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Constituer un fonds pour gérer les crises

La Chambre d’agriculture du Finistère imagine un système de défiscalisation pour créer des réserves de trésorerie pour se prémunir des effets d’une prochaine crise laitière.

Les syndicats agricoles bretons sont unanimes sur une chose qui a finalement peu de chance de se réaliser : la régulation laitière. Si la maîtrise de la production séduit la Bretagne, elle a en effet peu d’écho à Bruxelles. « On voit mal une régulation arriver », admet André Sergent, président de la Chambre du Finistère. Certes, le fonds européen pour réduire la production de 5 % est actionné, mais son effet restera anecdotique au regard de la crise de surproduction actuelle ; au premier semestre, les producteurs bretons en ont déjà fait bien plus en termes de régulation puisque la production régionale a baissé de 8 % sur les 6 premiers mois de 2016.

Un outil pour résister à la volatilité

D’où cette idée que les producteurs doivent d’abord compter sur eux-mêmes pour gérer la volatilité qui s’invitera durablement dans le paysage laitier. « Nous avons imaginé un outil à la dimension du bassin laitier du Grand Ouest pour résister à cette volatilité », explique Pascal Prigent, membre de la Chambre d’agriculture du Finistère. L’idée est de renforcer les organisations de producteurs (OP), et par cascade, la résistance des exploitations laitières au travers d’outils d’optimisation fiscale.

Explications chiffrées de Pascal Prigent : « Prenons un revenu laitier de 4 000 €. Les producteurs adhérant à une OP bénéficieraient d’un dégrèvement de 25 % sur ce revenu (soit 1 000 €). Sur cette part, 550 € seraient placés en réserve de trésorerie par l’agriculteur. Les 450 € restants, équivalant au taux moyen d’imposition (MSA + impôt sur le revenu) correspondraient à la participation de l’État ; dont 80 % (360 €) seraient placés en réserve par l’exploitant (en plus des 550 €) et 20 % (90 €) dans une caisse collective de crise à l’échelle du bassin laitier du Grand Ouest. Ce schéma assurantiel permettrait, en cas de crise, de lever des fonds de l’État et de la Région et de l’Europe en respectant la règle édictée par Bruxelles qui veut qu’à 1 € débloqué par l’Union européenne corresponde 1 € mis par l’État ».

Le droit à l’expérimentation

À ce jour, le projet a déjà été présenté aux élus de la Région Bretagne. Reste à présent à convaincre le ministère de l’Agriculture, et peut-être encore plus Bercy qui aujourd’hui compte tous les petits sous ; et surtout ceux qui seraient susceptibles de ne pas rentrer dans les caisses de l’État. « Nous demandons le droit à l’expérimentation d’un tel dispositif sur le bassin de production », argue André Sergent, reconnaissant que parler placement d’argent alors que de « nombreux producteurs sont découragés » peut paraître anachronique. « Mais c’est en y réfléchissant dès maintenant que nous pourrons constituer des réserves quand le contexte sera de nouveau favorable », dit-il.

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