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La cogénération séduit les serristes

Les producteurs de tomates choisissent de plus en plus la cogénération pour chauffer les serres. À partir de 2,5 ha de surface, l’installation serait rentable. Seule ombre au tableau, l’arrivée d’un nouveau contrat de rachat électrique qui pourrait mettre un coup d’arrêt aux investissements.

La cogénération n’est pas une technique nouvelle puisque fin des années 90 quelques gros producteurs de tomates sous serres verre de la région nantaise et un sur Brest avaient fait ce choix. « Il est bien de rappeler le principe de la cogénération », indique Gilbert Brouder, président de l’UCPT (Union des coopératives de Paimpol et de Tréguier) et producteur de tomates à Plougrescant (22). « Pour pouvoir installer une cogénération, il faut tout d’abord avoir accès au réseau de gaz naturel. Ce gaz, alimente ensuite le moteur qui est le cœur de l’installation. Sur 100 % d’énergie produite par ce moteur, 45 % est de l’électricité revendue à ERDF. Puis, 45 % sert à chauffer l’eau qui ira chauffer les serres. Dans une centrale électrique traditionnelle, cette valorisation des 45 % sous forme de chaleur est perdue. Nous avons en plus la possibilité de récupérer le CO2 issu de la combustion qui sera injecté dans les serres après traitement pour favoriser la pousse des plants de tomates. »

Plus de 30 % des serres en cogénération

Fin 2014, c’est autour de 30 % de la surface totale de serres verre en Bretagne qui est chauffée grâce à une installation de cogénération. Sans avoir le chiffre exact, cette tendance s’est accentuée encore en 2015. « Cette année, dans les Côtes d’Armor, 9 producteurs investissent dans la cogénération pour chauffer leurs serres et produire de l’électricité », indique Pierre-Yves Poisson, président de la section légumes sous-abris du Cérafel et producteur de tomates à Penvénan (22). Il termine en ce moment les travaux de sa « cogé » de 2 mégawatts électriques qui permettra de chauffer ses 3 ha de serres. « J’ai investi 1,8 million d’euros. Le gain sur ma facture de chauffage et la revente de l’électricité produite devrait me faire gagner entre 4 et 6 €/m2. Mais pour atteindre ces niveaux, il faut que j’optimise ma consommation d’eau chaude produite puisque le paiement de l’électricité est lié à la valorisation thermique de l’installation. » Par le passé, il fallait au minimum 5 ha de surface de production pour que la cogénération soit rentable. Cela ne touchait qu’un petit nombre de producteurs, aujourd’hui 2,5 ha de serres peuvent suffire.

Le changement de contrat pourrait stopper cet élan

L’accès au gaz naturel incite les producteurs à investir dans la cogénération. L’annonce de l’arrivée du réseau de gaz naturel sur Cléder (29) et sur la presqu’île de Lézardrieux (22) donne des perspectives aux serristes. « Le développement de ces installations sur le territoire et notamment sur la côte Nord-Bretagne est une aubaine pour le réseau électrique. Nous produisons du courant entre novembre et mars lorsque la consommation est à son maximum. Nous soulageons le réseau au moment où tout le monde craint le black-out », analyse Pierre-Yves Poisson. Le premier contrat de rachat de l’électricité produite nommé CO1 ne faisait émerger que de gros projets. L’arrivée du contrat C13 a rendu possible des installations de taille plus modeste qui se répartissent mieux sur le territoire. « Le C13 permet de faire une cogénération moins importante avec un moteur moins gros. Mais ce contrat vit ses dernières heures, nous allons passer au C16 et nous ne savons toujours pas s’il sera aussi avantageux pour notre production », confie Pierre-Yves Poisson.

Le changement de contrat a incité des producteurs à avancer leur projet ce qui engendre un afflux de dossiers chez ERDF. « Ils ont du mal à faire avancer tous les dossiers. Nous craignons même que des installations achevées ne puissent pas démarrer cette année faute de raccordement. Le contrat de rachat allant de novembre à mars, il y aura certainement une année de perdue pour certains producteurs qui devront malgré tout assumer financièrement ce non-démarrage de leur installation. » Gilbert Brouder et Pierre-Yves Poisson craignent que le nouveau contrat C16 provoque un coup d’arrêt au développement de ces installations comme cela avait été le cas quelques années auparavant en photovoltaïque. « Au-delà des économies d’énergie réalisées sur nos exploitations et de l’électricité produite, la cogénération nous permet d’améliorer nos résultats techniques car nous avons moins de restriction de chauffe. Nous assurons de cette manière une bonne implantation de la lutte intégrée, une amélioration des rendements et un bon état sanitaire de nos cultures. » Nicolas Goualan

L’avis de Alain Guillou, ingénieur culture sous-abris à la station expérimentale du Caté

Les surfaces de serres équipées en cogénération se sont fortement développées ces 4 dernières années. C’est le moyen le plus intéressant pour valoriser  l’énergie produite lorsque le producteur a accès au réseau de gaz naturel. Avec l’extension du réseau, on estime que 78 % des serristes bretons ont aujourd’hui accès au gaz naturel contre 65 % il y a quelques années. Les producteurs de tomates portent une attention particulière aux économies d’énergie puisque c’est leur deuxième poste de dépenses après la main-d’œuvre. Plus de 90  % des serres possèdent des écrans thermiques pour limiter les déperditions de chaleur. Les serristes, qu’ils soient équipés de cogénération ou non  investissent également dans des systèmes de déshumidification de l’air par échange thermique. Ce système fonctionnant sur le même principe que les échangeurs récupérateurs de chaleur en élevage donne de bons résultats en terme d’économies d’énergie. Nous travaillons en permanence à la recherche de systèmes permettant d’améliorer le niveau de production tout en réduisant la consommation énergétique.

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