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Elevages bovins en bretagne : Quels impacts de la sécheresse ?

Des stocks d’hiver déjà entamés, des maïs médiocres, des prairies brûlées, la sécheresse impacte bel et bien la qualité et la quantité du fourrage.

Après un mois et demi sans pluie, les premiers ensilages ont débuté dès fin juillet dans les zones les plus séchantes de la région. « Cela correspond environ à un mois d’avance », indique Cédric Henry, président de la FDSEA 35. « Nous avons dû ensiler plus tôt pour éviter que la plante ne se dessèche entièrement sur pied ». Les maïs ont également subi un fort stress hydrique pendant leur floraison, impactant grandement la formation des épis et le remplissage des grains. À Theix, près de Vannes, l’EARL des Camelias a semé ses 27 hectares les 20 et 26 avril dernier. Les dates de récolte sont fixées au mardi 16 et au vendredi 19 août. Une partie des parcelles devrait être récoltée à 36-37 % de MS, selon les analyses d’Innoval, réalisées le 12 août. « Les plants ne sont pas très développés : 25 % de végétation de moins qu’habituellement, en moyenne. En valeur, les meilleures parcelles seront à 60 % seulement  », prédit l’éleveur. « Les épis sont loin d’être remplis ». Pour la première fois, il envisage d’utiliser un conservateur (80 €/ha) pour éviter les pertes.

Des rendements et une qualité bien inférieurs à 2021

Au jeudi 11 août, la moitié des ensilages de maïs ont été réalisés sur le secteur de la Cuma de Lauzach, dans le sud-est du Morbihan, à 20 km de Vannes. « Pour la fin de semaine, il ne restera que les maïs bio, semés plus tardivement », indique Thierry Godin, président de la coopérative. Chez lui, les rendements sont de 8 tonnes de MS en moyenne (contre une douzaine de tonnes habituellement). L’ensilage a été réalisé à 31,5 % de MS. « Pour la qualité, on verra ce que diront les vaches… ». L’éleveur a acheté quelques hectares de maïs ensilage et vendu 8 vaches qu’il aurait gardées en année normale, de manière à anticiper le manque de fourrage. « L’élevage a commencé son déclin, même en Bretagne », s’alarme Cédric Henry. « La sécheresse, additionnée à la conjoncture actuelle des prix, est une catastrophe pour nos jeunes qui ne souhaitent déjà plus s’installer ». En 2021, la région a d’ailleurs enregistré 11 % d’insémination de vaches laitières en moins, qui se répercuteront sur la production et les installations dans quelques années.

« Une mauvaise année passe. Deux, c’est compliqué »

« Nous allons pouvoir finir l’année », explique Christian Mochet, agriculteur à Servon sur Vilaine. « L’année dernière, nous avons eu une très bonne récolte de maïs ensilage. Au printemps 2022, nous avons également pu récolter de l’herbe. Cependant, si l’hiver et le printemps prochains sont secs, cela risque de poser un réel problème ». C’est le cas de Gilles Le Thiec, à Noyal-Muzillac, dont les rendements de maïs avaient atteint les 16 tonnes à l’automne 2021. « J’avais vendu du maïs grain mais réalisé des stocks d’herbe et de maïs ensilage que je suis content d’avoir actuellement. J’ensilerai les 8 hectares que j’avais prévu de vendre en grain cette année et ça devrait passer  ». La marge culture s’en ressentira mais la production laitière ne devrait pas trop souffrir. Un moindre mal.

Gildas Larno, éleveur de Laimousines à Caden, sème 13 hectares de maïs, qu’il récolte à 50 % en ensilage et à 50 % grain pour la finition des animaux. « Les vêlages vont prochainement débuter. Actuellement, les 70 vaches consomment des stocks d’herbe de l’an dernier. Il y avait des excédents, y compris de maïs grain ». Les maïs de 2022, semés les 4 et 8 mai, sont hétérogènes mais l’éleveur ne s’affole pas pour cet hiver. « Ce sont les conditions climatiques du printemps prochain qui seront déterminantes. Une mauvaise année, ça peut passer, deux, c’est plus compliqué  ».

Bernard Laurent/Alexis Jamet

« Le stockage de l’eau sera à mettre sur la table »
« Le stockage de l’eau va être le nerf de la guerre dans les années à venir », annonce Florian Denais, agriculteur à Guipel (35). « Nous devrons absolument récupérer tout ce qui tombera en hiver et le réutiliser pour l’irrigation ou l’abreuvement du bétail. Il faudra capter l’eau avant qu’elle ne retourne à la mer ou qu’elle ne pose des problèmes sur les surfaces imperméabilisées ». La gestion de l’eau de pluie sera donc un sujet majeur, d’autant plus que les modèles météorologiques prévoient des saisons de plus en plus contrastées en termes de pluviométrie.

Des dérogations pour les semis de couverts

La FNSEA a demandé une dérogation à l’administration pour repousser la date limite des semis des couverts végétaux, normalement fixée au 10 septembre. Semer nos couverts dans le sec serait un non-sens agronomique et économique. Et si la pluie arrive à la fin du mois d’août, tout sera à faire au même moment : épandages, ensilages et semis. Les agriculteurs et ETA seront débordés. Il faut faire preuve de bon sens. Cédric Henry, Président de la FDSEA 35

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