Découvertes

Ostréiculture : Sur de bons rails

Après une dizaine d’années passées loin de son fief morbihannais, Maxime Cochennec a choisi de renouer avec la tradition familiale et de devenir ostréiculteur. Une reconversion menée bon train.

Petit écrin du fond de la baie de Quiberon, l’anse du Pô a des allures de carte postale. Sous le soleil d’automne, une barge tire lentement sur ses amarres tandis qu’une aigrette garzette parcourt l’estran à grandes enjambées, à la recherche de sa pitance. Profitant de cette vue magique, deux couples dégustent des huîtres du cru, assis sur les tables de pique-nique situées à l’arrière du chantier ostréicole. Du plateau en forme de chaland au terre-plein aménagé avec goût, en passant par la signalétique du lieu, ici, rien n’a été laissé au hasard. Pour ses coquillages comme pour son environnement de travail, Maxime Cochennec mise sur la qualité.

S’il a trois générations d’ostréiculteurs derrière lui, ce trentenaire a pourtant démarré sa vie professionnelle dans un tout autre secteur. « J’ai passé dix ans à la SNCF en tant que cheminot. D’abord à Paris, puis ensuite à Grenoble ». Mais l’enfant de Carnac le reconnaît, le train n’a jamais été sa tasse de thé. « C’est un boulot qui paye mais je n’avais pas la passion ». Dans sa tête, au fil des années, s’est échafaudé un projet bien plus exaltant à ses yeux : se constituer un pécule afin de pouvoir reprendre, à terme, le chantier ostréicole familial. Mais le changement d’aiguillage intervient plus vite que prévu. « En 2010, j’ai perdu ma grand-mère ostréicultrice. Quatre ans plus tard, j’ai repris le chantier et la maison. Et j’ai démissionné de la SNCF le 1er avril 2015 ».

Maxime aux côtés de sa sœur Camille, en charge de la vente et de la dégustation, et de Pierre, le responsable des parcs.
Maxime aux côtés de sa sœur Camille, en charge de la vente et de la dégustation, et de Pierre, le responsable des parcs.

Tenir le cap

Lorsqu’il revient s’installer dans le Morbihan, le chantier vivote, la maison doit faire l’objet de travaux de rénovation… Pas de quoi décourager Maxime qui s’est fixé un cap et s’y tient. « J’ai débuté la commercialisation des huîtres sur Belle-Île, en faisant de l’achat-revente. J’ai de la famille sur l’île – ma mère en étant originaire -, et j’y connais pas mal de monde. En plus de mes quatre marchés de fin de semaine, j’ai aussi commencé à démarcher les restaurateurs bellilois. Et cela a décollé ». La clientèle îlienne appréciant notamment de trouver ses produits tout au long de l’année et pas uniquement durant la saison touristique.

Début 2017, Maxime passe différents certificats lui permettant d’embarquer sur les navires conchylicoles et effectue un stage agréé en cultures marines de 280 heures, au lycée professionnel maritime et aquacole d’Étel. Le tout, en continuant à vendre des huîtres. Durant sa formation, à l’occasion d’une mise en situation professionnelle devant une intervenante du Crédit Mutuel de Bretagne, le jeune homme pressé présente le dossier de son installation. Le courant passe. « Au final, je n’ai même pas sollicité d’autres établissements… »

Retour aux sources

Alors qu’il n’avait pas de parcs à huîtres, pas de stocks ni de matériel, son partenaire financier lui fait confiance et l’accompagne pour un nouveau départ sur des bases saines. En avril dernier, Maxime a ouvert des points de dégustation à Locmaria (Belle-Île) et à Carnac. Avec succès. « Nous réalisons une année 2018 très correcte. Notre clientèle est diversifiée. Nous accueillons des particuliers, des comités d’entreprises, des groupes… Des tours opérateurs nous intègrent dans leurs circuits. Nous essayons de nous démarquer en proposant du sur-mesure et de l’authentique. La partie commerciale, c’est un vrai métier. Cela ne s’improvise pas plus que d’être ostréiculteur ! »

L’entreprise, qui emploie quatre personnes sur le continent et deux à Belle-Île – les effectifs montent à neuf salariés en période estivale -, espère produire une cinquantaine de tonnes d’huîtres creuses à compter de septembre 2019. De quoi être autonome pour sa commercialisation. « Je prévois de me diversifier à l’avenir. Je fais actuellement des tests avec des pétoncles. Et aussi de l’huître plate. C’est celle que travaillaient mes grands-parents et elle est emblématique du Morbihan ». Une belle manière de perpétuer l’histoire locale et familiale. Pas de doute, avec ce retour aux sources iodées, l’ancien cheminot a trouvé sa voie. Celle du chemin de mer.

Producteur et commerçant

Stéphanie Le Guen, Responsable de clientèle au CMB, Pôle d’expertise d’Auray
Stéphanie Le Guen, Responsable de clientèle au CMB, Pôle d’expertise d’Auray

Le lancement de l’activité de Maxime Cochennec s’est fait progressivement. Il y a d’abord eu l’achat du foncier, puis le démarrage du négoce, avec notamment les restaurateurs de Belle-Île, ce qui a permis, lors de l’installation, de pouvoir s’appuyer sur un circuit de distribution déjà opérationnel. La vente au détail et en dégustation lui assure une bonne valorisation de ses produits. Maxime est quelqu’un qui n’hésite pas à innover comme avec la vente d’huîtres au mètre dans son espace de dégustation. Et il a le sens du commerce et de la communication, c’est ce qui m’a fait adhérer à son projet et croire en ses capacités. Stéphanie Le Guen, Responsable de clientèle au CMB, Pôle d’expertise d’Auray

Jean-Yves Nicolas

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