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Flambée du tournesol : les 7 péchés capitaux

Entre un prix des huiles végétales en feu et un soja qui se fait attendre au Brésil, le tournesol est devenu une denrée de luxe.

En un an, le prix de la graine de tournesol française a progressé de 62 % et celui du tourteau de 47 %. Le ratio tourteau de tournesol HP(1)/tourteau de soja témoigne d’un marché mondial tendu sur l’ensemble des oléagineux. Il ne cesse de grimper depuis plusieurs mois, atteignant 77 % sur la première échéance cotée (66 % un an plus tôt) et 82 % sur les 3 d’août. Difficile d’espérer mieux d’ici l’automne. En voici les raisons, en sept points.

1. Demande en huile soutenue

Tout d’abord, le contexte mondial des graines oléagineuses n’a cessé de se tendre au cours des derniers mois, entre récoltes de tournesol, de soja et de coton plus faibles qu’espéré et demande en huile très soutenue. Les graines riches en huiles comme le colza et le tournesol sont très recherchées pour pallier le recul des disponibilités en huile de palme. Le prix de celle-ci n’a pas été aussi haut depuis 8 ans, et témoigne d’une situation difficile dans les deux grands pays exportateurs (Indonésie et Malaisie). C’est la première raison de cette hausse des prix, qui touche toutes les graines oléagineuses.

2. Une offre mondiale en recul

En ce qui concerne spécifiquement le tournesol, l’offre mondiale a connu un recul de 5 Mt en 2020. La trituration mondiale du tourteau est donc attendue en retrait cette saison, ce qui est un deuxième facteur de tension sur le prix du coproduit.

3. Météo défavorable en Ukraine et Russie

Cette baisse des récoltes de tournesol a surtout été forte dans la CEI (-4 Mt). Or l’Ukraine et la Russie sont les principaux acteurs du négoce mondial de tourteau HP. Les deux pays ont été touchés de façon similaire par le mauvais temps. On estime que l’offre en tourteaux pour ces deux origines cumulées recule d’environ 1 Mt sur cette saison 20/21. C’est une troisième raison de la tension sur le prix.

4. Rétention et grèves des transports en Argentine

L’Argentine, troisième exportateur de tourteaux, était attendue pour prendre le relais saisonnier. Mais la sécheresse a eu raison de la production qui s’annonce plus faible que les quatre précédentes années, à 2,8 Mt. Entre rétention et grèves des transports, les tourteaux de tournesol sont sortis au compte-gouttes ces derniers mois. L’objectif export 20/21 est fixé à 0,6 Mt vs 0,7 Mt en 19/20. Une quatrième raison de ne pas s’attendre à une détente des prix !

5. Compétition entre acheteurs

La Chine est devenue en très peu de temps un acteur majeur du négoce mondial. Elle pourrait contractualiser entre 1,8 et 2 Mt de tourteaux en 20/21, soit dix fois plus qu’en 17/18. La diversification des sources de protéines, la montée en puissance de la production de volailles et l’envolée des prix du soja sont autant d’éléments qui portent la demande chinoise. Si l’an dernier, les achats de l’empire du Milieu avaient absorbé la progression de l’offre mondiale, ce n’est plus le cas aujourd’hui, puisque les disponibilités sont en baisse. La compétition entre les principaux acheteurs (UE, Turquie et Chine) s’est donc exacerbée. C’est la cinquième raison de la fermeté des cotations.

6. En Europe, manque d’importation et de trituration

Troisième producteur mondial, l’UE est aussi un des plus gros importateurs. La production européenne s’est repliée de 0,8 Mt (8,7 Mt), n’ayant pas atteint un niveau aussi bas depuis 2016. La Bulgarie et la Roumanie ont été les plus touchées. La disponibilité du tourteau de tournesol poursuit donc son recul régulier entamé depuis
5 ans chez les utilisateurs européens, soit par manque d’importation, soit par manque de trituration locale. Cette année, ce sera pour les deux raisons ! Ce rationnement est le sixième point de cette longue liste de facteurs haussiers.

7. Un disponible exportable plus faible ce printemps

Pour couronner le tout, le disponible exportable mondial des tourteaux de tournesol sera beaucoup plus faible sur avril/septembre 2021 que sur la même période 2020. Les ventes au départ de la CEI ont été très soutenues sur les six premiers mois de la campagne. En cause, une demande très forte liée à la hausse du soja à partir de l’automne, mais aussi la mise en place par la Russie d’une taxe à l’exportation de 30 % depuis janvier, qui a précipité les ventes avant que le couperet ne tombe. La septième raison est donc que le pain blanc est mangé et les gros importateurs vont devoir se serrer la ceinture.

(1) High Protein soit 37 % de protéines grâce au décorticage de la graine.

0,15 Mt de tourteaux supplémentaires en France
En France, la situation est moins tendue que dans le reste de l’UE. La récolte et la collecte ont progressé. Cette dernière s’affiche à 1,5 Mt contre 1,2 Mt en 2019. Les importations de graines restent nécessaires mais à un moindre niveau, soit deux fois moins que la saison précédente (0,13 Mt). La baisse attendue des exportations permet de tabler sur une trituration en hausse de 0,3 Mt cette saison, nous créditant potentiellement de 0,15 Mt de tourteaux supplémentaires. Cependant, cela devrait juste compenser le recul attendu des importations du coproduit.

Recul des importations françaises

Les importations françaises de tourteaux de tournesol sont restées stables entre 2019 et 2020 (0,97 Mt vs 1 Mt). L’Ukraine a représenté 44 % des origines contre 53 % un an plus tôt, témoignage d’une compétition plus rude avec la Chine. Ce recul a été compensé par une progression de l’Allemagne et de la Bulgarie dans notre approvisionnement. Sur 2021, les importations devraient reculer d’environ 0,1 Mt.

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