Le festival du Petit Village résiste encore et toujours

 - Illustration Le festival du Petit Village résiste encore et toujours

Malgré peu de soutien public et une équipe d’organisation composée d’amateurs, ambitieux, le festival à la ferme ne rend pas les armes et propose sa 34e édition.

L’aventure a commencé en 1980 au lieu-dit le Petit Village. « J’avais 22 ans, je venais de m’installer agriculteur. Mais je ne me voyais pas rester cantonné dans ma ferme sans voir personne », se rappelle Noël Henry installé à Lanfains (22). Joueur de batterie amateur et mordu de musique, « j’avais besoin de m’ouvrir, de partager ma passion en la faisant cohabiter avec mon métier. » C’est ainsi qu’il organise « avec une équipe de copains » une première soirée sur l’exploitation. Ce fest-noz du Petit Village sera aussitôt un succès : « 500 personnes sont au rendez-vous ! » Année après année, cette nuit festive estivale a perduré.

En 1984, un café-concert à la ferme

Mieux, pour s’inscrire dans la continuité et animer le territoire, Noël concrétise un autre rêve en 1984 en inaugurant un café-concert à la ferme. « J’ai racheté une licence IV dans le village pour pouvoir servir de l’alcool. Nous avons aménagé l’ancienne étable – j’avais arrêté les bovins en 1983 – en bar. Et c’était parti ! Nous étions des précurseurs des caf’ conc’ en Bretagne. Depuis, ils ont fleuri un peu partout. »

Parallèlement, au début des années 90, le fest-noz annuel évolue vers les « Nuits celtiques du Petit Village. » Programmateur à ses heures perdues et fan de rock, l’agriculteur mélomane élargit le champ des formations invitées « à la celtitude en général, en s’ouvrant notamment aux groupes de rock anglais, irlandais… » De nombreux piliers du genre défilent : Glaz, Sonerien Du, Red Cardell, Matmatah…

En 2000, un festival sur deux jours

Puis, en 2000, l’affaire « change de dimension » avec deux jours de festivités prenant l’appellation de « festival ». C’est le grand chambardement : « On migre de la cour de la ferme vers le champ d’à côté où deux scènes sont installées. » L’ancien poulailler devient la cantine des artistes, le bar leur salon privé. La programmation s’ouvre davantage « à des têtes d’affiche populaires » pour s’adresser à toutes les générations, savant « mélange de reggae, de rock, de variété et bien sûr de celtique. » Les Wampas, Hubert-Félix Thiéfaine, Alan Stivell, Tiken Jah Fakoly, la Grande Sophie, Jenifer, Inna Modjo, Marcel et son orchestre…

Si le succès est au rendez-vous avec plus de 8 000 festivaliers, dont 2 000 à 3 000 campeurs sur le site, lors des dernières éditions, l’envers du décor de l’organisateur de spectacle vivant n’est pourtant pas toujours rose. Noël a doublement transmis le flambeau à son fils Alexandre (qui a créé de son côté son entreprise de travaux agricoles) : l’exploitation et la présidence de l’association du Petit Village qui gère le festival. Mais il continue à « mouiller le maillot » et demeure le régisseur général de l’évènement, « celui qui doit gérer toutes les complications… » Il concède « avoir mis le pied dans le feu en grossissant. Le festival, c’est six mois de boulot par an. »

Rechercher de nouveaux groupes, multiplier les contacts avec les prestataires pour l’infrastructure (bungalows pour les artistes, scènes, équipes techniques…), concevoir l’affiche. « Sans oublier l’énorme dossier sécurité et la multiplication des contrôles, les déclarations des intermittents, la ventilation des bénévoles, espèce en voie de disparition… » Et à l’approche du festival, « aller coller des affiches après les longues journées de moisson. »

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Deux bonnets rouges sur l’affiche

« Il y a toujours une jolie fille avec une coiffe sur nos affiches,  symbolisant la Bretagne, le charme de la campagne, notre volonté de parité avec des groupes féminins sur scène », explique Noël Henry qui propose l’idée de départ du visuel. « Comme chaque année, deux lapins sont présents. Cette fois-ci, ils portent des bonnets rouges, clin d’œil à ce qui s’est passé dans la région. » Et parmi les sponsors, la concession de matériel agricole Alexandre qui fournit un quad et un télescopique pendant l’évènement.

En 2013, une pause pour protester

Le festival n’a d’ailleurs pas eu lieu en 2013. « Une pause en forme de coup de gueule, notamment envers le Conseil général. Si la commune de Lanfains nous soutient, nous recevons des miettes de subventions parce que nous sommes à la campagne. Pour la musique ou le sport, l’argent reste dans les grandes villes, à Saint-Brieuc, à Rennes… » Il y a aussi l’exigence de certains artistes, « ou plutôt de leurs tourneurs parisiens qui ont du mal à nous prendre au sérieux quand je décroche le téléphone alors que je suis au volant de la moissonneuse. En fait, nous sommes plus rock’n’roll que les boites de production ! »

Alors, le Petit Village plie mais ne rompt pas : les « amateurs pris parfois pour des ploucs », dans l’incapacité d’embaucher un permanent ou un attaché de presse, continuent « à soutenir l’idée qu’on peut faire de grandes choses à la campagne, de manière professionnelle,  et ramener des artistes nationaux et internationaux… Mais tous les deux ans désormais. » Avec la volonté d’une programmation « pointue » : cette année, le concert exclusif d’Alpha Blondy dans l’Ouest, la seule date de Punish Yourself en Bretagne et la première fois de Zaho dans la région… Et Noël de conclure : « Woodstock, c’était à la campagne. Un vrai festival, c’est à la campagne… » Longue vie donc à l’irréductible Petit Village. Toma Dagorn

Infos pratiques et programmation :
www.festival-lepetitvillage.com
Office de tourisme de Quintin : 02 96 74 01 51


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