Cultures

“Pousse-pousse” chez les insectes

Trouver un moyen de forcer les insectes ravageurs à quitter le champ grâce à des répulsifs naturels, tout en les attirant en périphérie : Anne-Marie Cortesero explique le principe du « Push-Pull ».

Quand un végétal est agressé par un insecte, il émet des substances volatiles très fines, perçues par la biologie environnante. Ces interactions entre les plantes et les insectes ont été étudiées de façon précise et minutieuse, notamment par Anne-Marie Cortesero, chercheuse à l’Université de Rennes (35).

Anne-marie Cortesero Université de Rennes
Anne-marie Cortesero, Université de Rennes

« Les insectes adultes utilisent les plantes pour leur ponte ou pour leur consommation. Quand une culture est agressée, elle émet des signaux qui attirent l’ennemi naturel du ravageur. De plus, ces composés volatils indiquent aux insectes indésirables que la plante est en mauvaise santé, pour tenter de les repousser », explique la spécialiste lors de l’assemblée générale de Terre d’Essais, station expérimentale légumière basée à Pleumeur-Gautier (22). Tous les cris les SOS partent dans les airs… Un appel au secours du végétal, souvent senti par les producteurs bretons quand une ambiance soufrée pique les narines lorsque les choux sont en état de décomposition.

Copier l’herbe à éléphant

La chercheuse se base sur l’expérience réussie de maïs en Afrique de l’Ouest, où une légumineuse répulsive est implantée avec la culture. À cela est ajouté un semis d’herbe à éléphant autour de la parcelle. « Le papillon ravageur est poussé hors du champ, et est attiré par cette grande herbe. C’est la technique du Push-Pull ». Le pousser-tirer : une idée simple qui consiste à faire comprendre à l’insecte qu’il n’est pas le bienvenu dans le champ, conjugué à des espèces attractives en périphérie.

Travail sur la mouche du chou

Partant de ce constat, l’équipe d’Anne-Marie Cortesero a planché sur les mœurs de la mouche du chou, plus proche des problématiques rencontrées par les légumiers bretons. « La mouche du chou a un cortège d’ennemis naturels important, comme les parasitoïdes que sont les hyménoptères ou les staphylins. Ces derniers sont également prédateurs, tout comme les carabes ». Un chou va émettre une substance appelée DMDS (disulfure de diméthyle) quand il est attaqué.

Les expérimentations ont montré qu’à l’émission de cette substance, les prédateurs naturels arrivent à la rescousse de la plante, et que « les pontes des mouches sont alors inférieures au seuil de nuisibilité ». Sur brocolis, les résultats sont en demi-teinte, car « l’effet de la DMDS est avéré sur la ponte, mais cela ne diminue pas les infestations des plantes par les larves ». Un autre composé volatil est alors essayé, avec de l’eucalyptol, qui semble porter ses fruits.

Les choux chinois sont plantés en périphérie de la culture de brocolis (au centre).
Les choux chinois sont plantés en périphérie de la culture de brocolis (au centre).

Infestation divisée par 3

Cet eucalyptol a non seulement des effets sur les pontes des mouches du chou, mais divise aussi par 3 l’infestation des plants. « Pour l’effet pull (attirer hors de la parcelle), nous nous sommes penchés sur différentes espèces de chou chinois, potentiellement très attractives. Les espèces pekinensis sont largement préférées par les mouches, et stimulent plus fortement la ponte. On peut espérer manipuler les insectes », conclut la chercheuse.

Cette technique de pousser hors du champ tout en attirant l’insecte en périphérie laisse augurer de grandes perspectives. Reste maintenant à maîtriser les diffusions d’odeurs et la co-culture : quand le chou chinois est en fleur, ses effets attractifs s’estompent. Dans tous les cas, la solution aux luttes contre les ravageurs se joue dans un agrosystème dont la nature a les clés.

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