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Tourteau de tournesol HP, le bien aimé

Le tourteau de tournesol HP riche en protéines a de quoi plaire : il écarte en effet les thématiques OGM et déforestation, un atout non négligeable par les temps qui courent.

Depuis 2009, les importations en provenance de la Mer Noire se sont largement développées, et le tourteau, assez polyvalent dans ses usages, a su trouver une place de choix chez les fabricants d’aliments du bétail français. Il commence aussi à conquérir les éleveurs en FAF porcine. Dans l’Hexagone, une usine de trituration le propose depuis 2012.

Au niveau international, les principaux exportateurs sont l’Ukraine (5 Mt en 19/20) et la Russie (2,2 Mt), loin devant l’Argentine. Traditionnellement, les gros clients étaient l’UE et la Turquie. Mais les choses changent. Tout d’abord, en termes d’offre, avec la montée en puissance de la Russie. Mais aussi en termes de demande avec l’apparition de la Chine au marché depuis 2 ans.

Porté par la demande non OGM
Le tourteau de tournesol HP a vu son ratio de prix face au soja progresser assez régulièrement ces deux dernières années en France, porté par la demande non OGM qui absorbe un quart de ses utilisations selon nos estimations. Face au tourteau de soja non OGM, il s’affichait à 51 % en 17/18, pour passer à 59 % en 18/19 et plus de 60 % au début de cette campagne 19/20. Le ratio a cependant diminué depuis septembre, revenant actuellement à 54 %. Cette détente est sans doute liée à la progression attendue de la trituration française. Cette dernière est portée par une bonne récolte (1,3 Mt) et par l’attractivité des graines d’importation pour palier à des disponibilités de colza se raréfiant. Les marges étaient en effet très correctes sur le complexe tournesol avant le dévissage récent du prix des huiles. Cela limitait donc notre besoin de recourir à autant de tourteaux d’importation que l’an passé. Ce contexte pourrait être compromis dans les prochains mois.

La production russe au coude à coude avec celle d’Ukraine

La production russe de graines de tournesol est désormais au coude à coude avec la récolte ukrainienne, soit 15,1 Mt vs 15,9 Mt. En 2010, les volumes russes atteignaient seulement 5,5 Mt. Une progression fulgurante qui s’explique par la bonne rentabilité de la culture (forte demande mondiale en huile de tournesol). Les surfaces et les rendements y ont doublé en 10 ans. La trituration fait un bond de 2 Mt cette saison, pour atteindre près de 14 Mt contre 15,4 Mt chez le voisin ukrainien. Le moteur de l’expansion de la culture est cependant différent entre les deux pays. En effet, la Russie garde une partie non négligeable de sa production de tourteaux pour satisfaire sa demande intérieure (cheptel en progression depuis les rétorsions américaines). Elle vend à l’exportation moins de 40 % de ses disponibilités, quand l’Ukraine est à 80 %.

Du coup, face à une hausse de production de plus 2,6 Mt de graines en 19/20 en Russie contre seulement +0,6 Mt en Ukraine, les disponibilités à l’exportation des tourteaux HP Mer Noire progresseront seulement de 0,6 Mt cette saison. La croissance des disponibilités en graines russes a donc théoriquement un impact limité sur le prix mondial du tourteau de tournesol HP.

Pour équilibrer son bilan, et gérer cet afflux de graines, la Russie a beau développer sa trituration, elle doit aussi dégager des graines sur le marché mondial cette saison. Les ventes vers l’UE et la Turquie sont en nette hausse. Elles vont s’y heurter à une offre argentine aussi en augmentation, faute de trituration active dans le pays sud-américain. Quant à la hausse des disponibilités de tourteaux, elle semble facilement absorbée par la demande mondiale.

En effet, depuis deux ans et le désaccord commercial entre la Chine et les USA, l’Empire du Milieu a diversifié ses sources de protéines et jeté son dévolu sur le tourteau de tournesol HP en provenance d’Ukraine. Bien que des accords sur des certificats phytosanitaires aient été signés entre la Russie et les Chinois assez récemment, les ventes entre les deux pays n’ont pas encore décollé. Les Russes ont donc pris les places rendues disponibles en Europe et en Turquie par le voisin ukrainien affairé en Asie.

Recours aux importations obligatoire
L’UE reste un acteur majeur dans la production de graines de tournesol, sur la troisième place du podium avec 9,5 Mt, cette saison. En quelques années, la Roumanie (3 Mt), la Bulgarie (1,8 Mt) et la Hongrie (1,7 Mt) ont dépassé la France (1,3 Mt) et l’Espagne (0,7 Mt). La production européenne s’est donc développée à l’est de l’Union, modifiant les flux de marchandises intra-communautaires, grâce au Danube notamment. Portée par une bonne demande en huile et en tourteaux, la trituration européenne croît chaque saison un peu plus, nécessitant un recours aux importations de graines, lorsque la récolte de tournesol est moins bonne. Elle reste cependant insuffisante pour couvrir les besoins des filières animales. Le recours à des tourteaux de tournesol HP d’importation participe donc largement à l’équilibre offre/demande européen.

Des disponibilités englouties par la Chine

Depuis deux saisons, les disponibilités supplémentaires de tourteaux HP mis au marché ont donc été englouties par la Chine. Ses achats sont passés de 0,2 Mt en 17/18 à 1,6 Mt attendues en 19/20 (nous en sommes déjà à 1 Mt sur la période octobre/février !). Le tourteau semble avoir conquis les formulateurs chinois et il est difficile d’imaginer un retour en arrière. Cette saison, le bilan s’équilibre plutôt bien entre l’offre et la demande, mais la CEI pourra-t-elle suivre le rythme chinois lors des prochaines saisons ?

1 High Protein soit 37 % de protéines grâce au décorticage de la graine
2 Fabrication à la Ferme

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