L’orge regorge d’intérêts

recolte-cereale-orge - Illustration L’orge regorge d’intérêts

Il n’est pas toujours évident de récolter ses céréales dans de bonnes conditions, avec un mois d’août qui peut se montrer capricieux. La fenêtre climatique plus importante pour la récolte de l’orge est un avantage. La culture en réserve d’autres.

Les cultivateurs ont depuis très longtemps semé de l’orge dans leur terre. Présente déjà il y a 10 000 ans, elle a nourri des générations d’Hommes. Ses multiples avantages lui donnent une place de choix : c’est la troisième céréale cultivée en France derrière le blé et le maïs. Les surfaces emblavées en blé tendre d’hiver s’établissent en 2015 à 5,13 millions d’hectares en France, avec au passage une hausse de 3 % par rapport à l’année dernière. Les 4 départements bretons totalisent 297 000 hectares de cette espèce. Sa cousine orge enregistre une progression, dix fois plus importante depuis quelques années. Avec les variétés hybrides et une recherche appuyée des semenciers sur les lignées, le Finistère et les Côtes d’Armor ont contribué à cet accroissement, semant pour cette récolte plus de 220 000 ha. « Les raisons sont multiples face à cet engouement des Bretons pour l’espèce. Les performances des nouvelles variétés sont bonnes à très bonnes. Les surfaces emblavées se sont surtout faites aux dépens du triticale, qui ne semble plus satisfaire, du moins pour l’instant,  au niveau profil de tolérance aux maladies », estime Laurent Duresne, chef du marché semences chez RAGT. Il ajoute : « La zone d’élevage bretonne apprécie la qualité de paille, ainsi que les qualités nutritionnelles du grain. Les fabricants d’aliment la connaissent bien, et apprécient la stabilité et la disponibilité du produit. C’est une céréale sécurisante d’un point de vue sanitaire ». Le risque concernant les mycotoxines est quasiment écarté par rapport à un blé. Côté nutrition animale, la cellulose brute contenue dans l’enveloppe de la graine favorise la rumination, et la production de salive supérieure engendrée limite les risques d’acidose dans le rumen.

Libération des espaces

Les gros coups de chaud enregistrés à la fin juin et au début juillet n’ont pas affecté la céréale barbue, « qui n’a pas connu de stress contrairement au blé, car étant déjà arrivé à maturité », constate Laurent Duresne, qui avoue « qu’un bond génétique important a été réalisé. L’orge résiste mieux à la verse et aux maladies ». Moins gourmande en intrant, que ce soit pour la protection phytosanitaire ou pour la fertilisation, l’orge est plus facile à conduire. « Les bons rendements des années précédentes sont permis avec la venue des orges hybrides, mais aussi avec les nouvelles lignées à très bon potentiel. Il est aussi à noter le peu d’attaques de maladies sur cette culture en 2014 et 2013. L’espèce est souvent choisie en deuxième paille en remplacement du triticale qui semble avoir perdu de sa rusticité », estime Éric Masson, ingénieur chez Arvalis.

Ce glissement des volumes du triticale vers l’orge, Thierry Rouxel, responsable de la production de semence chez Caliance, le confirme. « 65 % des semences produites sur notre site de Lamballe (22) sont dédiées au blé, 25 % pour l’orge et 7 à 8 % pour le triticale. Nous connaissons une dynamique sur les variétés d’orge depuis 4 ans. Concernant les taux de protéines, les variétés hybrides ne semblent pas dégrader les valeurs », indique le responsable.

Première céréale récoltée, l’espèce permet de libérer tôt les parcelles. C’est un avantage non négligeable, comme en culture légumière. « L’orge récoltée tôt laisse la place à une culture de choux-fleurs, plantés en mini-motte après le 20 juillet. Cette plantation serait impossible après un blé, car trop tardive. J’apprécie cette céréale car elle autorise des semis au mois de juillet de couverts pâturables, comme du ray-grass italien, période pendant laquelle la fertilisation à 60 unités d’azote reste possible, contre 40 unités en août. Le potentiel de production de fourrage est augmenté pour un pâturage en septembre et octobre », témoigne Xavier Le Bris, installé en production légumière et laitière, à Lanmeur (29). La paille, avec des propriétés d’absorption supérieures, est aussi distribuée à volonté et préférée des génisses de moins de 6 mois. Qu’elles soient hybrides ou de lignée, les orges ont encore leur mot à dire, surtout dans un marché mondial céréalier ou les cours sont proches. Fanch Paranthoën

Thomas Poissonnet, chef produit semences sur la France pour Syngenta

Aujourd’hui, nous sommes sur la bonne voie pour un basculement des lignées vers des orges hybrides. Les chiffres sont là : 600 000 doses ont été distribuées sur la France à l’automne 2014. Pour 145 000 hectares récoltés l’année dernière, nous sommes à plus de 20 000 hectares supplémentaires cette année. Nous ne sélection-nons plus d’orge d’hiver fourragère lignées, mais nous continuons un programme de lignée d’orge de printemps brassicole.


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