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Le porc polonais, un colosse aux pieds d’argile

Gros producteur européen, la Pologne est pénalisée par la taille réduite des structures, dépendante des importations de porcelets danois et menacée par la peste porcine africaine.

La volaille polonaise a déployé ses ailes et conquis des parts de marché hors de ses frontières. En une douzaine d’années, la production a été multipliée par deux ; la Pologne est désormais le premier producteur européen. Cette réussite est-elle transposable à la filière porcine ? Le 6e producteur européen actuel, proche de l’autosuffisance, est-il capable, à moyen terme, d’inonder le marché de viande de qualité à moindre prix ? Rien n’est moins sûr, si l’on en croit Jean-Louis Buër, conseiller à l’ambassade de France en Pologne, intervenant lors d’un débat animé par l’Ifip au Space.

« La restructuration est très lente. Les petits élevages de porcs ont été maintenus pour des raisons électoralistes (nombreux électeurs), surtout dans les régions à l’est du pays. La modernisation des plus gros élevages est en cours et des aides sont actuellement distribuées pour regrouper les fermes et agrandir les abattoirs ». 80 % des élevages ont moins de 50 porcs et représentent encore 25 % de la production. Seulement 7 % d’exploitations sont spécialisées en production porcine. Elles produisent plus de la moitié des porcs.

Opérateurs étrangers

« Depuis 5 ans, la taille augmente rapidement ». La concurrence des gros élevages sur les coûts de production est fatale aux plus petits et l’accès au marché nécessite de fournir de grands lots d’animaux. La peste porcine africaine, bien installée dans les forêts locales, impose des garanties sanitaires et une traçabilité que les petits élevages ne peuvent satisfaire. Leurs jours sont comptés…

Les gros élevages sont intégrés ou sous contrats avec des filiales de Smithfield et de Danish Crown. Ces opérateurs possèdent chacun une dizaine de structures industrielles (abattage-transformation). Le troisième industriel de la filière est un acteur à capitaux polonais, issu du secteur de la volaille.

production-porc-2016

Porcelets étrangers

La Pologne est un pays d’engraissement. La filière dépend des importations de porcelets, dont le nombre a été multiplié par trois depuis 2010. Sept millions d’animaux ont été importés en 2017, dont 6 millions du Danemark. En ces temps de peste porcine, le ballet incessant de camions entre la Pologne ses voisins européens pose question (importations des Pays-Bas et de Belgique également). La mobilité des animaux pourrait-elle être remise en cause en Europe ? Quoi qu’il en soit, et compte tenu de toutes ces spécificités, l’ambassadeur ne croit pas à un succès de la filière porcine, du moins pas à l’égal de celui de la volaille « La Pologne ne sera pas dangereuse, dans un proche avenir, à l’exportation »

L’Élevage polonais

Les atouts : Prix aliments comparables aux prix français ou allemands, Coût de la main d’œuvre 3 à 4 fois inférieur à la France, Prix des bâtiments.
Les contraintes : Performances techniques hétérogènes, 15 à 30 porcelets sevrés par truie et par an, 3,5 points d’indice de consommation, Groupements de producteurs peu fédérateurs.

Gestion calamiteuse de la peste porcine africaine

« La gestion de la peste porcine africaine est un échec en Pologne. Il y a eu un manque de collaboration avec la Biélorussie. La clôture de 1 200 km à l’est du pays, qui avait un temps été envisagée n’a jamais été installée. La sensibilisation à la biosécurité a été beaucoup trop tardive (affiches diffusées en 2017, au moment de l’explosion des cas avérés). Trop peu de moyens ont été déployés : les 3 500 vétérinaires et techniciens d’État sont mal payés et doivent suivre plus de 200 000 élevages. Cette gestion calamiteuse a coûté son poste au ministre de l’Agriculture. Il a été remplacé par un ancien éleveur de porcs qui joue sa crédibilité sur ce dossier. Ces derniers mois, les chasseurs volontaires ont bénéficié de 5 jours de congé bien payés par l’État pour limiter la population de sangliers et la régulation cynégétique est désormais cogérée avec les Allemands à la frontière. Quoi qu’il en soit, le réservoir est à l’Est (Russie) et il sera difficile de contenir la propagation du virus ».

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