ÉlevageEnergies et environnement

L’environnement va redistribuer le lait

Au sortir d’une crise laitière qui n’en finit pas, la Bretagne pourrait-elle tirer avantage de son avance prise sur les questions environnementales ?

Depuis deux ans, la Bretagne laitière est dans l’œil du cyclone. Le prix du lait reste insuffisant pour couvrir les coûts de production d’une grande majorité d’exploitations. Aux Pays-Bas, de nombreux éleveurs mettent la clé sous la porte. « On parle bien d’une crise laitière violente, durable, généralisée et mondiale. L’inquiétude est partout », rapporte Véronique Pillet, du Cniel, lors de la 4e conférence Grand angle Lait à Paris. Les causes sont connues : « Une abondance d’offre, dès fin 2013, dans les grands bassins exportateurs, exacerbée par la sortie des quotas en Europe face à un tassement de la demande (Chine, Russie…) en 2014. »

La suite ? En 2016, l’Europe partie très fort a mis le pied sur le frein à partir de mai. D’autres pays ont réellement reculé. « Mais les stocks pesant sur le marché restent très importants. L’issue va dépendre des pays importateurs qui semblent revenir aux achats. » Pour la spécialiste, à plus long terme, « l’évolution de la consommation de produits laitiers est annoncée très positive sur les 10 prochaines années, sauf pour le lait de consommation qui subirait la concurrence des jus végétaux. Si les perspectives sont plus mitigées sur le marché intérieur, les opportunités seront du côté des exportations… »

Coup d’arrêt à la croissance en Nouvelle-Zélande ?

Qui pourra répondre ? Peut-être plus la Nouvelle-Zélande. « Sa production a doublé en 20 ans, aujourd’hui équivalente à celle de la France, soit 3 % du volume mondial. En exportant 95 % de son lait, elle concentre 30 % des échanges du globe », rappelle Mélanie Richard, chef de projet à l’Institut de l’Élevage. Ce développement laitier s’est fait au détriment des filières ovines et allaitantes et une hausse de productivité à l’hectare (augmentation du chargement jusqu’à 3 UGB / ha et de la fertilisation).

« La Nouvelle-Zélande fait du lait à l’herbe, mais avec une intensification proche de celle des Pays-Bas. Et avec le recours à la complémentation et à la fertilisation, les systèmes sont de moins en moins économes ». Depuis 2000, le prix des terres augmente également. « Directement connecté au marché mondial des commodités, le pays est frappé beaucoup plus vite et plus fort par la volatilité. » Depuis deux campagnes, on constate d’ailleurs un retour vers des conduites plus efficientes et les banques ont accordé des prêts de trésorerie.

« Dans cette crise, la casse a été limitée au final. » Mais un nouveau défi attend la filière : préserver l’image « clean and green », indispensable pour livrer la Chine. Pas facile face à une forte attente sociétale qui n’est pas en phase. Le tourisme, largement basé sur la nature, a un poids économique équivalent à la valeur des exportations laitières avec 3 millions de visiteurs internationaux par an. Les citoyens attendent « des efforts légitimes » de l’industrie agricole sur la qualité de l’eau. Notamment les Maoris qui sont aujourd’hui largement pris en compte dans les décisions de politiques environnementales. Or la qualité des eaux de surface se dégrade depuis plus de 10 ans.

« Pour les nitrates, on parle d’une augmentation de 0,4 % par an entre 1989 et 2013 dans les rivières, en lien avec l’augmentation du lessivage de l’azote dû à l’augmentation des effectifs et l’intensification des systèmes dans les zones laitières. D’autres problèmes existent : bactéries (E. Coli), eutrophisation, érosion… Aux dires des éleveurs, coopératives, et administrations, l’environnement va représenter un frein à la poursuite du développement. »

Martial Marguet, Président de l’Institut de l’Élevage
Martial Marguet, Président de l’Institut de l’Élevage

Des défis à relever

2017 devait être meilleure pour la filière laitière. Mais cette amélioration tarde à venir. C’est inquiétant car, pour les exploitations et les femmes et hommes qui y travaillent, ces deux années de crise ne s’estomperont pas de façon simple. Les observateurs rassurent en répétant qu’il y aura des opportunités pour exporter pour les pays laitiers comme la France. En attendant, chez nous, il y a aussi des défis à relever : réviser les contrats laitiers, renforcer le poids des OP, creuser la piste cahiers des charges qu’il ne faut pas voir comme un cahier de contraintes mais comme un cahier des chances car derrière les produits prennent une autre dimension et donc une autre valorisation… Martial Marguet, Président de l’Institut de l’Élevage

Aux Pays-Bas, 160 000 laitières de moins en 2017 ?

En Europe aussi, de grandes zones agricoles pourraient être très pénalisées. « En concentration en nitrates des eaux souterraines, il existe de véritables points noirs à l’est des Pays-Bas avec une tendance à la hausse dans les zones sableuses, au Royaume-Uni, en Espagne… En Allemagne, la dégradation est avérée et pointée du doigt par Bruxelles », détaille Sylvain Foray, qui travaille sur la dynamique de l’azote à l’Institut de l’Élevage. Aux Pays-Bas, l’intensification laitière (« + 17 % de vaches et + 38 % de lait livré entre 2002 et 2016 ») a atteint ses limites : la production d’azote organique et de phosphore est telle que le pays ne répond plus depuis 2015 au cadre réglementaire de la dérogation (230 à 250 unités / ha pour 95 % des exploitations dans un pays 100 % en zones vulnérables) à la Directive Nitrate accordée par Bruxelles. « La solution passe par un plan national phosphore avec 160 000 laitières de moins en 2017, l’équivalent d’1,4 million de tonnes de lait », rapporte le spécialiste.

En France, bonne nouvelle, « la pression en azote organique des vaches laitières est en baisse depuis 1989 », note son collègue Vincent Manneville. « En zone vulnérable, les territoires d’élevage sont dans une réelle dynamique de reconquête de la qualité de l’eau. » La Bretagne, après des années d’efforts, fait même figure d’exemple. Des résultats qui permettront de séduire et de servir ses potentiels clients internationaux.

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