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Tester un ray-grass piège à nitrates entre deux cultures de maïs

Depuis des années, Lannion-Trégor Communauté (LTC) et les agriculteurs du secteur collaborent pour reconquérir la qualité de l’eau. Sur le terrain, le 2e Plan de lutte contre les algues vertes est bien lancé.

Sur l’exploitation de Marylène et Arnault Le Goffic à Plouzélambre, pour la 2e année consécutive, 4 ha de ray-grass italien ont été implantés sous couvert de maïs. Une initiative qui fait partie des expérimentations et évolutions de pratiques plébiscitées dans le cadre du 2e Plan de lutte contre les algues vertes porté par Lannion-Trégor Communauté (LTC) sur le territoire des bassins versants de la Lieue de Grève.

Semis derrière le dernier binage

« Alors que le maïs était au stade 8 – 10 feuilles, le semis de ray-grass, à raison de 20 kg de semence / ha, a eu lieu derrière le dernier binage qui a remué un peu la terre. Il ne faut pas que le maïs soit trop développé pour que les graines soient bien réparties », explique le producteur de lait. Les pentes et sols caillouteux sont également défavorables. Cette année, cela a eu lieu aux alentours du 25 juin. Avec une telle couverture du maïs, la graminée ne va pas se développer avant l’ensilage : pas de risque donc de concurrencer la culture sur la ressource en eau. « Cette technique que nous avons voulu tester a plusieurs intérêts. D’abord, bien sûr, le côté piège à nitrates en faveur de la reconquête de la qualité de l’eau. Ensuite, l’opportunité de profiter d’une 2e culture pour nourrir les vaches et les génisses qui pourront y pâturer à partir de février – mars. Et enfin, tout couvert semé précocement en juin, c’est autant de surface en moins à devoir implanter après la récolte du maïs, d’autant que les ensilages sont assez tardifs sur notre secteur. » Précisons qu’Arnault et Marylène Le Goffic ont recours au semis de ray-grass sous couvert dans le cadre de rotation maïs – maïs (12 ha sur 25 ha de maïs pourraient ainsi potentiellement être éligibles). En avril, le couvert de graminées sera détruit mécaniquement pour laisser place à la nouvelle culture.

Plus délicat en rotation maïs – céréales

Cependant, dans la région, les rotations classiques voient le semis d’une céréale d’hiver derrière un maïs. « Mais les céréales implantées en novembre pompent peu d’azote. Pour pouvoir intercaler un ray-grass sous couvert de maïs, beaucoup plus efficace en termes de piège à nitrates, il faudrait que les agriculteurs s’orientent alors vers des céréales de printemps… Or ces dernières font moins de rendement en grain et en paille », explique Sophie Le Du, chargée d’animation territoriale à la Chambre d’agriculture de Bretagne. « Sans mettre en place un dispositif financier compensant cette perte économique, peu de chance qu’il y ait des candidats pour intégrer ce couvert de graminées aux rotations maïs – céréales. »

Politique de la boucle vertueuse
Outre cette expérimentation agronomique, Marylène et Arnault Le Goffic sont engagés de longue date dans une démarche de progrès environnementaux. Leur exploitation était ferme-pilote dans le cadre du 1er Plan de lutte contre les algues vertes. Depuis, ils ont aussi signé une MAEC SPEC 28. L’année dernière, ils ont tout naturellement signé la charte d’engagement du 2e Plan. En juin, la démarche concrète a débuté par un diagnostic permettant de se situer par rapport aux objectifs du Plan et déterminer les marges de manœuvre existantes pour limiter les fuites d’azote vers le milieu. Augmentation des surfaces en herbe, évolution du système, affinage de la fertilisation des cultures…

Divers leviers peuvent généralement être actionnés. Surtout, les notes de ce diagnostic sont converties en « points » grâce auxquels les agriculteurs peuvent piocher dans un catalogue de prestations auprès d’ETA du secteur (fertilisation par drone, épandage de précision, entretien sous clôture…) totalement prises en charge financièrement. « Concrètement, une récompense incitatrice est accordée à ceux qui ont des pratiques adaptées. C’est ce que nous appelons ”la boucle vertueuse” », explique Edwige Kerboriou, installée également à Plouzélambre et élue à la Chambre d’agriculture. « C’est tout l’intérêt de choisir comme porte d’entrée le prisme économique pour sensibiliser le maximum d’agriculteurs pour nourrir la dynamique. Alors qu’il y avait eu beaucoup de méfiance concernant le 1er Plan avec une véritable expression d’une peur des contrôles, ce 2e Plan est motivant. » Sur les 140 exploitations du territoire, 100 diagnostics volontaires devraient être réalisés sur 2019.

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