Découvertes

Elles étouffent nos cours d’eau

Souvent en vente en jardineries, les plantes invasives coûtent des milliers d’euros aux contribuables. Élodées, crassules ou hydrocotyles envahissent nos voies navigables.

Vingt-huit espèces, implantées en Bretagne, sont considérées comme invasives par le conservatoire botanique de Brest. Une seule, la jussie, était, jusqu’à l’arrêté du 14 février 2018, interdite à la vente aux particuliers. Pourtant, nombreuses sont celles qui posent des problèmes, notamment sur les 500 kilomètres de voies navigables bretonnes. « Le premier objectif est de faire passer les bateaux, en saison touristique. L’activité génère plus de 7 millions de retombées économiques », indique Samuel Fauchon, du service valorisation touristique et développement durable à la Région. « Le second concerne la préservation de la biodiversité. Il s’agit de contenir l’invasion pour protéger les frayères, par exemple ». L’expansion des plantes invasives, aquatiques et terrestres, est considérée comme la 3e cause de disparition de la biodiversité dans le monde.

La Jussie a gagné la partie dans certaines zones.

Hors d’atteinte

La jussie à grande fleur, apparue dans les années 2000, a gagné la partie sur l’Oust et la Vilaine. « Dans certaines zones, nous n’intervenons plus car le coût est trop élevé ». Les trois espèces d’élodées, dense, du Canada et de Nutall, sont problématiques depuis 2010. Les petites nouvelles, libérées plus récemment des aquariums, comme la crassule de Helms ou l’azzola fausse fougère, commencent à perturber l’écosystème. Le Blavet, entre Pontivy et Lorient, étouffe, en période estivale, sous la biomasse de l’hydrocotyle fausse renoncule. « La seule manière de les combattre est de les couper ou de les arracher de manière mécanique ou manuelle. En prenant des précautions à la récolte car la plupart de ces plantes bouturent facilement ».

Lutte onéreuse

Le faucardage, réalisé par un bateau amphibie, coupe les invasives, sans les détruire. « Ce sont des entreprises désormais spécialisées qui interviennent deux à quatre fois dans la saison. La tendance est à la hausse avec l’augmentation des températures qui favorise la pousse ». Des campagnes d’arrachage manuel sont organisées. « La protection de la biodiversité exige une approche pragmatique. Nous agissons sur des zones à enjeu environnemental, comme les frayères ou les endroits où vivent des espèces protégées. De la même manière, nous intervenons sur des petits foyers émergents, quand le rapport bénéfice/coût est encore intéressant ». La lutte contre les indésirables aquatiques coûte 500 000 à 800 000 € chaque année à la collectivité. Elles rapportent beaucoup d’argent aux opérateurs du monde horticole. « La même plante peut avoir un nom différent selon les jardineries, d’où la difficulté de les repérer ». Celles qui sont implantées peuvent désormais être interdites à la vente « mais, dans ce cas, c’est déjà trop tard ». Aucune des nouvelles venues n’a de souci à se faire. Elles coloniseront les cours d’eau malgré leur mise au ban.

Jussie, Crassule et Élodées, un cocktail envahissant

Sans prédateurs

Les plantes exotiques ont des prédateurs naturels dans leur région d’origine. Des insectes qui mangent leurs graines ; des animaux qui consomment leur feuillage. « Il est impensable d’importer ces prédateurs chez nous. Ils seraient tout aussi invasifs et modifieraient l’écosystème existant ». On imagine mal des troupeaux d’hippopotames dans le canal de Nantes à Brest… Parfois, ce sont des plantes de nos contrées qui s’implantent ailleurs. « La salicaire européenne est exotique aux États-Unis. Elle y mesure 1 à 2 mètres de plus car le milieu lui convient parfaitement ». L’artificialisation des rivières leur est favorable. « Le Blavet compte 28 écluses. Ces ouvrages freinent le cours d’eau, le réchauffent. Les coques des bateaux sont un moyen de transport efficace. La rivière est colonisée, alors que sa voisine, le Scorff, naturelle, non navigable, semble épargnée ». Tout n’est pas perdu, parfois les solutions sont simples : la plantation de saules sur les berges, permet de lutter contre la prolifération de certaines invasives. L’ombre les prive de la clarté nécessaire à leur bien-être…

Le châtaignier, un étranger bien implanté
90 % des espèces introduites dans une région ne parviennent pas à s’acclimater. 9 % vont y parvenir sans se multiplier, comme le marronnier en Bretagne. Certaines, comme le châtaignier, originaire d’Asie mineure, importé par les Romains, vont trouver leur place naturellement dans l’écosystème. 1 % vont devenir invasives et prendre la place d’espèces indigènes. Le laurier palme, planté en haies en bordure de jardins, apprécie l’ombre des sous-bois et essaime grâce aux renards et aux oiseaux, au détriment des plants de houx ou des jeunes chênes. Un facteur déclenchant, comme une variation du climat ou des pratiques agricoles, peut accélérer le processus d’invasion ou le freiner. La présence du baccharis est avérée depuis 1600. Il n’est invasif que depuis quelques années.

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