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“En l’absence de péripétie de début de lactation, inséminez tôt”

Faut-il remettre précocement à la reproduction une vache haute productrice ? L’analyse des nombreuses données du robot de traite — activité, rumination, ingestion, fréquentation de la stalle — apporte une précieuse aide à la décision.

« Un tiers des réformes sont à relier à des problèmes de reproduction », a rappelé Paul Lacombe, conseiller en traite automatisée chez Farm Dairy Services, et Cyril Urlande, vétérinaire chez Triskalia à l’occasion d’un Club robot, proposé aux adhérents du groupe coopératif le mois dernier. « Mais comment être plus efficace en reproduction quand on compte de plus en plus de vaches mais de moins en moins d’UTH sur les élevages ? »

« En robot, visez 380 à 390 jours d’IVV»

Ils estiment pourtant que production laitière soutenue et bonne reproduction ne sont pas incompatibles. « Au contraire, les vaches sont souvent prêtes pour une remise à la reproduction rapide après vêlage », confie Cyril Urlande. L’important est d’avoir de bons indicateurs en tête. « Pour la fertilité, on peut se concentrer sur le taux de réussite à l’IA 1 + IA 2, et sur le taux de vaches à plus de 3 IA. »
Pour la fécondité, l’intervalle vêlage-vêlage est un critère très parlant. « Aujourd’hui, la fécondité prend le pas sur la fertilité dans le management en élevage. Pour moi, l’objectif est de viser un IVV de 380 à 390 jours. C’est la fourchette la plus rentable, la plus adaptée au niveau d’investissements de nos systèmes robotisés », considère Paul Lacombe.

Autre repère crucial, le mois moyen de lactation. Le conseiller rappelle qu’en robot, l’idéal est de se situer toute l’année entre 165 et 190 jours. « Toute augmentation a des conséquences sur la production laitière et sur le nombre de passages à la stalle. » Avant de préciser que, pour une même ration et une même conduite, une baisse du mois moyen de 10 jours se traduit mécaniquement par un gain de 0,8 kg de lait par vache et par jour. « Faites le calcul sur un mois pour un robot saturé par 70 vaches… » Surtout, le spécialiste a détaillé les conséquences négatives pour celui laissant filer l’IVV et le mois moyen : « Pour produire la référence, il faudra alors des vaches en plus synonymes de travail, de consommables et de fourrages supplémentaires, de davantage de vêlages, de génisses à élever et de veaux mâles difficiles à valoriser… »

Ovule de qualité à l’IA précoce

Les deux spécialistes recommandent ainsi aux éleveurs d’avoir pour objectif principal une remise à la reproduction précoce. « En l’absence de péripéties type métrite, acétonémie, mammite ou autre sur le début de lactation, il faut inséminer une multipare 45 jours après vêlage. On visera plutôt 60 jours chez les primipares qui, elles, sont encore en croissance. » L’idée est bien sûr, comme évoqué, de réduire l’IVV, mais pas seulement. Cyril Urlande explique également qu’en IA précoce, « l’ovule est de meilleure qualité car la croissance folliculaire s’est déroulée pendant la période sèche, une période propice en l’absence, normalement, de corps cétoniques. Alors qu’en tardant davantage à mettre à la reproduction, les follicules se seront développés au moment du déficit énergétique, de l’amaigrissement de l’animal, une situation beaucoup moins favorable. »

« L’animal dynamique et en forme est prêt »

« Mais dois-je inséminer tôt cet animal à 55 kg de lait par jour ? », interroge Paul Lacombe en présentant un cas d’école à partir de graphiques d’un logiciel de robot de traite. « Sur la courbe d’activité, elle a fait une belle chaleur entre 35 et 40 jours après vêlage et trois semaines plus tard, j’observe un nouveau pic d’activité. » Le conseiller détaille sa manière d’analyser les informations disponibles sur l’ordinateur. « Il n’y a pas eu de péripéties post-partum. La courbe de rumination est stable et au-dessus de la moyenne de 480 minutes quotidiennes, d’autant qu’il y a toujours une corrélation entre rumination et ingestion. » Autant de signes très positifs. « Je constate des refus à la stalle, signe de son bon dynamisme, sa fréquentation est donc bonne. C’est un animal dynamique et en forme. J’y vais, il faut l’inséminer. »
D’autres graphiques montrent une stabilisation précoce du poids de l’animal et de son TP (« supérieur à 28 ») renvoyant à une bonne maîtrise de la période sèche et de la complémentation de début de lactation. « Une vache avec un bon TP est une vache avec une bonne glycémie », note Cyril Urlande. « Or le glucose est indispensable à une bonne reproduction. » Encore d’autres indicateurs au vert aidant à décider.

Et de conclure : « En système robotisé, s’améliorer en reproduction dépend avant tout des moyens qu’on y met en termes d’équipement ou de temps de surveillance mais aussi de la maîtrise des précieuses données générées. »

Inséminer dès que la chaleur est constatée
« Chez les vaches hautes productrices, l’œstrus est de plus en plus court. On parle de 4 à 6 heures. Il est donc nécessaire d’inséminer plus tôt qu’avant », rapportent Cyril Urlande et Paul Lacombe. « Dans la pratique, pour simplifier, dès que j’observe le chevauchement ou que je constate le point de haute activité sur la courbe à l’ordinateur, il faut appeler l’inséminateur. » Si l’expression de la chaleur est moins claire, en cas de doute, il faut alors chercher à confirmer par l’observation de signes secondaires (changement de comportement, léchage, reniflage…) et le croisement avec d’autres indicateurs comme la mesure de la rumination, de l’ingestion, la fréquentation de la stalle…
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