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Techniques d’insémination porcine

Vers une seule insémination ?

L’injection d’une hormone aux truies et aux cochettes, la buséréline, pourrait permettre de se passer de la détection et de la répétition des IA. Le protocole nécessite beaucoup de rigueur.

Une injection de buséréline, aux truies, 86 à 89 heures après sevrage, suivie d’une IA unique 30 à 33 heures plus tard et le tour est joué. Le laboratoire MSD Santé animale met sur le marché une hormone analogue à la GnRH qui pourrait révolutionner le petit monde de l’insémination. Gain de temps et même d’argent.

Le procédé permet de réduire le nombre de doses de semence et de simplifier l’organisation du travail au moment des IA mais aussi plus tard en maternité. Les mises bas sont naturellement groupées, ce qui pourrait permettre d’avoir des porcelets et pourquoi pas des  charcutiers plus homogènes. La buséréline, capable d’induire chez les truies une ovulation sur commande en libérant un pic de LH, l’hormone initiatrice de la phase folliculaire précédant l’œstrus, a tout pour plaire. « D’après les publications scientifiques, le procédé fonctionne », confirme Sylviane Boulot, de l’Ifip. « Le système est désormais à l’épreuve du terrain.

Sylviane Boulot
Sylviane Boulot, de l’Ifip

Il faut cependant beaucoup de rigueur de la part de l’éleveur pour utiliser cette technique (respect des doses et surtout des délais d’injection et d’IA) et quelques modifications dans l’organisation du travail ». À commencer par le changement du moment du sevrage, à faire dans l’après-midi pour ne pas avoir à injecter l’hormone pendant la nuit. Si on sèvre le mercredi en début d’après-midi, l’injection est effectuée le dimanche matin de bonne heure, et l’IA unique, le lundi en début d’après-midi. Un sevrage du jeudi après midi, éviterait l’injection du weekend, mais décalerait les mises-bas suivantes dans la semaine… « Dans les protocoles classiques, toutes les IA (entre 2 et 3) contribuent à la portée. Les essais réalisés avec de la semence de verrats de différentes couleurs l’ont bien démontré. Avec une seule IA, il n’y a donc pas de marge d’erreur. L’insémination doit être bien réalisée, sans reflux, avec une semence de qualité et bien conservée ».

L’encapsulation de la semence n’a pas dit son dernier mot

Le procédé d’encapsulation était prometteur. Il est actuellement en stand-by. Dans une dose, une partie de la semence est diluée de manière classique. Elle est donc disponible immédiatement dès son introduction dans l’utérus de la truie. L’autre partie est encapsulée et protégée dans des petites billes d’alginates. Celles-ci se désagrègent progressivement après une douzaine d’heures, libérant ainsi les spermatozoïdes à la motilité intacte. Le fait d’éviter la troisième IA, parfois réalisée quand les truies ne sont plus en chaleur, est une sécurité au niveau sanitaire. Elles ne sont plus, à ce stade, en état de se défendre contre d’éventuels agents pathogènes introduits dans le vagin. Le problème, c’est qu’il fallait toujours les deux IA pour sécuriser la fécondation. Une de trop pour séduire les éleveurs et asseoir définitivement la technique dans les verrateries. Le procédé d’encapsulation n’a pourtant pas dit son denier mot. La recherche se poursuit pour améliorer son efficacité. Ce procédé naturel pourrait révolutionner les chantiers d’IA et menacer les hormones…

Truies en état

Le passage du verrat reste conseillé après sevrage pour stimuler les truies. Quant aux retours, ils doivent être traités de manière classique. « L’hormone déclenche et synchronise l’ovulation, mais l’ovaire doit être fonctionnel et l’utérus en bonne santé. Les truies doivent être en état au sevrage ; c’est difficile de  réveiller un ovaire qui ne fonctionne pas ! ». La conduite d’élevage reste primordiale. Le système fonctionne aussi pour les cochettes, avec un protocole légèrement différent  et seulement si elles sont synchronisées par un progestatif (Régumate). Le succès de la technique dépendra de la capacité des éleveurs à respecter strictement les protocoles  avec des injections  matinales le week-end et des plages horaires étroites.

À l’étranger….

Le produit a reçu une autorisation de mise sur le marché dans les pays européens. « L’intérêt pour ce type de démarche  ne sera sans doute pas le même dans les différents pays. Aux Pays-Bas, la détection, très pointue, permet aux éleveurs de n’effectuer qu’une IA et demie, en moyenne, avec une très bonne prolificité, sur des chaleurs naturelles. Ils seront peut-être moins motivés par cette technique. Dans certains pays nordiques, les hormones sont peu utilisées car réservées à un usage vétérinaire ». Aux États-Unis, une autre GnRH, est actuellement à l’essai, en conditions de terrain. « Il s’agit d’un gel à appliquer dans le vagin de la truie à l’aide d’une sonde ». Un procédé qui paraît plus souple d’utilisation. Pour les deux méthodes, la vérité du terrain parlera… Bernard Laurent

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