Politique et Syndicalisme

Confédération Paysanne : séduire, au-delà des bio

Pour remporter les prochaines élections, les candidats de la Confédération paysanne devront séduire les agriculteurs en bio ou en circuits courts, mais aussi des conventionnels, plus exposés aux marchés.

Le syndicat gère deux Chambres d’agriculture, à la Réunion et au Puy de Dôme. Il espère en gagner d’autres, notamment en Guyane ou aux Antilles où les petites fermes sont nombreuses. « Nous sommes en difficulté dans les grandes régions céréalières mais nous tenons néanmoins à présenter des listes comme alternative », indique Laurent Pinatel, porte-parole au niveau national, en campagne dans le Morbihan. « Gagner quelques Chambres, c’est bien, mais au final, c’est le pourcentage de voix au niveau national qui compte. Dans les instances, nous sommes jugés là-dessus. Un bon score nous permettrait de peser plus fortement sur les politiques publiques ».

Un enjeu au moment où le président de la République parle des 5 milliards d’euros qui devraient être alloués à l’agriculture. « Là où on mettra cet argent, ça ira mieux ». Le porte-parole pense, entre autres, aux outils industriels de relocalisation comme les abattoirs de proximité, trop peu nombreux selon lui, ou encore aux légumeries, qui permettent de développer l’approvisionnement local des cantines.

Nous devons capter la colère de nos collègues, et les détourner des discours populistes.

« Nos idées correspondent aux demandes des citoyens. La sociologie du monde agricole évolue favorablement pour nous. Les grosses structures se concurrencent en raison de la politique soutenue par le syndicat majoritaire et certaines d’entre elles disparaissent. En parallèle, beaucoup de jeunes s’installent sur des projets de petite dimension avec de la valeur ajoutée ». Alors, pourquoi pas ? Est-il possible de remporter ces élections ? s’interrogent les adhérents réunis autour de Laurent Pinatel. « Nous devons rassembler au-delà des agriculteurs bio et de ceux qui vendent en circuits courts. Ceux-là ont su se mettre à l’abri des marchés classiques. Mais il reste tous ceux qui peinent car ils sont exposés. Nous devons nous adresser aussi à eux ». Le syndicat à du mal à se défaire de l’étiquette du « syndicat des bio ».

Du mal également à s’écarter d’une image « gauchiste » qui rebute nombre d’agriculteurs. « Nous n’arrivons pas à capter la colère de ces collègues même s’ils pensent comme nous. Ils se tournent vers les syndicats aux discours populistes ». Le porte-parole prévient toutefois. « Nous n’allons pas nous cacher. Nous sommes identifiés pour ce que nous sommes : des agriculteurs qui veulent une autre agriculture, axée sur les territoires et pas sur l’exportation de produits à faible valeur ajoutée ». Pour lui, les fermes conventionnelles qui se sont recentrées sur l’autonomie et l’agronomie s’en sortent en période de crise, et prouvent que le modèle défendu par le syndicat est bénéfique aux agriculteurs.

Bigard

Pour certains adhérents, la manière des autres syndicats de manifester leur mécontentement, en visitant les GMS par exemple, séduit beaucoup d’électeurs. « Ce n’est pas dans notre ADN », répond Laurent Pinatel. « Nous devons rester sur nos valeurs humaines, beaucoup de gens nous soutiennent pour cela. L’entraide, le lien dans les campagnes, la convivialité avec les consommateurs, mais aussi le bien-être animal ». Il préfère s’adresser directement à Lactalis ou à Bigard « ceux qui nous paient et font fortune dans notre dos ».

Il poursuit : « Nous ne sommes pas contre tout, comme on peut souvent l’entendre. Nous ne sommes pas contre les projets de méthanisation ou d’irrigation. Tout dépend dans quels desseins ils sont réalisés ». Sans surprise, le syndicat se battra pour la création de valeur sur les fermes, pour la défense du revenu, pour une meilleure redistribution des aides de la Pac, contre les fermes usines. Au niveau national, 400 000 € ont été débloqués pour soutenir les listes dans les départements. La campagne est lancée.

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