Cultures

Caméras cachées contre insectes ravageurs

La Digiferme de Saint-Hilaire-en-Woëvre teste des pièges et des outils connectés dans les cultures. Si ces nouvelles technologies sont encore à l’étude, elles évoluent pour pouvoir rendre des services aux agriculteurs.

La lutte contre les ravageurs des cultures prend le tournant des nouvelles technologies. Contre les insectes nuisibles, l’éventail des protections insecticides disponibles ne connaît pas ou peu d’accroissement. La lutte contre les pucerons vecteurs de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO) sur céréales est un exemple parmi d’autres. « Comme il ne reste plus qu’une seule famille chimique représentée par les pyréthrinoïdes, il faut la ménager pour éviter de voir apparaître des résistances », résume Justin De Rekeneire, ingénieur régional chez Arvalis en région Lorraine.

Des caméras pour apprendre

Sur la Digiferme de Saint-Hilaire-en-Woëvre (55), les expérimentateurs ont testé des solutions connectées pour mieux connaître et mieux surveiller les parcelles vis-à-vis des attaques de ravageurs. « Une observation des plantes dans la parcelle est nécessaire, mais elle devient très contraignante avec le changement climatique qui étale les périodes à risque », estime l’ingénieur. C’est pourquoi les outils numériques qui peuvent venir épauler ces observations sont attendus, comme des pièges connectés composés de plaques engluées et équipés de caméras capables de comptabiliser les insectes.

Malheureusement connus pour leurs facultés à introduire les virus de la JNO dans les parcelles, les pucerons ailés y ont été étudiés avec ces appareils connectés lors des automnes 2018 et 2019. Sur le système développé par Advansee (produit e-Gleek), le piège était initialement capable de classer les insectes piégés sur une plaque jaune engluée en fonction de leur taille (moins de 1,5 mm, de 1,5 à 6 mm et supérieur à 6 mm). Le relevé de ces plaques suivi d’une identification précise nourrit les algorithmes de cet outil connecté, afin qu’il puisse à l’avenir identifier les insectes. « Sur la version bêta de e-Gleek, il a pu être observé une surestimation ponctuelle du nombre de pucerons ailés sur la plaque. Il faut continuer à renforcer les algorithmes », résume Justin De Rekeneire. Ce type de piège, vis-à-vis des pucerons, a pour but d’alerter sur l’arrivée de pucerons ailés. Les observations terrain, sur plantes, restent nécessaires pour surveiller la descendance des pucerons ailés, c’est-à-dire les aptères (sans ailes) que le piège ne détecte pas.

Souriez, vous êtes filmées

Le Limacapt développé par la firme De Sangosse se compose d’un trépied muni d’une caméra. L’objectif de cet appareil est de compter sur 1 m2 le nombre de limaces se déplaçant pendant la nuit. « Nous pensons que ce capteur a un fort potentiel, entre autres pour en apprendre plus sur les limaces » insiste François Brunisholz, spécialiste ravageurs chez Arvalis.

L’équipe de Saint-Hilaire-en-Woëvre s’est aussi penchée sur des pièges classiques et déjà existants, qu’ils ont équipés d’appareils connectés. C’est le cas du Trap View, qui piège à l’aide de phéromones ciblées des lépidoptères ravageurs du maïs, comme des sésamies ou des pyrales. Ce piège a été amélioré avec une nasse dans lequel le papillon s’engouffre pour venir se coller sur une plaque, filmée par une caméra. « Sur héliothis, les résultats de comptage des outils connectés sont très proches des comptages manuels », explique François Brunisholz. Mais le spécialiste de prévenir qu’avant de développer des solutions connectées, « il faut améliorer les pièges non connectés. Quand ils sont adaptés à leurs cibles, la connexion peut être envisagée », conclut-il.

Des nez et des oreilles dans les champs
Le projet Digiferme mené à la station de Saint-Hilaire-en-Woëvre a pour objectif d’identifier et d’apporter l’expertise des chercheurs sur les nouvelles technologies. L’équipe reste en veille sur les techniques travaillées en recherche fondamentale, comme des capteurs capables de reconnaître les fréquences émises par les insectes lors de leurs battements d’ailes ou de leurs chants (comme pour les criquets), ou encore des nez numériques capables de repérer certaines substances. « Quand une plante est attaquée par un ravageur, elle émet des composés organiques volatils pour attirer des auxiliaires ou pour prévenir les autres plantes de cette attaque ». Ces nez d’un autre monde pourraient à l’avenir prévenir l’agriculteur en temps réel de la présence d’individus grignotant les cultures…
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