Découvertes

Le sculpteur au grand cœur

Ses œuvres sont épurées, à son image. Plus qu’un artiste, Eugène Aulnette était un militant et un animateur, ancré sur sa commune du Sel-de-Bretagne. « Il a sculpté l’âme de son village », aiment à dire ses proches.

Fils d’agriculteurs, Eugène Aulnette est né en 1913 dans la commune du Sel-de-Bretagne (35). L’histoire raconte qu’il reçut comme cadeau un couteau pour son septième anniversaire. C’est alors qu’il commence à sculpter, toutes sortes de matériaux, du bois, des pommes de terre… Pour ne plus jamais s’arrêter.
Nombre de ses œuvres sont présentes dans la région, trouvant pour la plupart leur fondement dans l’art chrétien et breton. Il a, par exemple, réalisé la statue Sainte-Anne-de-la-Clarté en granit à La Couyère, de Saint-Convoiwon à Comblessac, il a participé à la restauration d’édifices religieux comme les chapiteaux en granit de Notre-Dame-de-Bonabry à Fougères… Son talent d’artiste s’est aussi exprimé dans le quotidien, dans la décoration de meubles, de petits objets, des linteaux de porte et de cheminées… En 1979, il reçoit le Grand prix des métiers d’art.

Les Beaux-Arts puis retour au pays

Entre 1930 et 1934, Eugène Aulnette étudie à l’école des Beaux-Arts de Rennes. Il travaille ensuite dans des ateliers rennais de fabrication de meubles. « Un travail de série qui lui permet toutefois d’acquérir de l’expérience et de la rapidité d’exécution », précise son gendre André Roullet. En 1940, il épouse Gabrielle, avec qui il aura cinq enfants. Faisant le choix de rompre tout contact avec les milieux artistiques de Rennes, le sculpteur installe son propre atelier au Sel-de-Bretagne en 1942. Il s’est éteint en 1991.

Un musée en 2007

Dans ses sculptures, Eugène Aulnette a fait le choix de la simplicité et du ressenti. Sans doute cela correspond-il à « sa nature portée à l’humilité jusqu’à l’effacement. […] Il travaille directement sur le matériau sans reprise possible après quelques croquis et gabarits préparatoires pour les projets les plus complexes. […] Les corps sont saisis dans leur mouvement. Les visages regardent », écrit Robert-Henri Martin, le premier président d’AME (Amis du Musée d’Eugène). Cette association créée en 1999 a notamment permis l’aboutissement d’un musée dédié au sculpteur, inauguré le 7 juillet 2007. Un espace financé en grande partie par le Conseil Général et la Communauté de communes qui reçoit chaque année autour de 2 200 visiteurs.

L’hospitalité, la convivialité comme credo

Mais limiter Eugène Aulnette à ses seules créations serait réducteur. Car si le sculpteur aimait creuser la pierre ou transformer le plâtre à sa guise dans son atelier, il détestait y rester seul trop longtemps. « Sa soif de contact n’était jamais assouvie. Des milliers de visiteurs ont défilé dans sa demeure ouverte à tous : des paumés comme des gens bien nés, des chanteurs, des musiciens, des religieux… », se remémore André Roullet, son gendre.
Dans le musée, sa famille a fait le choix d’une exposition intimiste où sont exposés des objets familiers provenant de la maison d’Eugène et de sa femme Gabrielle, baptisée « An Doën Vras » (grand toit, maison hospitalière en breton). Facette moins connue de l’artiste, la sculpture sur meubles y est mise en avant. La pièce à vivre, la chambre et enfin le grenier, lieu mythique où ses œuvres étaient conservées, y sont représentés. « Au rez-de-chaussée du musée, sept expositions temporaires se succèdent tous les ans. Des thèmes correspondant aux valeurs d’Eugène sont choisis : l’art sous toutes ses formes, la Bretagne et la Celtie, l’écologie, l’ouverture sur le monde… », explique Gérard-Patrick Hirel, président actuel d’AME, qui a bien connu l’artiste.

Dans tous les combats culturels et écologiques

Eugène Aulnette était un animateur né, aimant vivre autour des siens, et défendant mordicus l’intérêt de sa commune, dont il était très fier. Grand sportif pratiquant la gymnastique (quand il était jeune à Rennes) et le football, il crée avec des amis, en 1938 au Sel, une équipe : « L’étoile sportive. » Il devient dirigeant et président du club de foot pendant plus de trente ans.
Il organise aussi des fêtes, des carnavals, où ses « grosses têtes » défilent sur des chars. Rebelle face au modernisme, il collecte des objets et outils de l’ancien temps qu’il rassemble en 1958 dans un « musée des arts et traditions populaires ». « Ce musée se visite toujours aujourd’hui. Il y a 4 ans, il a été transféré dans l’ancien préau de l’école publique. »

Une balade audioguidée dans le prolongement du musée

C’est Chaton, l’âne d’Eugène, qui guide le visiteur dans les rues et chemins du Sel, pendant que se succèdent les témoignages audio de ceux qui ont connu l’artiste. Agrémentée de musiques aux sonorités locales, cette balade audioguidée inaugurée en septembre 2014 permet de découvrir Eugène Aulnette sous un autre jour. Le parcours dure environ 1 h 20 (2 h 30 en écoutant les compléments). Coût de 3 € pour la location du matériel et le plan, possibilité de télécharger les fichiers sur smartphone.

Écologiste, Eugène Aulnette s’oppose au « remembrement autoritaire », défriche des chemins de randonnée. Il crée une maison des jeunes, restaure avec d’autres bénévoles la chapelle Sainte-Anne du village. « Croyant et pratiquant fidèle, il préparait l’église pour les cérémonies, assistant le prêtre pendant la messe. Quand quelqu’un mourrait, c’est lui qu’on appelait pour préparer le défunt. » Forcené du bénévolat, il s’impliquait dans tous les combats culturels et écologiques, hissant chaque matin le « gwen ha du » dans divers endroits du village. « Il ne fallait pas oublier qu’on était bretons. » Agnès Cussonneau

  • Musée Eugène Aulnette : 2, rue Nominoë, 35320, Le-Sel-de-Bretagne – 02 99 43 14 40 • Musée des arts et traditions populaires : 2, rue Anne de Bretagne, Le-Sel-de-Bretagne
  • Horaires d’ouverture pour les deux musées (gratuits) – Année scolaire : dimanche, 14 h 30 – 18 h / En juillet et août : tous les jours sauf le mardi, 14 h 30 – 18 h.
  • Internet : www.amiseugene.fr

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