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L’appellation d’origine leur procure 500 €/1 000 litres

Le lait des 35 vaches de Bernard Mivelle, dans le Jura, est valorisé entre 450 et 500 €/1 000 litres. Bien gérée, l’AOC Comté protège 2 800 éleveurs des aléas du marché mondial.

« J’ai de la chance d’être au bon endroit », sourit Bernard Mivelle, intervenant à l’assemblée générale de la Confédération paysanne. C’est ce que doivent se dire, en ce moment, tous les éleveurs du massif du Jura qui valorisent leur lait grâce au Comté. Les 64 000 tonnes de fromage, vendues chaque année, font le bonheur de la région. L’appellation date de 1958 mais les adhérents ont bien géré les volumes pour maintenir une offre en phase avec la demande, garantissant un prix de nature à rémunérer le travail des éleveurs. « En 1990, 43 % de notre production totale de fromages était valorisée en Comté. En 2014, ce pourcentage atteint 71 % (la production totale de fromage n’a que légèrement augmenté).  Le Comté est bien mieux valorisé que l’emmental que nous avons laissé aux Bretons… », s’amuse l’éleveur, pointant du doigt la faiblesse du modèle breton : le manque de valeur ajoutée à la production.

Transparence dans la fixation du prix

Chaque année, le conseil d’administration établit un plan de campagne. « Nous produisons 1,5 % de volume de lait supplémentaire tous les ans. Ce volume est réparti entre les jeunes installés, les nouvelles fermes qui rejoignent l’appellation et entre tous pour répondre au besoin de développement à l’export ». Tous les mois, une commission réunit les producteurs et les transformateurs. La transparence sur la fixation des prix du lait est totale. La grande distribution peut difficilement faire pression à l’achat compte tenu de la gestion rigoureuse de l’offre. « Nous avons des contraintes », tempère Bernard Mivelle. « La bonne tenue des prix du lait induit un prix de reprise des fermes élevé. Les bâtiments sont coûteux car nous sommes en montagne. Le cahier des charges limite la production. Mais ce cahier des charges est, selon moi, un cahier des chances ! ».

Cahier des charges du Comté

  • 1 vache par hectare,
  • 4 600 litres par hectare maximum,
  • 1 800 kg aliment/VL/an (OGM interdits),
  • Foin sec en hiver (1re et 2e coupe),
  • Ensilages interdits toute l’année,
  • Agrément du producteur (contrôles cahier des charges),
  • 2 races laitières : Montbéliardes et Simmental,
  • 120 unités d’azote maximum par hectare (organique et minéral),
  • Refroidissement du lait à 10°C,
  • Affinage 120 jours minimum.

Tensions entre producteurs

Les négociations sur ce cahier des charges ou sur le plan de campagne sont parfois difficiles entre producteurs. « Certains souhaiteraient produire sans limites. D’autres voudraient s’équiper de robots de traite, interdits en raison de la possible baisse de qualité du lait (augmentation redoutée des cellules et de la lipolyse qui confère un goût rance). Dans un cahier des charges, vous ne pouvez pas tout inscrire car certains équipements ou systèmes de production n’existaient pas au moment de sa conception. D’où les incessantes discussions ». L’affouragement en vert est désormais toléré. « Chez nous aussi, les regroupements de fermes impliquent de revoir les systèmes de production mais il y a toujours une obligation de pâturage quotidien dès que la saison le permet ». L’éleveur se bat pour conserver un système qui protège la qualité de l’alimentation des vaches et du fromage. « C’est essentiel pour se démarquer et c’est la base de notre réussite. En aval de la production, ce sont aussi de nombreux emplois que nous défendons. À quantité égale de lait traité, nous employons trois fois plus de personnes qu’en Bretagne ». Un bel exemple d’organisation collective, en filière longue… Bernard Laurent

L’avis de Jacques Chiron, co-fondateur de Biolait, éleveur en Loire-Atlantique

Chez Biolait, ce sont les éleveurs qui font office de communicants car ce sont eux qui contactent et informent les nouveaux adhérents. C’est essentiel pour la prise de conscience de la discipline collective. Il y a deux ou trois ans, nous avions demandé aux éleveurs de baisser la production de 5 % pour maîtriser l’offre. Cela nous a bien aidés. Il ne faut pas regarder le prix à l’instant T mais l’analyser sur une longue période. Depuis 2007, ce prix est à 427 €/1 000 litres en moyenne. 700 fermes, dans 65 départements, adhèrent à Biolait. Nous ne craignons pas la prochaine vague de conversion que la crise a accentuée. Le potentiel de demande est important et nous devons être capables de fournir rapidement les nouveaux magasins qui demandent du lait bio. Nous ne pouvons pas leur dire qu’ils seront livrés dans plusieurs mois. Nous conservons nos 3 objectifs de départ : favoriser le développement du bio, un même prix pour tous quelles que soient la taille de l’élevage et la situation géographique (péréquation avec les producteurs trop éloignés pour être collectés), maintien d’une filière transparente.

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