Découvertes

Mouton : un brin de beauté avant l’été

De la Bretagne à la Nouvelle-Zélande, Adèle Lemercier peaufine sa technique de tonte ovine qu’elle met au service des éleveurs. Une activité professionnelle sportive où technicité et compétition se côtoient.

Loin de l’agitation fébrile des concours de tonte, où elle a remporté en avril dernier à Salon-de-Provence le 1er prix national en catégorie junior (débutant) et le prix de la qualité, Adèle Lemercier a rendez-vous à Plérin (22), chez Stéphane Quémard, installé en production ovine depuis octobre 2015. Il lui confie ses brebis et agnelles pour leur faire une petite beauté avant l’arrivée du beau temps. Depuis quelques mois, elle pratique le métier méconnu de tondeur, que l’on ne prédestinerait pas d’office à une femme. Et pourtant…

Naissance d’une passion

À 26 ans, cette jeune ingénieure agricole a croisé les chemins des tondeurs. Tout a démarré par l’apprentissage du maniement du peigne chez un éleveur ovin… breton. Après différents stages ovins, elle décide d’aller voir pendant un an d’autres systèmes de production et tout particulièrement en Nouvelle-Zélande. C’est là qu’elle se rapproche du « milieu ». Mais devant l’exigence du métier et la qualité des tondeurs dans ce pays où le mouton est roi, et où la laine Mérinos représente 75 % du revenu des élevages spécialisés, elle apprend un autre métier : celui de trieur de laine. Un apprentissage qu’elle a aussi mis à profit lors de la première édition française de l’épreuve de tri de laine Mérinos où elle s’est distinguée sur la deuxième marche du podium.

La France, candidate pour les championnats du monde

La France est actuellement en lice avec l’Irlande pour l’organisation des championnats du monde de tonte en juillet 2019. L’association des tondeurs de moutons (ATM) doit présenter en 2017 son projet à la Nouvelle-Zélande, pays fondateur de l’événement avec l’Angleterre et l’Australie. Elle se tiendrait au Dorat (83), au cœur du plus grand bassin de production d’ovins dans l’Hexagone. Cette manifestation sportive accueillerait ainsi 300 tondeurs, de plus de 30 nationalités différentes qui tondront 5 000 animaux devant 30 000 visiteurs attendus sur une semaine.

Un savoir-faire qui se transmet

Elle profite néanmoins de son séjour néo-zélandais pour suivre un stage de tonte, avant de rentrer en France et réfléchir à son projet professionnel. Faire de la tonte son métier. « J’ai contacté des tondeurs en activité. Après des remplacements et du travail en équipe – à 2 ou 3 tondeurs sur certains chantiers –, je suis passée d’un 1/4 heure pour tondre une brebis à 100-120 brebis par jour. » Gérer l’effort, la bonne position, l’affûtage des peignes…. « Tout cela ne s’apprend pas en un jour mais se transmet de père en fils en Nouvelle-Zélande et entre professionnels ou lors de stages organisés par l’association des tondeurs de moutons ici en France ».

Différents systèmes de tonte existent, Adèle Lemercier a appris la méthode Bowen, efficace mais requérant un long apprentissage. Elle épargne de la fatigue au tondeur en lui évitant le travail prolongé des mêmes groupes musculaires. Elle s’appuie essentiellement sur des jeux de jambes, positionnant le corps de l’animal pour préparer le passage de la tondeuse avec la main gauche. Elle est diffusée dans les principaux pays, permettant de battre des records, jusqu’à 500 brebis par jour. En France, les meilleurs tondeurs se situent plutôt autour de 300.

La laine française part en Chine

Il y a quelques années, la laine représentait le revenu des tondeurs. Ce n’est pas le cas pour Adèle Lemercier, qui facture sa prestation (2€/brebis). Les éleveurs vendent donc la laine à un intermédiaire, dont le prix peut varier -selon la race des brebis et les années- de 0,5 à 1,20 €/kg. La sélection génétique étant axée sur la viande, la laine n’est pas rémunérée comme dans d’autre pays où sa qualité est recherchée. La laine française est destinée à la production de matelas en Chine. Des projets de valorisation de la laine bretonne sont en cours de réflexion.

Une ergonomie de chantier

Ce qu’elle aime dans son métier ? Elle prend plaisir à exercer une activité plutôt sportive tout en conciliant son intérêt pour la production ovine. « Le côté relationnel est très fort, je dois acquérir la confiance de l’éleveur », explique-t-elle. Et avant tout, elle aime le plaisir de la contention des animaux, avec l’enchaînement progressif des positions : « C’est comme une danse gracieuse, élégante, fluide », confie-t-elle. Les brebis, en effet, ne doivent pas bouger avec un bon tondeur. « Faire corps avec l’animal, c’est la base d’un bon travail. » Les brebis arrivent sur un plancher, fixé à une structure métallique qui soutient le moteur, suspendu à un cardan relié à une poignée.

Une fois positionné l’animal assis entre ses jambes, la tête sur le côté, à son aise et sans mouvement de défense, Adèle Lemercier manie alors avec dextérité la tondeuse pour éviter les fausses coupes : le peigne semble glisser sur la peau de l’animal, délivrant ce dernier de sa toison en un seul morceau. Elle analyse ses gestes : « Cela ne doit pas être une démonstration de force mais une recherche d’efficacité et d’économie d’énergie pour ne pas stresser ni blesser l’animal et se fatiguer le moins possible. »

 

Contactez Adèle Lemercier, basée à Rostrenen (22), au 06 81 65 99 59

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