Edito

Le foncier

Les géographes disent que le paysage des champs ouverts – « mejou » en Basse-Bretagne ou « landelles » en Haute-Bretagne – est le signe d’un ancien collectivisme agraire. Bon nombre d’économistes considèrent de leur côté que le capitalisme est né de la fin de ces communs médiévaux quand les paysans ont commencé à s’approprier et à enclore les landes. De « bien de tous », ces vaines pâtures sont devenues le « bien de chacun ». Originalité bretonne, le partage de ces immenses espaces ouverts qui appartenaient aux seigneurs a bénéficié, de par la législation révolutionnaire, d’une procédure spéciale de partage…

Aujourd’hui, un groupe de philosophes, juristes, anthropologues, économistes et des collectifs de citoyens invitent à reconsidérer cet acquis de la Révolution. Ils prônent le « retour des communs ». Autrement dit, que la terre agricole ne soit plus une propriété privée mais un bien commun dont « la gouvernance doit être partagée afin de mieux la protéger ». Soit. Mais force est de constater, qu’en Bretagne notamment, s’il est une ressource naturelle qui est particulièrement protégée par les paysans, c’est bien la terre agricole. Quel agriculteur aurait-il intérêt à épuiser sa terre ?

À cet égard, la propriété individuelle constitue la meilleure garantie de responsabilisation. C’est davantage à la pure spéculation foncière qu’il convient dans ce cas de s’attaquer. Mais là aussi les outils existent. Trop souvent critiquée par méconnaissance ou par intérêt purement personnel, la Safer, singulièrement en Bretagne, est un outil efficace de gestion de ce patrimoine commun qu’est la terre. Plutôt que de réinventer un collectivisme agraire dont on connaît les conséquences désastreuses au XXe siècle, il suffit de donner de vrais moyens aux structures existantes.

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