Élevage

Demain, des vaches avec du gabarit, du lait et sans cornes

Stéphane Divouron garde chaque année 16 ou 17 génisses à inséminer pour assurer le renouvellement de son troupeau en cherchant à associer bonnes carcasses et qualités maternelles.

L’élevage du Vieil Argouët compte 65 vaches charolaises. Le troupeau est globalement constitué d’animaux à fort gabarit. « Ici, en Bretagne, nous sommes sur un secteur où il y a des acheteurs sans limite concernant les poids de carcasse. Alors, pour maximiser la vente par animal, nous avons toujours sélectionné des souches assez conformées », confie Stéphane Divouron. Les vêlages sont groupés sur la fin de l’été et l’automne. Chaque année, la trentaine de femelles qui naissent sont conservées et élevées.

Sevrage à 10 mois en été

Le sevrage des veaux intervient vers l’âge de 10 mois, à partir de la mi-juillet de l’année suivante. Les broutards sont alors déjà lourds (en moyenne 390 kg pour les femelles, 450 kg pour les mâles). « Mon objectif est d’éviter de laisser trop longtemps les mères sans un veau. Avec un intervalle vêlage-vêlage moyen de 377 jours, une période sèche de 2 mois leur laisse le temps de se retaper sans arriver trop en état au vêlage ensuite », explique l’éleveur. Au sevrage, les mâles rentrent en bâtiment à l’engraissement. Les génisses, elles, passent 4 ou 5 jours à l’intérieur « pour se calmer » et reçoivent un peu de foin et d’aliment. « Puis, elles repartent à l’herbe. Tous les jours, je leur apporte un seau de concentré le matin pour les faire venir à l’auge et qu’elles se réhabituent à ma présence en tant qu’individu seul, sans leur mère… »

Tri des génisses de renouvellement à 2 ans

Après une saison hivernale à l’intérieur, au printemps suivant, vers l’âge de 18 mois, les génisses sont envoyées à 4 km, sur un site dédié de 25 ha de prairie. Pour le renouvellement, 16 ou 17 d’entre elles sont désignées chaque année. Les autres sont engraissées. La sélection s’effectue entre 2 ans et 2 ans et demi, en deux étapes.

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Un broutard sans cornes bien conformé à l’âge de 8 mois.

D’abord, Stéphane Divouron effectue un premier choix « sur le papier » grâce à un tableur informatique qui croise les indexations des mères avec les résultats de croissance suite aux pesées des veaux (données de GMQ). « Parmi mes 30 génisses, j’en conserve 22 maximum au bureau. » Puis, sur ces 22 présélectionnées, le Costarmoricain effectue un tri morphologique final sur le terrain en fonction de ses critères. « Dans mon système où les veaux ne reçoivent aucune complémentation sur les 120 premiers jours de vie, c’est le lait qui fait la croissance. Or rares sont les belles viandées fortes productrices de lait. Je recherche donc un type d’animaux mixtes : du gabarit certes mais descendant de mère avec une bonne indexation laitière. »

Semence sexée sur les génisses à fort potentiel

Ces génisses sont ensuite mises à la reproduction vers 26 mois. « Toutes sont inséminées. » Le choix des taureaux se fait parmi ceux testés présentant un index facilité de naissance déjà fiable de + 107 minimum. « Même si, depuis 5 ans, je triche un peu sur les génisses à plus fort potentiel, sourit Stéphane Divouron. Pour elles, j’opte pour de la semence sexée de taureaux faisant des veaux un peu plus gros. Le risque est faible car non seulement les femelles sont plus petites à la naissance mais elles naissent toujours à terme. » À l’arrivée, sur l’élevage, 90 % des gestations sont issues d’IA (génisses et vaches).

bien-être en misant sur le sans cornes
Face à la « corvée d’écornage » et la demande sur le bien-être animal, Stéphane Divouron a adhéré au schéma de sélection Charolais Univers en misant le « sans cornes ». Il reconnaît que le niveau génétique des « sans cornes » – « On est sur des animaux plutôt type viande » – reste inférieur à celui des cornus. Pourtant, sa stratégie est claire : « Pour introduire ce gène-là et avancer, il faut oser mettre des taureaux sans cornes sur les meilleures femelles. J’y vais fort depuis trois ans et cela commence à porter ses fruits. » Cette année, la moitié des veaux mâles nés chez lui n’étaient pas cornus. Parmi les femelles, on en compte neuf. « D’ailleurs, la meilleure génisse de l’année en gabarit et en indexation est une sans cornes. » Son but : conduire un troupeau 100 % sans cornes. Au départ, il pensait qu’en 3 ou 4 ans, il n’y aurait plus aucune naissance de veau cornu chez lui. « Mais en fait, il faudra 10 ans, voire plus, pour atteindre cet objectif, car on manque encore de diversité dans l’offre des taureaux sans cornes pour pouvoir corriger les défauts de toutes les mères en morphologie. » Pour aller plus vite, Stéphane Divouron a déjà effectué deux collectes sur une vache homozygote (doublement porteuse du gène) et achète tous les ans des embryons d’animaux sans cornes replacés sur les primipares au plus faible potentiel.
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