Porc : Chronique d’une embellie annoncée

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La production porcine vient de traverser une nouvelle période de crise en 2018 et début 2019. Depuis, le cours du porc s’est redressé, tiré par les prémices d’une plus forte reprise attendue suite à la crise sanitaire en Chine. De nombreux experts annoncent un bouleversement du marché du porc !

Le ciseau des prix s’est inversé en 2018. Au MPB, le prix du porc (1,196 €/kg) a baissé de près de 17 cts d’€/kg (-13 %). D’un autre côté, le prix de l’aliment affiche une forte hausse depuis l’été dernier. Sur un an, le prix moyen remonte de près de 11 à 12 €/t en 2018 ce qui représente 4,2 cts d’€/kg de porc. En spot, le prix passe de 234 €/t en avril 2018 à 268 €/t début 2019 (+ 34 €/t ; impact de 13 cts d’€/kg de porc).

La marge brute s’est fortement dégradée après une bonne période en 2016/2017. Elle est loin du seuil minimum pour couvrir les charges d’où une perte en moyenne de près de 100 €/truie. En trésorerie, le déficit est encore plus prononcé et proche de 150 €/truie sur l’année soit près de 6 cts d’€. Il s’accentue au premier trimestre pour atteindre près de 230 €/truie en 15 mois. L’amélioration technique se poursuit. L’IC moyen descend légèrement à 2,79 en moyenne et la productivité par truie continue sa progression (+ 0,3 porc/truie).

Des écarts importants

Les écarts de situation sont très importants. Le déficit peut atteindre près de 400 €/truie en 15 mois. Cela justifie la mise en place de prêts par les coopératives, groupements ou banques pour les exploitations les plus fragiles. L’amélioration financière était très marquée en 2016/2017. La capacité de résistance à la crise s’est donc accentuée en moyenne. Par contre, la bonne période n’a pas été assez longue pour consolider les situations les plus fragiles. Les résultats de fin d’année 2018 confirment l’impact de cette mauvaise période avec des revenus moyens très bas et près de 50 % négatifs.
La reprise de l’investissement, marquée en 2017/2018, est très dépendante de la conjoncture. Certains projets peuvent être retardés ou reportés. Pourtant, les besoins sont importants : compétitivité, coûts énergétiques, qualité des produits, transmission des exploitations.

Quel scénario à venir ?

La crise PPA (peste porcine africaine) est devenue endémique en Chine en moins d’un an et elle se propage aux pays voisins dans l’Asie du Sud-Est (Vietnam), dans des pays asiatiques où la viande porcine est très majoritaire en consommation. La Chine produit près de la moitié de la production mondiale. Des rapports de certains experts, comme Rabobank, annoncent une baisse de production de 25 à 35 % en 2019, année du porc en Chine, signe de fortune et de chance !

C’est quasiment l’équivalent de la production européenne qui va manquer en Asie. C’est une situation sans précédent. Le prix du porc en a déjà bénéficié en mars / avril au MPB avec une reprise des cotations de 20 cts d’€/g en 4 semaines. Celle-ci provient en partie du stockage d’anticipation réalisé par des pays acheteurs (Japon, Corée). Les cours ont aussi fortement grimpé en Chine avec un déstockage des réserves organisé par le gouvernement chinois pour éviter l’emballement.

Au mois de mai, le marché reprend son souffle avec l’impact des fériés et des difficultés pour répercuter la hausse. Derrière, la demande de la Chine devrait revenir avec une forte hausse de prix du porc attendue.
L’UE sera bien placée pour répondre à cette demande. La consommation de viande de porc risque de diminuer en Chine mais les importations vont grimper. La situation pourrait durer plusieurs années selon certains experts.

La période de vérité est proche

De même, toutes les productions seront impactées par des reports de demande : volaille, bœuf ou autres protéines. Le marché du soja sera aussi touché par une diminution des achats chinois. La période de vérité est proche. Les producteurs peuvent espérer que toutes ces prévisions se vérifient. Sinon, la remise en cause des experts sera rude. Il faut aussi rester prudent car la menace PPA est aussi très présente en Europe et à nos frontières. La vigilance reste d’actualité.

Georges Douguet / Cerfrance Côtes-d’Armor


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