Dans les archives de Paysan Breton

Octobre 1948 : le topinambour, une plante précieuse

Dans les archives de Paysan Breton :

Lorsqu’un habitant du Limousin parcourt la Bretagne, en particulier le département des Côtes-du-Nord, il est tout de suite frappé par les nombreuses analogies que présentent ces deux régions dans leur relief, leur hydrographie, leur constitution géologique, leurs productions animale et végétale. Il constate aussi un morcellement semblable de la culture et de l’exploitation qui ne laisse pas beaucoup de place à la grande propriété. Il remarque en passant les mêmes prairies, plus ou moins accidentées, les mêmes champs de pommes de terre, de betteraves, de rutabagas, de blé, d’avoine, de sarrasin. Tout paraît se superposer de façon identique.

Une chose cependant frappe l’observateur, une différence très marquée et très spectaculaire : l’absence totale du topinambour, cette plante si caractéristique qui couvre plus de vingt-cinq mille hectares dans le seul département de la Haute-Vienne et présente à l’automne le merveilleux spectacle de sa floraison d’or.
Pourquoi donc les Bretons, qui se montrent de plus en plus des cultivateurs très avisés, paraissent-ils ignorer cette culture, alors que leurs compatriotes du Centre lui accordent une place sans cesse élargie ? Une rapide enquête nous a révélé que de timides essais ont été tentés dans un passé récent, et notamment pendant la dernière guerre : il s’agissait alors d’appliquer une consigne des Pouvoirs publics qui envisageaient la distillation du topinambour pour l’obtention de l’alcool carburant.

Les résultats enregistrés à cette époque furent tout à fait décevants et l’opération se révéla bien moins que rentable. Aussi ne soyons pas étonnés de l’impression très fâcheuse laissée dans l’esprit des cultivateurs qui, en nombre restreint, avaient obéi au commandement par patriotisme et par devoir. Après un tel échec, il est normal que cet embryon de culture ait été promptement abandonné. Mais nous pensons qu’il y a lieu de reprendre l’affaire sur des bases différentes, d’employer une méthode et d’envisager un but qui soient en accord avec les véritables intérêts des producteurs.

L’auteur de ces lignes a cultivé le topinambour pendant vingt-cinq ans en lui consacrant une place importante dans l’exploitation dont le cheptel comptait trente vaches laitières ; il peut affirmer que cette culture ne lui a jamais donné de déceptions et que, bien au contraire, il en a apprécié l’intérêt et les avantages de façon régulièrement croissante ; il se trouve du reste en fort nombreuse compagnie puisqu’on admet que les surfaces consacrées à ce précieux tubercule atteignent aujourd’hui deux cent cinquante mille hectares pour l’ensemble du territoire français, les principales régions productrices étant le Limousin, le Périgord, le Poitou, la Saintonge, la Vendée, etc. Au surplus, l’aire d’extension s’élargit sans cesse dans tous les sens.

Nous avons remarqué cette année plusieurs champs de belle apparence dans le département du Morbihan : le topinambour n’est donc pas complètement absent de terre bretonne.

Pol Duboys

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