kansas City (HRW) qui est le plus proche du blé russe.

Le suivi de la demande est plus complexe que celui de l’offre. Mais il est incontournable pour prendre de bonnes décisions, à l’achat comme à la vente.

Patricia Le Cadre / Céréopa

[1] 28 pays listés par l’USDA

[2] Ministère de l’agriculture américain

[3] Hedge funds entrant et sortant rapidement pour capter la volatilité

Le marché US des huiles végétales à part

Enfin, le dernier exemple concerne la demande pour l’huile de soja américaine et celle de canola canadien. Une évolution réglementaire des biocarburants aux USA isole aujourd’hui le marché nord-américain des huiles végétales dans une bulle qui le déconnecte des autres marchés mondiaux. Il est donc primordial de ne pas suivre uniquement le CBOT pour comprendre l’évolution des prix des oléagineux sur le marché physique. Ainsi l’huile de soja argentine est restée très sage face à son homologue nord-américaine.


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