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Légume : Des inquiétudes avant les récoltes

L’épidémie de Covid-19 ferme certains débouchés. Si les plantations de légumes ont pu être réalisées, la prochaine campagne de récolte à venir fait naître des inquiétudes, avec notamment la crainte de se retrouver avec de la marchandise sur les bras.

L’ouverture des marchés de plein air au compte-gouttes et la fermeture des restaurants ou des établissements scolaires ont de fortes conséquences chez les producteurs de légumes frais. Si des solutions alternatives d’écoulement de marchandise sont rapidement trouvées chez certains, avec des drives fermiers qui fleurissent dans les campagnes, d’autres sont plus inquiets à l’approche des récoltes à venir.

« La saison de salade n’a pas encore démarré, il n’y a pour l’instant pas d’impact direct », note de son côté Christian Stéphan, légumier installé à Sibiril (29). Les semis de salade à destination des 4e gammistes ont été réalisés chez le Finistérien en décembre, les premières plantations ayant pris du retard avec le mauvais temps de février. Début mai, les récoltes démarreront. « Les contrats sont déjà passés, rien ne changera. Il ne nous reste qu’à attendre ». Le producteur fournit ses clients en salade de 4e gamme, qui alimentent ensuite les restaurants et les GMS. « Les usines ne sont pas fermées.Des références en laitue ou en iceberg continuent à être proposées aux GMS. Il y a toutefois des soucis dans les unités de l’Est de la France qui font face à des problèmes de gestion du personnel ». Si le Grand Ouest est pour l’instant moins touché par l’épidémie de Covid-19, Christian Stéphan salue « le personnel qui répond présent. C’est une chance. Il nous reste à espérer une fin de confinement rapide, avec le moins de malades possible ».

Marché à l’arrêt pour certains légumes anciens

Le marché des légumes anciens est très impacté par les fermetures des restaurants qui représentent quasiment leur seul débouché. « Le commerce est à l’arrêt pour des produits comme la carotte, la betterave ou encore le radis de couleur. Une partie de ce qui a été récolté est stockée en frigo, mais il reste encore des carottes et des betteraves dans les champs qui risquent d’être perdus faute de débouchés et par manque de solution de stockage chez les producteurs. Habituellement, à cette période de l’année, nous exportons certains de nos légumes. Mais, en ce moment, les marchés à l’export sont à l’arrêt », témoigne Julien Le Borgne, président de la Légumière à Cléder (29). Il cite aussi en exemple l’échalion, un produit entre l’oignon et l’échalote très prisé par les restaurateurs car plus facile à éplucher, qui ne se vend plus du tout. Pour le panais, topinambour, rutabaga et navet boule d’or, les conséquences sont moindres car ces produits sont référencés en GMS, ce qui assure un flux de vente plus régulier. « La demande est très forte sur des légumes classiques comme la pomme de terre, le chou-fleur, l’oignon ou l’échalote », constate Julien Le Borgne.

De la main-d’œuvre locale

Si la France est à l’arrêt dans de nombreux domaines, l’appel du ministre Didier Guillaume à rejoindre « la grande armée de l’agriculture » semble avoir été entendu par des citoyens en quête d’activité. « Sur mon équipe de planteurs, la moitié de la main-d’œuvre est étrangère, l’autre est française », observe Jordane Cadiou, producteur de légumes de Plounévez-Lochrist (29). Une origine locale des travailleurs qui tranche avec les campagnes précédentes. Si 4 étudiants bretons sont venus prêter main forte au légumier, les autres salariés du jour sont composés « d’un restaurateur ou d’un pizzaïolo qui ont dû cesser leur activité et sont en chômage partiel ».

Les opérateurs d’origine étrangère en provenance d’Albanie ou de Roumanie sont arrivés en région Bretagne avant les décisions de confinement du gouvernement. « Nous arrivons à la fin de cette campagne de plantation d’échalote, les retards ont été rattrapés », témoigne le jeune producteur. Il a aussi pu compter sur l’aide de son frère et de son cousin, tous deux étudiants et désormais disponibles.

Prendre les devants

Quelques grains de sable viennent toutefois enrayer l’organisation de cette ferme légumière. Même s’il n’y a encore que peu de ressenti sur l’activité, l’approvisionnement de certaines graines devient plus aléatoire. « Pour mes semis de carotte, ce sont les commerciaux des maisons grainières qui nous ont livrés, car il y a des problèmes de transport ». Même constat pour les plastiques pour les cultures de potimarron, où Jordane Cadiou espérait utiliser cette année un film de 20 µ. « Le fournisseur ne sait pas encore s’il sera en mesure de le fabriquer. Chez le fournisseur espagnol, il n’y a plus aucune réponse ». Des solutions alternatives sont d’ores et déjà prévues. « Nous avons pris les devants. L’engrais comme les films plastiques sont achetés pendant l’hiver et sont stockés à la ferme. S’il le faut, nous utiliserons un plastique à échalote pour les potimarrons ».
La profession retient son souffle tant que les transporteurs circulent. Du côté des légumes de plein champ, les choux-fleurs continuent de fournir le marché export, avec des cours hauts, rarement vus en cette saison.

Le consommateur va à l’essentiel

Les produits coup de cœur et festifs prennent un coup. C’est le cas pour les pommes de terre primeur, ou pour des légumes à faible rotation dans les rayons comme l’oca du Pérou. Le consommateur va à l’essentiel, sans superflu ; les réseaux spécialisés comme Biocoop ont bien réagi. Chez Les Voisins bio (paniers de légumes de saison) les commandes ont fortement augmenté. Les producteurs ont su répondre à la demande de légume, certains déposent directement les commandes dans les coffres de voiture. Les dispositions ont été prises dans les champs, avec port de masque et de gants.Yoann Morin, Biobreizh

Fanch Paranthoën, Nicolas Goualan

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