Découvertes

Un miel à séduire le jury de Paris

Pour la deuxième fois, Mathieu Audo, apiculteur transhumant, présente ses miels au Concours général agricole.

À quelques jours du Salon de l’agriculture, à Saint-Jean-Brévelay (56), il fait un temps à ne pas mettre une abeille dehors. Par contre, Mathieu Audo, jeune agriculteur installé depuis quatre ans, ne tient pas en place. Malgré un mercure qui peine à remonter après une nuit de gel, lui s’active d’un poulailler à l’autre. Mais ne vous y trompez pas, celui-ci n’est pas aviculteur, mais apiculteur.

Après une carrière à rebondissements –« dans les métiers du bâtiment, comme intérimaire, ou animateur encadrant d’adolescents » – ce Morbihannais a fini par trouver sa voie. Un peu par hasard. « Un jour, par curiosité, j’ai effectué un après-midi découverte de l’apiculture avec un amateur passionné, Guy Le Coz à Arradon (56). Le déclic ! Je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. » Quand il en parle, ses yeux pétillent.
« Le monde des abeilles est fascinant… Certes, elles piquent, mais je n’y ai vu que des avantages. J’aime le miel, je suis gourmand. Je travaille avec du vivant, au grand air… »

Ruches-Mathieu-Audo

Retour au pensionnat à 30 ans

Pour transformer sa nouvelle passion en vocation, le Morbihannais fonceur est reparti à 30 ans à l’école, « et même en pension », à Laval (53) pour obtenir son BPREA. Diplôme en poche, il effectue ensuite une saison complète chez un apiculteur du Finistère pour apprendre les ficelles du métier. Puis l’année 2013 est consacrée à la préparation de son Plan de professionnalisation personnalisé (3P), comme pour toute installation aidée en agriculture. « J’ai mis énormément d’application dans mon dossier. N’ayant aucune expérience avec les banques, inquiet, je voulais qu’il soit béton. À l’arrivée, je n’ai eu aucun problème à être financé. »

Mathieu Audo a démarré son activité dans les poulaillers abandonnés de son grand-père. « Ces bâtiments de 50 ans sont vétustes mais les charpentes sont en bon état. Je les ai recyclés. L’un en miellerie avec chambre chaude, l’autre en stockage pour le matériel. »

Aujourd’hui, L’abeille de Lanvaux, son entreprise, compte 220 ruches hivernées, dont plus de 150 en production. « Chaque année, j’augmente mon cheptel grâce à des essaims que j’isole pendant la saison. Les gens ne le perçoivent pas forcément, mais notre véritable métier, c’est d’être éleveur. C’est absolument indispensable car il y a des pertes, des pertes importantes », explique l’apiculteur. « Les causes sont multiples. On parle souvent des pesticides, mais il y a aussi l’impact de l’acarien Varroa, les frelons asiatiques qui attaquent les ruches faibles, le manque de ressources… »

livraison-miel-Mathieu-Audo
Entre livraison, marchés en ville et vente à domicile, Mathieu Audo n’a pas de problème à écouler sa production quatre ans après le lancement de son activité.
Le poids de la ruche suivi à distance
Mathieu Audo propose neuf miels différents à la vente. « Localement, j’en produis quatre : miel de printemps, « toutes fleurs », miel d’été en forêt et blé noir. » Surtout, il a dès le départ élargi sa gamme grâce à la transhumance : il déplace une partie de ses ruches dans d’autres régions pour que ses abeilles butinent des fleurs qu’on ne trouve pas en Bretagne. « Acacia en mai en Indre-et-Loire, châtaignier en juin en Dordogne, tournesol en juillet en Charente ou bruyères cendrée et callune dans les Landes jusqu’à octobre. » La transhumance représente une sacrée logistique, mais le plus difficile est de suivre ses abeilles de très près à distance. « Les personnes sur place me renseignent. Et surtout, une balance électronique placée sous une ruche transmet des données par antenne. Je me connecte et en instantané, je constate le poids de la ruche et je vois si ça « mièle » encore… »

Sélectionner des abeilles douces et productives

Le jeune éleveur donc mène un travail de sélection en priorisant les caractères de « productivité et de douceur ». Chaque année, il achète des reines : « J’apporte du sang neuf car un cheptel jeune est synonyme de plus de ponte, de vitalité et de miel à l’arrivée. » Et ce n’est pas tout, il cherche à saturer l’environnement de ses ruches avec les mâles qu’il a lui-même élevés pour qu’ils aillent féconder les reines. « C’est un travail de longue haleine. Cela ne se fait pas en un an. »

Mais peu à peu, son cheptel grandit au fur et à mesure que ses débouchés se développent (vente directe par site Internet, magasins de producteurs, marchés de Josselin et de la gare de Vannes, demi-gros en restaurants ou épiceries fines…). « N’ayant pas de mal à vendre ma production, mon souhait est donc d’avoir davantage de ruches pour asseoir mon activité et peut-être pérenniser un emploi. Je suis toujours à la recherche de nouveaux coins pour installer des ruches en transhumance dans le Sud-Ouest pour l’acacia mais aussi de façon sédentaire sur de nouvelles ressources mellifères de printemps et d’été à 30 km autour de l’exploitation. Car, comme disent souvent les anciens, les meilleurs endroits pour faire du miel restent encore à découvrir », termine le dynamique apiculteur.

Remettre en jeu sa médaille d’argent
L’année dernière, L’abeille de Lanvaux a présenté trois miels (bruyère cendrée, châtaignier, forêt) au Concours général agricole du salon de Paris. « J’ai décroché la médaille d’argent pour le miel de châtaignier. Une belle surprise qui m’a apporté de la visibilité », confie Mathieu Audo qui renouvelle l’expérience en 2018 à nouveau avec trois produits (châtaignier, bruyère cendrée et toutes fleurs). « L’inscription coûte 100 € par miel, mais l’avantage est de voir chaque produit analysé finement en laboratoire. C’est à la fois un gage de sérieux, aussi instructif pour moi. » Croisons les doigts pour lui.

L’abeille de Lanvaux à Saint-Jean-Brévelay (56).
06 21 57 35 79 ou abeilledelanvaux@gmail.com
www.abeilledelanvaux.fr

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