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Combien gagne un agriculteur par heure travaillée ?

La rémunération des agriculteurs est généralement examinée sous l’angle d’un revenu disponible annuel. Au vu de la charge de travail dans des exploitations agricoles qui se sont fortement agrandies, n’est-il pas opportun de poser la question sous l’angle d’un revenu horaire ?

Parler de rémunération à l’heure pour un agriculteur peut paraître surprenant car un chef d’entreprise, c’est bien connu, « ça ne compte pas ses heures ». Pourtant, lorsqu’un agriculteur se plaint de dégager un revenu trop faible au regard de son temps de travail, c’est bien cette notion de revenu horaire qu’il a en tête. Qu’en est-il dans la réalité ? Cerfrance Bretagne et la Chambre d’agriculture de Bretagne se penchent ensemble sur la question, en commençant par la production laitière.

Un déficit de 530 heures

La division est simple mais nécessite de disposer de deux chiffres : le revenu et le temps de travail. Pour le premier, pas de souci, il est dans la comptabilité. Le second est plus compliqué à approcher car rares sont les exploitants qui notent leurs heures de travail. Les « UTH non salariées » indiquées dans les comptabilités sont donc affectées d’une durée forfaitaire annuelle de 2 400 heures par an, soit 50 semaines de 48 heures. Certains trouveront que ce chiffre est beaucoup trop faible comparé à la réalité ; pour d’autres, qui arrivent à prendre plusieurs semaines de congés par an, le chiffre est sans doute excessif. Un UTH salarié à 35 heures représente lui 1 600 heures de travail par an.

La « calculette travail » mise au point par la Chambre d’agriculture permet de son côté d’estimer le besoin en main-d’œuvre des exploitations en combinant la structure de l’exploitation (nombre d’animaux, surfaces, assolement…), les équipements, le tempérament des éleveurs (simplificateurs, efficients, perfectionnistes). La comparaison entre le besoin en heures d’après la calculette et les heures disponibles d’après la comptabilité permet d’identifier s’il y a excédent ou déficit de main-d’œuvre.

Les calculs ont été faits d’une part sur un groupe « moyen » constitué de toutes les exploitations laitières spécialisées Cerfrance Bretagne, d’autre part sur 7 sous-groupes (cf. tableau). La première conclusion est que tous les groupes, exceptés les groupes robot et bio, ne disposent pas, en moyenne, de suffisamment de main-d’œuvre pour faire face à la charge de travail générée par leurs exploitations. Il manquerait en moyenne 530 heures de main-d’œuvre dans les élevages laitiers. Si tel est le cas, comment les exploitations tiennent-elles debout ? Trois réponses possibles : soit la productivité du travail des élevages s’est accrue par rapport aux références intégrées dans la calculette, soit les éleveurs dépassent allègrement les 2 400 heures par an, soit un ou plusieurs bénévoles réalisent l’équivalent d’un tiers-temps de salarié. La réponse est sans doute un mix des trois hypothèses. Quant au revenu horaire estimé des exploitants, exprimé en nombre de Smic il se situe entre 0,9 et 1,6 Smic/heure de travail selon les groupes.

Sans Titre 1

Réaliser cet exercice dans sa propre exploitation permet de poser les choses. À chacun d’analyser ensuite si le résultat le satisfait en fonction de critères qui lui sont propres : charge de travail, pression mentale, formation et expérience professionnelle, opportunités sur le marché de l’emploi, mais aussi plaisir au travail, cadre de vie, temps disponible pour la vie familiale et sociale… Une analyse quantitative et qualitative permet d’identifier les problèmes et de trouver des solutions pour vivre le mieux possible son métier et en tirer une rémunération le plus en adéquation possible avec ses objectifs.

Anne Bras / Cerfrance Finistère

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