ÉlevageIlle-et-Vilaine

Les pieds témoignent de l’équilibre social dans le bâtiment

Après l’agrandissement du troupeau, les associés ont fait face à une flambée de dermatite. Lavage et soins des pieds permettent de contrôler la pathologie. Désormais, c’est la nécrose de la pince qui pose davantage problème.

Entrée d’associé, regroupement de fermes, construction d’une stabulation… Entre 2015 et 2017, le Gaec de Ker-Hugan à Médréac (35) a profondément évolué, passant de 100 à plus de 160 laitières. « Nous avons fusionné deux troupeaux en 2015 et, face à l’augmentation de notre volume à produire, intégré d’autres animaux achetés à l’extérieur. Au total, nous avons mélangé des vaches issues d’une dizaine de cheptels », calcule Adrien Saudrais, installé avec ses frères Alexandre et Antoine et ses parents Sylvie et Dominique.

Le lavage quotidien des pieds face à la dermatite

Le rassemblement d’animaux d’origines diverses étant clairement identifié comme facteur de risque pour la santé des pieds, sans surprise, le troupeau a été impacté. Dans l’étable inaugurée en 2016, équipée de logettes un an plus tard, les problèmes ont débuté par « une flambée de dermatites ».

Rapidement, les éleveurs ont mis en place des pratiques protocolaires, bien conscients du rôle central de l’hygiène dans le contrôle de la maladie. « Nous trayons dans une 2×24 simple équipement. Dans notre routine de traite, nous avons intégré le lavage des pieds, matin et soir », précise Alexandre Saudrais. « Ensuite, sur les vaches présentant des lésions, toutes les trois semaines, nous appliquons au pinceau, pendant trois jours consécutifs à la traite, Hoof Fit, un produit sous forme de gel contenant de l’Aloe vera.  » Peu à peu, l’incidence de la dermatite a diminué. « Les éleveurs qui prennent le taureau par les cornes, en commençant par améliorer la propreté des pieds, maîtrisent cette pathologie », confirme René Quintin, pédicure bovin qui intervient sur l’élevage depuis 18 mois. Il passe tous les deux ou trois mois lever les pattes d’une vingtaine de vaches triées par les associés : les boiteuses et les vaches approchant du tarissement.

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La corne creuse de l’onglon rongé par la nécrose (à droite) a été retirée. Pour soulager l’animal, une talonnette est placée sur l’onglon sain.

Aujourd’hui, la nécrose de la pince est devenue la principale cause de boiterie au Gaec. Cette pathologie semble être apparue suite à l’augmentation de cheptel et au passage en logettes, selon les associés. « La nécrose est un problème que je vois émerger en Bretagne depuis une dizaine d’années et qui prend de plus en plus de place dans les élevages », confie René Quintin, installé dans les Côtes d’Armor depuis 30 ans. On découvre une corne qui « sonne creux » en levant les pieds atteints. « Une partie du tissu vivant se retrouve à vif et ne fabrique plus de corne. J’interviens en faisant tomber ce qui est nécrosé. Une talonnette sur l’autre onglon permettra à la partie touchée de se remettre peu à peu », explique le pédicure.

Les origines de la nécrose de la pince

Dans le petit monde de la santé des pieds, la nécrose de la pince charrie encore beaucoup d’interrogations. Certains spécialistes pointent une cause infectieuse. René Quintin penche davantage pour une origine traumatique au départ : « Les cas de nécrose semblent souvent reliés à la présence d’éléments accidentogènes dans l’environnement comme les racleurs, marches ou logettes, la compétition sociale et l’augmentation de la taille du troupeau… »

Une explication qui rappelle l’histoire du Gaec où l’effectif a rapidement grandi. Ici, le mélange d’animaux de diverses origines et la compétition à l’auge, « même si la ration est distribuée à volonté », avec 120 places au cornadis pour 160 vaches présentes, ont pu engendrer des « bagarres » le temps qu’une hiérarchie sociale soit retrouvée. Cette pression ne facilite pas non plus l’intégration des primipares. « La présence de bleime circonscrite ou d’ouverture de la ligne blanche sous certains pieds fait aussi penser à une situation de compétition dans le bâtiment », ajoute le pédicure.      

Pour autant, René Quintin veut rassurer les associés. « Il ne semble pas y avoir de nouveaux cas de nécrose. C’est positif. D’une fois sur l’autre, ce sont les mêmes animaux que je retrouve car il faut du temps et plusieurs parages pour que l’onglon touché soit capable de générer à nouveau de la corne de façon normale.  » Le pédicure a en tête des vaches qui ont fini par se rétablir, « y compris une vache à concours qui a dépassé les 100 000 kg de lait ».

Des minéraux favorisant la santé des pieds
Au Gaec, la complémentation minérale et vitaminique est prise au sérieux en faveur de la santé et de l’immunité des animaux menés en système zéro-pâturage. « Un matin par semaine, nous glissons 50 g par tête dans la mélangeuse d’une spécialité riche en sélénium et en vitamines C et E », explique Adrien Saudrais. En plus de cette cure hebdomadaire, les primipares ont le droit à un petit coup de pouce : « Nous estimions qu’elles éprouvaient des difficultés en entrant dans le troupeau. Elles marchaient sur des œufs en découvrant le sol bétonné après avoir été conduites sur litière. En production, elles semblaient patiner un peu… Désormais, l’apport systématique autour du premier vêlage d’un bolus de biotine a amélioré la situation.  » Depuis l’année dernière, les associés ont également opté pour un minéral haut de gamme (Minadelor HD S) enrichi en vitamines, magnésium et méthionine et contenant des oligo-éléments sous forme de chélates (zinc, cuivre, manganèse). « Biotine, chélates, vitamines… Nous trouvons que ces apports renforcés ont tendance à améliorer la santé des pieds de nos vaches. »
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