Des fermes ont réduit leurs émissions

Un projet innovant mené sur le Finistère sur 4 ans démontre qu’en combinant diagnostics, évolution des pratiques et accompagnement, les exploitations peuvent réduire leurs émissions d’ammoniac, tout en améliorant la valorisation des effluents.

Un homme et deux femmes debout devant des cornadis - Illustration Des fermes ont réduit leurs émissions
De gauche à droite : Léna Oddos, François Trubert et Meryll Le Quilleuc. | © Paysan Breton

Gaz précurseur de particules fines, « l’ammoniac est émis majoritairement par l’activité agricole : 94 % en France. La réduction de ces émissions est donc un enjeu », a situé Edwige Kerboriou, élue à la Chambre d’agriculture de Bretagne lors d’une rencontre à Gévezé (35) le 20 janvier. Le Plan national sur les polluants atmosphériques prévoit de réduire les émissions d’ammoniac (NH3) de 13 % et les concentrations en particules fines de 57 %, entre 2005 et 2030. En Bretagne, les émissions de NH3 ont déjà chuté de 11 % entre 2008 et 2022.

Diagnostics individuels, travaux collectifs

Pour mieux connaître et comprendre les émissions de NH3 de l’agriculture et leur impact sur la qualité de l’air, une expérimentation a été menée sur un territoire pilote, situé sur une vingtaine de communes entre Pays d’Iroise communauté et Brest métropole, de 2021 à 2025. Ce projet Abaa*, porté par la Chambre d’agriculture et Air Breizh, a rassemblé 21 exploitations (beaucoup en lait), 7 Cuma et 2 ETA. « Les agriculteurs y ont manifesté une vraie ambition de baisse des émissions d’ammoniac et d’amélioration de la fertilisation de leurs cultures et de leurs pratiques d’élevage », souligne Léna Oddos, agronome de la Chambre d’agriculture.

12 % de réduction en moyenne par ferme

« Des estimations des émissions ont été réalisées à l’échelle de chaque ferme grâce à plusieurs outils de diagnostic spécialisés. Selon les résultats et le contexte de l’exploitation, chaque agriculteur a choisi de mettre en œuvre un ou plusieurs leviers. En moyenne, chaque ferme a diminué de près de 12 % ses émissions d’ammoniac. »

Parmi les pistes déployées : une meilleure connaissance de la valeur des fourrages pour un ajustement des rations, la réduction du nombre d’animaux non productifs via la baisse de l’âge au vêlage et du taux de renouvellement et une augmentation du temps de pâturage. L’herbe réduit la manipulation des effluents et l’urine et les bouses sont moins mélangées dans le champ, ce qui permet une moindre volatilisation du NH3. Des groupes techniques, par levier, ont aussi été mis en place.

Par ailleurs, des stations de mesure de qualité de l’air sur 3 fermes ont apporté des données en continu sur 1 an, « montrant des différences selon les productions à proximité. La présence d’un atelier volailles et d’une station de compostage augmente la teneur en ammoniac par exemple. Elle est aussi plus élevée lors des épandages », note Meryll Le Quilleuc, cheffe de projet Air Breizh.

Nouvelle expérimentation sur Rennes Métropole

L’expérimentation va désormais se poursuivre sur un nouveau territoire, celui de Rennes Métropole. François Trubert, éleveur méthaniseur à Gévezé, va faire partie du groupe animé par la Chambre d’agriculture, intéressé par « les échanges avec les chercheurs et les scientifiques. » Les effluents sont « une mine d’or sur l’élevage. Je souhaite les gérer au mieux pour ne pas perdre leur valeur », souligne l’agriculteur qui, en 2012, s’est donné pour objectif de supprimer l’azote minéral sur son exploitation. Challenge réussi.

Agnès Cussonneau

* Ammoniac en Bretagne dans l’air ambiant

Plus de lisier en surface, plus de volatilisation

De nouveaux outils ont été développés dans le cadre du projet Abba. La ‘méthode des cadres’ permet de mieux connaître l’efficacité des matériels d’épandage de lisier, selon le contexte d’utilisation. « Elle est basée sur la surface de contact entre l’air et le lisier : l’un des facteurs favorisant la volatilisation », informe Léna Oddos. 43 chantiers d’épandage ont été analysés avec cette méthode. Les résultats sont cohérents avec les références scientifiques, avec un risque de volatilisation plus fort lors d’un épandage avec buses par rapport à des pendillards ou des injecteurs à dents et à disques. « Mais de fortes variabilités sont observées pour un même matériel. On recommande par exemple de baisser le plus possible la rampe du pendillard ou de ne pas épandre sur un sol saturé en eau… ». Une nouvelle application mobile a aussi été développée : AgrivisioN’air. « C’est un outil gratuit d’aide à la décision pour les épandages qui tient aussi compte de la météo. »


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