Élevage

Prendre de la hauteur pour pailler

Gaec des Rabais, Pléneuf-Val-André (22) / À la recherche d’un moyen de paillage ne requérant pas de tracteur, des producteurs de lait costarmoricains ont opté pour un équipement suspendu se déplaçant sur un rail.

Les pailleuses suspendues sont encore très rares dans les stabulations pour vaches laitières. Les associés du Gaec des Rabais, à Pléneuf-Val-André (22), sont parmi les premiers Bretons à miser sur cet équipement. « Nous sommes passés en logettes en 2011. À l’époque, l’ancienne étable comptait des rangées de 8 logettes perpendiculaires au couloir d’alimentation d’où nous pouvions tout pailler grâce à une machine qui pouvait projeter à 15 m », raconte Yves Durand. Mais suite à une installation, le troupeau a grandi et un nouveau bâtiment a été inauguré début janvier 2017.

« L’idée principale était de ne pas rentrer dans l’enceinte avec un tracteur pour pailler. Nous voulions éviter d’avoir besoin d’ouvrir des portails nécessitant peut-être une deuxième personne sur place, de souiller les roues, de mettre de la poussière partout en projetant la paille et éviter de casser quelque chose lors des manœuvres… »  Sur le marché, il existait assez peu d’options pour pailler sans pénétrer avec un tracteur. Les Costarmoricains se sont donc rapprochés du constructeur Lucas G, spécialisé dans les machines portées et traînées.

Charpente renforcée pour porter le prototype

Les représentants de la marque jaune sont alors entrés en contact avec l’entreprise vendéenne Méchineau Élevage, fabricant de distributeurs d’aliments pour petits ruminants notamment. « Leur équipe avait déjà installé un premier système de pailleuse suspendue dans la région de Cholet dans un élevage en traite robotisée. Nous avons pu observer là-bas la machine en fonctionnement. Pendant l’opération, les vaches restaient allongées. Cela ne les perturbait pas. »

Conquis, les associés du Gaec ont rapidement décidé d’installer un équipement comparable dans leur stabulation en construction. Mais d’abord, il fallait obtenir l’accord d’Arcanne Constructions, l’entreprise en charge de la pose de la charpente. « La machine, l’opérateur et la botte de paille représentent au total un poids de 2,5 t ! », précise Yves Durand. « Le constructeur se méfiait des forces appliquées à la structure liées au balancement de l’engin. Il a finalement accédé à notre demande et donné son feu vert. » Mais cela est passé par un renforcement préalable de la charpente. « Des jambes de force de section plus importante ont été posées entre les poteaux. L’IPN portant la structure du rail a été doublé pour supporter le poids de la pailleuse… C’était un prototype, il était important de mettre toutes les chances de notre côté pour que la machine soit le mieux stabilisé possible. » Au total, les associés considèrent qu’il faut compter autour de 60 000 € pour une telle installation. Soit environ 45 000 € pour l’équipement, 5 000 € pour créer le grenier de stockage pour 8 ou 9 bottes et 3 500 € de consolidation de la charpente.

Observer les vaches

Une somme investie que les éleveurs ne regrettent pas. « Le paillage est devenu si simple ».

Depuis son poste de commande, l’opérateur contrôle le circuit de la machine. Une fois démêlée, la paille tombe par gravité dans les logettes.

Une fois sur la plateforme, un opérateur seul fait rouler une botte dans la machine. Puis il se rend au poste de commande pour démarrer son vol au-dessus de l’étable. Le déplacement de l’ensemble dépend d’une petite roue crantée sur le rail entraînée par un moteur électrique. « Les premières fois, cela est assez impressionnant car l’engin balance un peu. Mais après trois jours d’utilisation, la maîtrise est acquise. » D’ailleurs, au Gaec, où la tradition est de changer de mission hebdomadaire (traite, paillage, alimentation…) tous les lundis matin « pour tout savoir sur l’exploitation et conserver de la polyvalence », chaque associé sait s’en servir. Après la traite du matin, en moins de 15 minutes, une botte de 300 kg de paille est distribuée aux 128 logettes. « Le produit est démêlé puis tombe du tapis de déversement par gravité. Cela produit peu de poussière. » Sur son axe, la machine peut exercer une rotation de 340° permettant d’envoyer le produit vers chaque rang de logettes tête-à-tête. On vise dans l’espace entre les deux rangées de logettes. « Ensuite, les vaches se débrouillent par elles-mêmes. Machinalement, elles tirent la paille vers elles et font leur nid. »
Pour terminer, Yves Durand tient à souligner l’intérêt de pouvoir changer de point de vue sur son troupeau. « L’expression d’une chaleur, un animal qui ne rumine pas, des signes cliniques non remarqués à la traite… Quand tu es perché, tu vois tes vaches autrement. »

« Une bonne paille bien sèche pressée l’après-midi »
« Si le noyau de la botte est humide, les démêleurs tapent sur le produit. Pour notre machine, il faut une bonne paille bien sèche. Celle qu’on moissonne généralement l’après-midi… Des brins de 10 à 30 cm qui se tiennent bien en round », explique Yves Durand au pied de sa machine suspendue. « Du coup, nous trions nos bottes et mettons de côté celles qui conviennent le mieux au paillage. » Les associés du Gaec travaillent avec de la ficelle, mais précisent que du filet serait imaginable à condition que la paille se tienne bien en botte. « Une présentation en big-baller marcherait également, mais il faudrait poser chaque botte au télescopique dans la machine. Laborieux… » Alors que dans le bâtiment, un filet enroulable à commande automatique permet une large ouverture en pignon donnant directement sur le grenier de stockage à proximité de la pailleuse suspendue. « Régulièrement, nous posons 8 ou 9 bottes sur cette plateforme grâce au télescopique. Ensuite, il suffit d’en pousser une dans la pailleuse. »
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