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En bio, nos repères ont changé

Le Gaec du Gologouët est passé d’un système intensif à une conduite très herbagère valorisée par la conversion à l’AB. Une évolution, balisée par de nombreux choix techniques.

Ça y est ! Les associés du Gaec de Gologouët à Laurenan livrent officiellement leur production en agriculture biologique. Depuis quelques jours, Biolait collecte chez eux en remplacement de la laiterie partenaire historique de l’élevage. L’aboutissement du parcours de conversion entrepris il y a deux ans. « Passer en bio, nous avions commencé à y penser dès 2009 – 2010. Mais nous venions de nous regrouper au sein de la société. Notre système de production était assez intensif. C’était un peu prématuré », se rappelle Jean-Jacques Poilvert, l’un des trois associés. La question est revenue sur le tapis dès 2013.

Deux ans de réflexion plus tard, la conversion était engagée. « Un ensemble de facteurs nous a motivés à faire le pas. » La perspective d’un marché porteur alors que le prix du lait conventionnel est régulièrement secoué. « La conviction d’être arrivés au bout de l’approche conventionnelle en termes d’intensification sur les cultures et le cheptel. » Mais aussi l’environnement de l’exploitation : « Avec 50 ares accessibles par vache, notre structure a une vraie vocation herbagère. » Pour Vincent Daboudet, « c’est aussi par souci d’indépendance d’esprit, pour s’affranchir un peu de discours parasitant la recherche d’autonomie à chaque instant du quotidien ».

Lever le frein psychologique

Pour accompagner ce changement de cap, les éleveurs n’ont pas hésité à se former. « Il y a deux ans, j’ai suivi la session « découvrir la bio, envisager une conversion ». Ces rendez-vous sont l’occasion de se projeter plus précisément, de dresser un prévisionnel et surtout d’être porté par la réflexion en groupe. Car le frein qui nous empêche d’évoluer est d’abord psychologique », raconte Jean-Jacques Poilvert. Il faut accepter un changement de référentiel. Auparavant, le Gaec produisait à hauteur d’une référence laitière de 718 000 L pour un effectif de 85 laitières. Aujourd’hui, 105 vaches permettent de livrer 550 000 L. « Avant, une vache à 15 L de lait était presque réformée… Aujourd’hui, si l’animal est en forme, on le garde. Ce changement de repères ou d’objectifs fait partie des choses les plus difficiles à accepter au départ », avoue le Costamoricain.

Avant de préciser : « D’un autre côté, avec ce mouvement d’extensification, nous voyons de moins en moins le vétérinaire. » À ce sujet, Vincent Daboudet s’est aussi formé à l’aromathérapie dès 2012. « Outre le recours aux huiles essentielles quand c’est possible pour soigner, l’intérêt de cette approche est de nous pousser à analyser plus globalement, à comprendre pourquoi une vache déclare une mammite par exemple. À chercher la solution au problème plus en amont : dans l’environnement du troupeau, à l’auge… » Au tarissement, les associés essaient également de limiter le recours aux antibiotiques en fonction des résultats d’analyse sur les trois derniers contrôles laitiers et en utilisant des solutions comme les obturateurs de trayons ou des produits barrière.

Grouper les vêlages

Des évolutions profondes ont aussi été engagées dans l’assolement. « Alors que les prairies sont passées de 60 à 130 ha, le maïs a reculé de 35 à 14 ha. Un bouleversement conforté par la signature d’un contrat de Maec SPE 70 – 12. » Cette année, avec les conseils du cabinet PatureSens, le pâturage tournant dynamique a également été expérimenté en mettant en place de petits paddocks journaliers où un fil avant permet d’offrir de l’herbe fraîche le matin et le soir.

Les 42 ha accessibles aux vaches ont ainsi été divisés en 42 parcelles. « Nous avons constaté moins de refus grâce à cette méthode. » Au tout début de l’aventure bio, le trio égraine les défis à relever dans les années à venir. « Nous aimerions mettre en place un système de vêlages groupés en mars, plus cohérent par rapport à la pousse de l’herbe et la précocité des prairies dans notre zone plutôt fraîche », explique Vincent Daboudet. Et Olivier Guillemet de poursuivre : « Nous devons nous améliorer sur les cultures de vente. Il y a un véritable potentiel chez nous grâce aux 160 ha de SAU pour commercialiser de l’avoine nue, du sarrasin, du blé panifiable ou du maïs grain… »

Coût alimentaire maîtrisé
« En production laitière, le maïs est plus facile à gérer. Le système herbager est moins sécurisant mentalement : tu es toujours sur le fil, en fonction de la météo, de la pousse… Parfois, il faut accepter de ne sortir les animaux que deux heures », explique Vincent Daboudet. Mais d’un autre côté, le système économe mis en place a rapidement porté ses fruits. « Sur la période de conversion, en livrant 150 000 L de moins, notre marge lait a pourtant progressé. Cela s’explique bien sûr grâce à la prime à la conversion de 30 € / 1 000 L, mais aussi par la maîtrise des investissements et un coût alimentaire limité à 31 € / 1 000 L pour un lait payé à 335 € sur 2016 – 2017. »

Formations : Le Gab 22 organise une formation sur 3 jours pour les éleveurs ayant un projet de conversion les 14 novembre, 1er et 19 décembre sur le secteur de Guingamp ou les 1er et 22 février et 13 mars 2018 sur le secteur de Saint-Brieuc. Contact : 02 96 74 75 65.

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