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Les parkings se vident et les langues se délient

Les JA de Matignon (22) ont bloqué l’accès d’un Leclerc et d’un Intermarché avant de visiter Lidl. Documents à l’appui, les dirigeants de GMS ont pointé des dysfonctionnements alors qu’ils se disent prêts à soutenir le prix payé aux éleveurs.

« Dans les campagnes, personne ne bouge. Il est temps de se réveiller ! », lançaient, samedi 8 janvier, les Jeunes Agriculteurs du secteur de Matignon (22) à cran face à une situation intenable. « Aliment du bétail, énergie, carburant, matériaux, alimentation humaine… Tout flambe de jour en jour sauf le prix du porc qui stagne depuis des semaines. Nous ne vivons plus une crise conjoncturelle, mais une crise d’inflation. Sans cash d’urgence, nous ne tiendrons pas bien longtemps. Les producteurs allemands, eux, reçoivent une aide directe de 20 € par cochon », expliquait Jérémy Labbé, président de JA 22.

La trentaine de manifestants, porchers et laitiers, sont allés demander des comptes à la distribution, alors que les négociations commerciales sont lancées depuis l’automne entre transformateurs et centrales d’achat. Grâce à une dizaine de tracteurs, ils ont d’abord bloqué le parking du Leclerc de Pléneuf-Val-André (22)
dès l’ouverture. Tout sauf un hasard puisque le directeur Bertrand Chrétien est membre du comité de direction de l’outil d’abattage Kermené. Ce « spécialiste » a joué la transparence devant la presse et les syndicalistes. « Chiffres à l’appui, nous avons constaté que Kermené abat chaque année plus de cochons et tout en VPF. Surtout, Bertrand Chrétien a montré que Kermené achète au-dessus du prix moyen du marché et a pointé un cadran bloqué alors qu’il voulait, conscient de la crise, monter à 1,50 € ces derniers mois pour s’assurer d’être Égalim-compatible… », résumaient les manifestants stupéfaits.

« Tous prêts à mettre 0,50 € / kg de plus »

Ces derniers ont ensuite bloqué l’Intermarché de Lamballe (22). Là aussi, le directeur Jean Ganot est sorti alors que son parking était peu à peu déserté. Son responsable boucherie chargé des approvisionnements a expliqué, factures à l’appui, acheter au prix qu’on lui propose alors qu’aucune hausse sensible ne lui a été réclamée. Pire : « La longe à 2,94 € en septembre est tombée à 2,54 € au 28 décembre par exemple. » Les JA ont terminé chez Lidl où « 90 % de la viande était origine France ». Par téléphone, ils ont échangé avec Michel Biero, responsable des achats pour l’enseigne au national. « Comme les deux dirigeants plus tôt, il a clairement affirmé être prêt à mettre au moins 0,50 € / kg en plus pour les éleveurs. Mais aussi avoir du mal à trouver un interlocuteur pour une contractualisation tripartite pour le fournir… », livraient, entre colère et écœurement, les JA. « Quelque chose ne fonctionne pas. Aujourd’hui, les patrons de GMS ont été plus transparents que nos propres coopératives. » 

Des mois de travail à perte
Un JA calcule : « Le prix de base est à 1,24 € / kg carcasse au cadran. Il faudrait 1,61 € pour atteindre le point d’équilibre. Là, nous travaillons en dessous du coût de revient : quand un camion plein de 195 charcutiers quitte l’élevage, le manque à gagner est de 6 500 à 7 000 €. Et ce n’est que la perte sèche, sans même parler de me rémunérer… » Et la Pac évoquée comme filet de sécurité par certains interlocuteurs ? « Chez moi, les aides représentent 20 000 € par an, de quoi payer deux camions d’aliment. Ce n’est rien sur un chiffre d’affaires de près de 2 millions d’euros. »

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