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Conflit russo-ukrainien : Les marchés des grains et engrais en crise

Source majeure de grains et engrais, le bassin de la mer Noire est le théâtre d’une guerre depuis une semaine provoquant une crise des marchés.

« Les marchés s’affolent. » Le 24 février, Agritel traduisait bien l’ambiance du commerce international des grains. La guerre entre Russie et Ukraine a propulsé le blé à 341,50 €/t vers 11 h sur Euronext, soit un bond de 54,50 €/t. « Les exports au départ de la mer Noire sont interrompus », entraînant « une hausse des cours tous produits confondus », d’après la société de conseil. Quelques chiffres montrent l’importance de ce bassin de production. Russie et Ukraine comptent parmi les acteurs principaux du commerce international de grains. Les deux pays représentent 29 % des exportations mondiales de blé (respectivement 32 Mt, soit 17 %, et 23,5 Mt, soit 12 %, en 2021-2022) et d’orge (3,5 Mt, soit 10 %, et 5,9 Mt, soit 17 %). Cela fait de la Russie le premier exportateur mondial de blé. L’Ukraine est le numéro quatre en maïs, avec 33,8 Mt prévu à l’export en 2021-2022 (soit 19 % des échanges mondiaux). Leur poids est encore plus élevé en tournesol. L’Ukraine pèse 50 % des exportations mondiales d’huile de tournesol. Avec la Russie (29 %), c’est 79 % à eux deux. Une occupation russe de l’est de l’Ukraine ampute le pays d’une grosse part de sa production : 30 % en orge, à plus de 40 % en tournesol, blé ou maïs, selon une analyse de la Civil Affairs Association aux États-Unis.

De gros volumes restent à exporter

L’impact du conflit russo-ukrainien est celui d’un marché mondial « coupé d’une source importante de matières premières agricoles », souligne Agritel. Début février, l’Ukraine avait quelque 6,3 Mt de blé tendre à exporter, une « quantité record » à cette période. Encore plus de maïs, avec un disponible exportable de 17,6 Mt. « C’est surtout sur l’huile de tournesol que pèse le plus grand danger, alerte le directeur Michel Portier. L’Ukraine capte près de 50 % des parts de marché sur les mois d’hiver, ce qui met à risque toute la logistique chez les principaux importateurs ».

Impact sur les engrais

Le marché des intrants est lui aussi déstabilisé. 16 % des échanges d’engrais finis dépendent de la Russie, selon une étude IHS Markit. « Cela représente un risque direct pour les approvisionnements », considère Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre à FranceAgriMer. La menace concerne les nitrates d’ammonium : 40 % des exportations mondiales viennent de Russie. Première victime désignée, l’Amérique latine achète près de 60 % des volumes russes. En phosphate, la Russie est « un fournisseur clé », représentant 17 % du marché. En potasse, la Russie et la Bélarus pèsent chacun 20 % du commerce mondial, faisant peser « un risque très important de rupture d’approvisionnement ». Tout cela « pourrait alimenter une nouvelle spirale haussière des prix des engrais ».

Conséquences des sanctions commerciales

Si la sécurité alimentaire à court terme n’est pas en jeu, message véhiculé par l’Elysée au Salon de l’agriculture, les risques proviennent de la hausse des cours des matières premières, qui pourrait encore pénaliser l’élevage français, et des conséquences de l’instauration des sanctions commerciales envers la Russie. Ces dernières avaient eu de lourdes conséquences sur les filières animales suite aux sanctions prises par l’Union européenne en 2014 à l’encontre de la Russie en réponse à l’annexion de la Crimée. L’agriculture avait alors été le premier secteur ciblé par un embargo russe.

Quid des capacités d'exportation de l'Ukraine ?
Devenue en 2018 le premier exportateur mondial de blé, la Russie est « cruciale » pour alimenter la planète, mais les analystes s’inquiètent surtout pour les capacités d’exportation de l’Ukraine. « Les autorités russes interdisent la navigation sur la mer d’Azov, les ports d’exportation sont fermés et Odessa a été bombardé, cela veut dire que les céréales ukrainiennes ne peuvent plus sortir du pays », relève pour l’AFP l’économiste Philippe Chalmin, coordinateur du guide Cyclope sur les marchés mondiaux. « À part le problème d’accès aux ports, il y a aussi un risque de dommage aux récoltes ukrainiennes si des combats au sol ont lieu », ajoute le cabinet d’analyse Capital Economics dans une note.

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