Découvertes

Névez, au pays des pierres debout

Entre terre et mer, le village finistérien de Névez a conservé un patrimoine unique. Le granite omniprésent a été exporté mais aussi valorisé localement pour confectionner clôtures et habitations, selon un style architectural unique en France.

Par ces beaux jours printaniers, la plage de sable fin de Pors Manech, le plus ancien lieu de villégiature de la commune de Névez (29), à l’embouchure de la ria de l’Aven, appelle à l’oisiveté. Mais pour mériter ce repos, il faut d’abord randonner le long du GR 34, jusqu’à l’anse de Kerrochet, pour remonter dans le passé et comprendre l’originalité de cette commune, où se dressent encore 400 blocs de granite disséminés sur son territoire et quelques chaumières construites en pierre debout.

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La plus ancienne clôture de la commune est située en plein centre-bourg. La pierre était disposée pour exposer en façade son plus joli côté.

Une carrière à ciel ouvert

À Kerrochet, c’est à marée basse que la nature dévoile ses secrets : une ancienne carrière d’extraction de granite, en activité entre le XVIe siècle et jusqu’au début du XXe siècle. À l’apogée de l’exploitation, une centaine de tailleurs s’y retrouvaient, sur le bras de l’Aven ou sur la place du village, pour marteler et façonner de leur burin ces morceaux de granite, acheminés ensuite par chalands, bateaux à fond plat, au port de Pont-Aven. Des cales d’embarquement sont toujours visibles : elles acheminaient un matériau très prisé que l’on aperçoit encore à la citadelle de Port-Louis et aussi sur les quais de Nantes ou de Bordeaux.

Le granite, partie intégrante du paysage

En revenant vers le bourg, au fur et à mesure de la balade, le long de tous les chemins, dans les champs, comme un iceberg, le granite affleure de partout. Face à l’essor démographique au XVIIIe siècle, ce minerai est pourtant devenu encombrant en bloquant la volonté de développement agricole des fermiers locaux. Ils ont alors fait appel aux tailleurs présents sur le territoire pour exploiter ce granite de peu de valeur à leurs yeux. Les tailleurs viennent alors débiter dans la masse des blocs de taille variable, de 2,50 à 3 mètres de hauteur, d’une largeur de 30 à 50 cm et d’une épaisseur de 20 à 25 cm. Ils ont trouvé principalement leur utilité dans des clôtures, les pierres étant alignées à la verticale et enterrées de 40 à 70 cm. Ils apparaissent au gré des chemins, de manière dispersée sur la commune, car cette forme originale de limitation de propriété se situait toujours à proximité de l’endroit d’extraction du granite. La plus ancienne clôture se situe dans le bourg, venelle des Mein Zao.

Le roseau a remplacé la paille de seigle

Le chaume, constitué jadis de paille de seigle et aujourd’hui de roseau, était utilisé pour recouvrir les toits des maisons. Il a été remplacé au fil du temps par l’ardoise, avec le développement des moyens de communication et l'arrivée des ardoises angevines. À Névez, de nombreuses maisons ont conservé leur authenticité. Kerascoët et Kercanic sont les deux villages de chaumières les plus typiques, restaurés grâce aux souhaits de l’ensemble des habitants.

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Les chaumières du hameau de Kerascoët, du XVIe siècle, dont certaines ont des appentis en pierres debout, ont été rénovées par leurs propriétaires. C'est un des hauts lieux touristiques de la commune.

Mein Zao, les maisons des pauvres

Les tailleurs de pierre ont donc vu apparaître une nouvelle activité rémunératrice, prisée rapidement par les marins, lors de leur séjours à terre. Parmi ces derniers, certains se faisaient payer en nature... c'est-à-dire en granite. Une rémunération quelque peu encombrante... Mais ces pierres dressées ont vite été valorisées en pans de murs, pour bâtir un appenti ou la façade de leur habitation, les interstices étant comblés par de la pierre sèche, du mortier de sable et de chaux. C'est ainsi que sont apparues les maisons en pierres debout, appelées « Mein Zao » en breton. Ces constructions uniques en France, de la fin du XVIIIe siècle, ont obtenu le label « Paysage de reconquête » en 1993 par le ministère de l’Environnement afin de les préserver. Le hameau de Kerascoët dont les maisons ont été rénovées par leurs propriétaires regroupe le plus grand nombre de chaumières de la commune, avec quelques appentis en pierre debout. Une halte touristique incontournable pour découvrir cette architecture locale et spécifique. Une originalité qui fait que, si ces chaumières étaient révélatrices en ce temps-là d'un habitat de personnes à faibles ressources, ces maisons sont estimées aujourd'hui à un prix d'or. Carole David

En savoir plus
Pour découvrir ce patrimoine unique en France, l’Office de tourisme de Névez propose tous les mercredis en juillet et août deux balades de deux heures « Au fil de la pierre » et « Au fil de l’eau » .
Tarif : 5 € / adulte, 3 € / enfants de 7 à 12 ans. Renseignements et réservations obligatoires la veille au 02 98 06 87 90.

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