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Se faire aider pour voir le bout du tunnel

Le professeur psychiatre Michel Walter est intervenu sur le sujet du mal-être des agriculteurs, pour expliquer le drame d’un suicide et pour aborder les aides possibles.

« Dans les années 90, les agriculteurs étaient la 13e profession exposée au suicide. Depuis 2005, c’est la 1re », souligne le professeur Michel Walter. Le médecin psychiatre a participé à une table ronde organisée par la députée finistérienne Graziella Melchior, sur le difficile sujet de la prévention du mal-être des agriculteurs. Selon le spécialiste, le suicide « fait partie des morts évitables. On pense que l’on ne peut pas le prévoir, et que même si la situation a été repérée, on ne peut rien faire. Ce sont 2 mythes ».
Michel Walter parle de « crise suicidaire, car c’est un processus temporel qui dure autour de 3 mois. Comme cette période dure, il est possible d’intervenir. Le suicide est une situation où les parois se rapprochent, ce n’est pas un mauvais réflexe ».

La goutte d’eau et le vase

Le passage à l’acte est multifactoriel. « La personne va bien, puis un évènement intérieur ou extérieur fait entrer en crise suicidaire. Cet évènement est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ; mais ce vase doit être déjà plein. Aussi, tout dépend de la taille de la goutte. Pour certains, une petite goutte peut être un cataclysme ». Toujours sur cette métaphore, le professeur indique que tout est conditionné par la taille du vase, « qui dépend de la capacité de résilience de chacun ». La perte des valeurs, d’un idéal, des repères religieux ou linguistiques peut faire partie des facteurs de passage à l’acte. « J’exerce le même métier que mon père, mais pas de la même façon : je trahis ».

Alors que faire ? « La réduction d’accès aux moyens peut fonctionner, même si cela paraît très simple. La crise suicidaire est ambivalente, car la personne ne veut pas mourir ». Le professeur prévient qu’il faut « toujours prendre au sérieux les menaces de suicide. 80 % des personnes ayant tenté de mettre fin à leurs jours en ont parlé avant ».

Ne pas rester seul

L’accompagnement commence dès les premières alertes perçues, « il faut accuser réception du message, mais ne pas rester seul. L’idée est de faire savoir qu’il existe des choses ». À titre d’exemple, la MSA propose l’appui du réseau Sentinelle (voir encadré), mais aussi des aides au répit dans le cadre d’épuisement professionnel. « En 2021, 500 jours de remplacement ont été mis en place pour répondre à cet épuisement », note Marie-Annick Siméon, responsable relations de service à la MSA d’Armorique. 

113 sentinelles
« Une sentinelle, c’est un citoyen qui a des qualités humaines et d’écoute, et qui a bénéficié d’une formation », explique Marie-Annick Siméon. Entre le Finistère et les Côtes d’Armor, 113 sentinelles anonymes sont déployées. Composé d’agriculteurs ou de retraités, ce réseau propose des formations pour devenir soi-même le lien de terrain. Des solutions d’écoute anonymes et confidentielles complètent les sentinelles, comme le 31 14 (Souffrance Prévention Suicide), ou Agri’Écoute, au 09 69 39 29 19. Le tchat sur www.agriecoute.fr permet enfin de converser en direct avec un psychologue.
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