Cultures

Maïs : Une campagne 2019 très contrastée

La campagne 2019 a été jalonnée par des périodes climatiques très marquées. Le démarrage a été lent à cause du froid, puis le stress hydrique s’est installé précocement avec des séquences de températures très élevées. Enfin, la pluie de l’automne a sérieusement retardé la fin des récoltes. Grâce à une fin de cycle plus favorable, le rendement et la qualité des maïs restent corrects en moyenne, et la Bretagne s’en tire mieux que les autres régions.

Les surfaces de maïs dans la région sont restées relativement stables. Mais dans les secteurs les plus touchés par la sécheresse estivale, le manque de fourrage a conduit à ensiler des parcelles initialement prévues en grain. Les semis se sont étalés de fin-avril à fin mai, majoritairement sur la première décade de mai, soit une période proche de la normale en maïs fourrage. Un créneau favorable était possible après la mi-avril, mais la crainte (justifiée ou non) d’attaques précoces de ravageurs, avec l’arrêt du traitement de semences Sonido, a freiné le démarrage des chantiers. Fin avril, des conditions plutôt fraîches voire froides ont aussi poussé certains éleveurs à retarder les semis.

Froid et ravageurs au démarrage

Le démarrage des cultures a été lent en raison de températures fraîches au mois de mai, jusqu’à mi-juin. À cette date, le cumul de températures affiche un déficit d’environ 50°C (base 6). De nombreux dégâts de ravageurs ont été observés après les semis : corvidés, sangliers, taupins,… Du côté des mouches, c’est plutôt la mouche des semis (destruction de la graine) qui a fait parler d’elle cette année. Ces différentes attaques ont parfois obligé à ressemer le maïs. Dans d’autres parcelles, le peuplement a été affecté, réduisant automatiquement le potentiel. Dans ces conditions de démarrage difficile, on a pu observer l’effet positif de la vigueur variétale ainsi que celui d’un apport de fumure starter localisée au semis.

Les interventions de désherbage de post-levée ont été compliquées à réaliser en raison des conditions climatiques peu favorables jusqu’à début juin, avec peu de jours disponibles, des amplitudes thermiques assez importantes. Pour les interventions de désherbage mécanique, les créneaux ont été assez rares et les passages souvent trop tardifs, engendrant des efficacités parfois médiocres. Concernant les bio-agresseurs de fin de cycle, la pyrale a été plus discrète cette année, avec des vols un peu plus tardifs et des températures très chaudes qui ont dû freiner son développement. La vigilance reste cependant de rigueur, une bonne gestion des résidus de cultures (broyage et enfouissement) est recommandée pour contenir la pression dans les années à venir.

Stress hydrique précoce et températures très élevées

Le fait le plus marquant de la campagne reste le déficit hydrique estival, aussi marqué qu’en 2018, mais plus précoce et accentué par deux séquences de températures très élevées, fin juin et fin juillet. La Bretagne a été moins impactée que d’autres régions françaises : Centre, Est… (voir carte). Mais dans le sud et l’est de la région, comme dans les Pays de la Loire, les maïs ont souffert de ces conditions climatiques.
Dans les secteurs les moins arrosés de la région, sud de l’Ille-et-Vilaine, sud-est Morbihan, les premiers stress ont pu être observés dès la fin du mois de juin. Les cultures, avec un système racinaire parfois insuffisant, du fait des conditions de début de cycle, ont été fortement stressées dès la fin de la montaison. Ces régions sont également celles où on a enregistré les températures les plus élevées, avec une dizaine de jours à plus 35°C durant l’été. Ceci a conduit à des gabarits de plantes réduits, notamment dans les sols les plus superficiels. Les stades floraison et fécondation se sont déroulés à une date proche de la normale, mais parfois en situation de stress hydrique marqué. Dans ces conditions, le nombre de grains par épi a été fortement réduit. Dans le nord-ouest de la région, plus arrosé et en sols à bonne réserve, les maïs ont, au contraire, bénéficié des températures plus chaudes et pu exprimer leur potentiel.

Les pluies sont revenues tardivement, après la floraison, entre fin juillet et début août, et de façon inégale sur la région. Cela a néanmoins permis un remplissage correct des grains. La fin de cycle s’est déroulée sous un climat plus frais, avec un régime de pluie proche de la normale. L’évolution des plantes a été plutôt lente et les récoltes fourrages ont été très étalées, de fin août à fin octobre, avec des conditions beaucoup moins favorables pour les derniers chantiers.

Les rendements sont globalement à la baisse et surtout extrêmement variables, de 6-7 t dans le Sud-Est, jusqu’à plus de 18 t MS/ha dans le Nord-Ouest. Au sein d’une même exploitation, les résultats peuvent également être très hétérogènes, d’une parcelle à l’autre, en fonction de la réserve utile. D’un point de vue qualité, la variabilité est forte également, tant au niveau des gabarits des plantes que de la richesse en grain. Les teneurs en amidon sont très variables, de valeurs faibles, jusqu’à des maïs normaux, bien pourvus en grains. La digestibilité des tiges et des feuilles est bonne en moyenne pour les maïs récoltés précocement, plus faible pour récoltes tardives.

Pour le maïs grain, les premières récoltes en maïs grain humide ont commencé fin septembre – début octobre. La pluie continue a perturbé fortement les chantiers de récolte à partir de fin octobre, notamment dans les parcelles les plus humides. Fin novembre, une part significative des surfaces restait encore à récolter. Les humidités du grain à la récolte sont supérieures à celles des années précédentes, entre 35 et 30 %. Du côté des rendements, les résultats sont à la baisse en moyenne régionale, mais avec aussi de très bons résultats dans les secteurs les plus favorables du nord-ouest.

La Bretagne a été relativement épargnée par le stress hydrique estival, à l’exception du sud-est de la région.
AU NIVEAU DU BILAN FOURRAGER
La pousse de l’herbe a été relativement bonne au printemps. Des stocks de bonne qualité ont pu être constitués, mais ils ont dû être entamés prématurément pour faire face au manque d’herbe consécutif à la sécheresse estivale, y compris dans les secteurs habituellement plus favorables. Le retour des pluies en août a permis d’implanter en bonnes conditions des dérobées fourragères en interculture. L’automne pluvieux a également permis une bonne reprise de la pousse des prairies, avec cependant des difficultés d’exploitation en raison du manque de portance des sols.

Éric Masson, Michel Moquet/Arvalis-institut du végétal

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer