Insectes ravageurs : Développer la « guerre de communication »

10970.hr - Illustration Insectes ravageurs  : Développer la « guerre de communication »
La punaise prédatrice Macrolophus est utilisée avec succès pour la protection biologique intégrée en tomate.
Aujourd’hui, un basculement s’opère vers de nouvelles méthodes de lutte contre les insectes. Un des enjeux est une meilleure compréhension de leur communication, entre eux et avec les plantes, basée sur des échanges chimiques.

Les insectes sont nuisibles mais aussi indispensables à l’activité agricole (pollinisateurs, auxiliaires…). Ce constat a mis du temps à s’imposer mais désormais nous savons que tout l’enjeu consiste à « trouver un équilibre entre insectes ravageurs et utiles », comme l’a souligné André Fougeroux, lors d’un webinaire organisé par les Amis de l’Académie d’agriculture de France le 20 janvier. Le scientifique a travaillé pendant 40 ans dans des métiers en lien avec l’agriculture et les insectes.

La chimie et ses limites

Depuis toujours, les hommes luttent contre les ravageurs qui s’attaquent à leurs cultures, leurs maisons, leur linge… Allant même jusqu’à employer des méthodes chimiques parfois dangereuses pour leur santé telles que les sels d’arsenic ou l’acide cyanhydrique par le passé. « La chimie a apporté des progrès considérables mais a aussi généré des excès, liés à sa facilité d’emploi. »
« Au fil du temps, des efforts considérables ont été réalisés sur la réduction des doses, sur la toxicité des molécules, sur leur sélectivité, leurs modes d’application. Citons la réussite du traitement des semences… », constate André Fougeroux. Il évoque aussi « la systémie qui est décriée aujourd’hui. Moi je pense que l’idée de faire entrer le produit dans la plante est intéressante dans l’objectif d’avoir moins d’insectes en contact avec le produit, seuls ceux qui consomment la plante sont concernés. On préserve une partie de la faune auxiliaire et on réduit aussi les lessivages. » De plus en plus d’insecticides sont issus de fermentation de microorganismes. « C’est une voie de recherche très intéressante qui serait par ailleurs plus simple que la synthèse chimique sur le plan industriel. »

Autres méthodes, les techniques physiques existent toujours, à l’image des filets contre le carpocapse en pommiers, mais sont coûteuses. « Les pièges (colorés, lumineux, alimentaires ou sexuels) consistent à capturer un maximum d’insectes mais sont pour la plupart peu sélectifs. » Par ailleurs, la résistance variétale est beaucoup travaillée. En France, un gène a été sélectionné sur le blé empêchant les larves de cécidomyie orange de trouver leur alimentation. Il est aujourd’hui généralisé dans la sélection de la céréale.

De beaux succès en biocontrôle

Le biocontrôle fait toujours partie des solutions d’avenir « via des insectes auxiliaires, le Bacillus thuringiensis qui reste un insecticide intéressant, les virus, quelques champignons pathogènes d’insectes, on commence à parler de levures… » Toutefois, « la lutte intégrée n’est pas toujours fructueuse car elle nécessite énormément d’études d’écologie et de biologie. » Elle engrange cependant de beaux succès comme les auxiliaires utilisés en serre en France ou la réintroduction des typhlodromes dans les vergers et les vignes qui ont permis de réduire fortement les acaricides… « En maïs, l’utilisation des trichogrammes contre la pyrale a nécessité de longues années de recherche, mais aujourd’hui un tiers des zones concernées sont protégées par ces micro-guêpes. »
À l’avenir, sans doute que plusieurs solutions, chimiques ou non, se combineront. « Je pense qu’il faut améliorer la compréhension de la communication des insectes entre eux et entre insectes et plantes. Les phéromones commencent à être bien connues servant par exemple aux mâles à reconnaître les femelles. La confusion sexuelle fait partie des succès déjà existants, utilisée sur la moitié des vergers d’Europe. Son avantage est aussi de ne pas avoir à sortir le pulvérisateur, outil décrié par le grand public. »

Utiliser les messages des êtres vivants entre eux

Apprendre à gérer les molécules émises par les êtres vivants habitant nos campagnes pourrait nous aider. En premier lieu, l’étude des allomones peut être prolongée : ce sont les substances produites par les plantes pour se défendre contre les insectes. Par exemple, les pyréthrines émises par les fleurs de pyrèthre de Dalmatie ou certains chrysanthèmes jouent un rôle répulsif. « On peut aussi creuser du côté des kairomones émises par des plantes pour attirer les auxiliaires en cas d’attaque d’insectes. Un travail peut aussi être mené sur les exsudats racinaires de certaines plantes qui attirent les taupins. »
Tout un champ d’actions existe aussi grâce à l’agriculture numérique « qui pourra permettre des mini-pulvérisations seulement là où il y a des attaques », ajoute Catherine Regnault, professeur et scientifique. Face aux défis actuels, « nous devons donner du temps à la recherche et être pragmatiques. » La transition passera par une utilisation raisonnée des produits phytosanitaires tout en pensant l’aménagement du territoire autour des parcelles agricoles.

Pour en savoir plus : Le livre « Insecticides, insectifuges ?  Enjeux du XXIe siècle » d’André Fougeroux vient de paraître (Éditeur : Presses des Mines – Transvalor).

Des exemples prometteurs

Un projet est en cours sur les composés volatils émis par les gousses de féverole qui indiquent à la bruche le bon moment pour venir pondre. « On comprend que si on arrive à produire ces composés, on pourra orienter les bruches ailleurs que sur les féveroles », note André Fougeroux. S’agissant des pucerons, les chercheurs s’intéressent aux substances d’alertes envoyées à leurs congénères quand ils sont en danger. En laboratoire, un gène transféré au blé permet de produire cette phéromone d’alerte. Peut-être que cette solution sera transposable bientôt dans les parcelles.


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